Société

«Il venait me rendre visite, puis il allait voir une autre femme»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Arielle, quadragénaire vivant une histoire d'amour contrariée avec un homme divorcé qui lui a menti.

«J’ai du mal avec ces mensonges les yeux dans les yeux.» | Mirøslav Hristøff via Flickr
«J’ai du mal avec ces mensonges les yeux dans les yeux.» | Mirøslav Hristøff via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 49 ans (avec l'impression d'en avoir 20 de moins, je ne me suis pas vue ni sentie vieillir), je suis veuve (j'ai en horreur ce mot) depuis sept ans. J'ai deux filles brillantes, géniales, de 17 et 19 ans. Issue d'une famille chaotique, je me suis construite avec l'homme qui est devenu le père de mes filles. Le pauvre, il a ramé. Avec ma fragilité, mes angoisses, mes états d'âme mais aussi ma folie qu'il adorait, ma fantaisie, nous nous complétions à merveille.

J'ai connu d'autres hommes après lui (qui fera toujours partie de ma vie, tellement), j'ai toujours tenu l'amour pour essentiel.

Le dernier en date, je le connais depuis quatre ans. Il a 10 ans de plus que moi, je le désignerai par C.

Il est venu vers moi, il était marié, pas heureux en ménage, il trompait sa femme depuis dix ans (deux histoires longues avec des collègues, une de six ans avec une femme mariée, une autre de quatre ans).

Sa femme n'a jamais su (enfin je crois). Il a divorcé l'an dernier.

L'an dernier, je doutais beaucoup de lui. J'ai rencontré un autre homme, marié lui aussi. Un coup de cœur absolu. Une histoire de quelques mois (nous avons passé une seule nuit ensemble), beaucoup d'émotions. Nous avons mis fin à notre relation (très platonique, mais avec une très forte connexion émotionnelle), c'était mieux pour tout le monde, de son côté surtout.

J'en ai parlé à C. Dès le début, je lui ai dit que j'avais rencontré un autre homme. Je ne voulais pas lui mentir, j'ai toujours eu le mensonge en horreur avec les êtres que j'aime. Cela, il le savait parfaitement.

J'ai appris en mars (le jour de l'anniversaire de décès de mon mari), après avoir posé par textos des questions à C. –confinement oblige– qu'il m'avait trompée. Nous nous sommes vus (oui, le confinement, je sais, mais je place l'amour au-dessus de la raison).

J'ai regardé son téléphone et découvert que la relation était toujours en cours. Il m'avait donc encore menti. Cette relation avec une collègue, veuve (je me suis dit qu'il faisait dans la veuve comme moi dans l'homme marié), durait depuis une dizaine de mois.

Il y a mis fin. J'ai hésité à contacter cette personne, si je ne le fais pas, c'est pour ne pas remuer tout cela, la blesser comme elle a dû l'être puisqu'il a menti aux deux.

Nous avons beaucoup parlé. Il me dit qu'il regrette, il doutait de moi lui aussi, de mon amour pour lui. Il ne voulait pas me quitter parce qu'il m'aimait. À l'évidence nous aurions dû parler de nos sentiments avant.

Aujourd'hui, j'ai (du) mal. À avancer, à croire en lui. Il m'a détruite, je le dirais ainsi. Au fond, il a été un détonateur, il a seulement allumé la mèche (je passe sur mon enfance, père et frère infidèles chroniques, mon père m'a toujours rabaissée).

Parfois je vais mieux, il est adorable, tendre prévenant etc., il l'a toujours été. Il venait me rendre visite, puis il allait voir une autre femme.

À l'époque je lui faisais part de mes doutes, je lui demandais s'il y avait une autre femme. Il me répondait: «Non, Arielle, il n'y a que toi» ou «ne sois pas bête.»

J'ai du mal avec ces mensonges les yeux dans les yeux. J'ai du mal aujourd'hui à le croire lorsqu'il me dit qu'il se dédie à moi, qu'il a compris, que plus jamais...

Parce que je tourne en rond avec tout cela, parce que je suis meurtrie, corps compris. J'ai toujours eu du mal avec le désir, sans parler du plaisir, mais là….

Comment avancer. J'échange par mails avec un autre homme que je connais depuis deux ans, un ami. Un homme bien. Je ne reste pas avec C. par peur de me retrouver seule, du moins, je ne crois pas. Je pense que si je suis toujours avec lui, c'est parce que je l'aime. Nous sommes bien ensemble, c'est évident.

Mais je n'arrive pas à me réparer, je reviens sans cesse sur le passé.

Arielle

Chère Arielle,

C'est une grave blessure, celle d'avoir eu le sentiment d'avoir été trompée. Je ne parle pas juste de pratiques sexuelles, du «est-ce que sucer c'est tromper» et qui sous-entendrait que la tromperie n'est qu'une question de centimètres de soi insérés dans l'autre. Le problème n'est pas la pénétration, mais bien le moment où la confiance est cassée. Le problème est moins du côté de la personne qui fait, mais de celle qui, à côté, va voir ses certitudes être atomisées.

Vous êtes une femme passionnée, amoureuse, avec une histoire forte qui vous porte et vous avez été trompée. Cela est une blessure en soi mais elle réveille aussi vos failles. Et c'est souvent le cas en réalité. La tromperie est rarement une fracture nette. Elle émiette autour tout ce qui était déjà fragile, des traumas plus ou moins anciens, des complexes, des défauts d'égo. C'est une sale blessure.

Elle l'est d'autant plus qu'elle s'accompagne souvent d'un sentiment d'injustice. Quand on a été trompée, on a souvent «rien» fait. On faisait ses journées tranquillement et puis un jour tout s'est écroulé sans qu'on ai eu totalement une part active dans cette destruction massive. C'est difficile à accepter.

Comment alors se remet-on d'une tromperie? Je crois qu'il faut d'abord le décider. On ne choisit vraiment de sauver son histoire que quand il y a de l'amour. C'est la condition sine qua non pour que la blessure se soigne le plus efficacement à mon sens. Ensuite, il faut accepter que ce sentiment qui fait souffrir est principalement un problème qu'on a avec soi. Oui, cette souffrance est injuste. Mais non, toutes les déclarations, tous les petits gestes d'amour ou toutes les vacances et week-ends en amoureux ne viendront jamais réparer ce qui a été cassé. La blessure est interne. Elle a besoin d'être soignée en tant que telle.

Vos pensées sombres, vos problèmes de confiance, votre obsession sur cette période et sur des détails de celle-ci sont tout à fait légitimes. Vous avez besoin d'en parler. Vous avez même besoin de les accepter et d'apprendre à vivre avec pour les laisser filer. Ici, je me sens obligée de vous recommander de voir un.e thérapeute. Vous devez vous accorder ce temps de guérison avant d'aller de l'avant à nouveau.

Vous avez compris tous les deux que la communication était indispensable à votre couple pour survivre. Je veux ajouter que, dans mon expérience, les blessures n'empêchent pas d'avancer. Elles ralentissent, c'est sûr. Je ne crois pas au proverbial «tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort», mais je crois que les blessures révèlent l'amour qu'on en a en nous pour l'autre. Rester alors qu'on souffre, vouloir continuer consciemment alors qu'on doit se reconstruire, c'est une immense preuve d'amour.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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