Culture

Pourquoi Rome a détruit Carthage

Temps de lecture : 7 min

Après trois guerres contre les Romains, l'ancienne et prospère ville d'Afrique du Nord fut littéralement décimée.

Avant sa destruction, la cité punique était très bien aménagée, dotée d'immeubles et de l'eau courante. | The Athenaeum via Wikimedia Commons
Avant sa destruction, la cité punique était très bien aménagée, dotée d'immeubles et de l'eau courante. | The Athenaeum via Wikimedia Commons

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Pourquoi Rome a détruit Carthage?»

La réponse de Brian Gogarty:

Carthage fut l'un des empires les plus puissants de l'Antiquité et la cité a dominé la Méditerranée pendant des siècles. Mais elle a fini par rencontrer une autre puissance à sa hauteur: Rome. Ces deux superpuissances se sont affrontées pendant plus d'un siècle. C'est Rome qui l'a emporté, ce qui lui a permis de devenir la nouvelle maîtresse de la Méditerranée et de fonder son empire.

Mais tout d'abord, il faut expliquer comment ces deux cités sont devenues rivales.

Carthage, la cité marine

Carthage a été fondée en 814 av. J.-C. par des colons phéniciens en Afrique du Nord, près de l'actuelle Tunis. Entourée de grands royaumes et ayant peu de terres à sa disposition, la cité s'est donc tournée vers la mer pour se développer.

À partir du VIe siècle av. J.-C., la ville prend vraiment son essor. Elle s'est dotée d'une flotte considérable: ses navires sont vite devenus les plus avancés de la Méditerranée. Elle possédait l'un des plus grands ports de l'Antiquité pour abriter sa marine. Grâce à sa puissance navale, Carthage a pris le contrôle des routes commerciales de la Méditerranée, ce qui l'a rapidement enrichie.

Carte de Carthage et de ses vassaux en 264 av. J.-C.. | Aldan-2 via Wikimedia Commons

Les Carthaginois ont également conquis la Sicile, la Corse, la Sardaigne, une grande partie du littoral de l'Afrique du Nord et le sud de l'Espagne. Ils se sont ainsi taillé un véritable empire. Carthage est alors devenue la plus grande puissance méditerranéenne. Sa prospérité attirait beaucoup de personnes venues d'ailleurs voulant faire fortune, faisant ainsi de la cité une ville cosmopolite. La ville elle-même était très bien aménagée, dotée d'immeubles et de l'eau courante.

Rome, la conquérante

Au début du IIIe siècle av. J.-C., Rome, puissante naissante, est entrée à son tour sur l'échiquier géopolitique de la Méditerranée, concurrençant Carthage. La ville a été fondée bien plus tôt, en 753 av. J.-C.. Elle a été longtemps une petite cité d'Italie comme les autres. Mais à partir du Ve siècle av. J.-C., et surtout du IVesiècle av. J.-C., elle a conquis progressivement le reste de la péninsule en annexant les autres cités.

Contrairement aux soldats carthaginois, les Romains n'avaient pas le pied marin, du moins pas au début. De plus, ils possédaient une armée de soldats professionnels alors que les Carthaginois avaient une armée de mercenaires, seule leur flotte était professionnelle.

Maquette de Rome à l'époque de Constantin (306-337 av. J.-C.) réalisée par Italo Gismondi entre 1933 et 1937. | Jean-Pierre Dalbéra via Flickr

À l'époque, Rome n'était pas encore un empire, mais une république. Elle n'était pas dirigée par un empereur, mais par deux consuls élus pour une année par des comices (des assemblées populaires). Les consuls partageaient le pouvoir avec le sénat et différents magistrats comme les censeurs qui recensaient les citoyen·nes ou les questeurs qui géraient les finances publiques. En revanche, on connaît mal les institutions de Carthage, mais elles devaient être similaires à celles de Rome.

Au IIIe siècle av. J.-C., presque toute l'Italie était désormais sous l'autorité romaine. Maîtres de la péninsule, les Romains voulaient donc désormais étendre leur domination sur la Méditerranée et prendre le contrôle des routes commerciales. Or, la mer convoitée était dominée par Carthage, et il n'y avait pas de place pour deux. Les tensions entre les deux cités sont alors devenues très fortes, l'affrontement était inévitable.

La première guerre punique

Tout a commencé avec la Sicile, un carrefour commercial majeur en Méditerranée. L'ouest de l'île était aux mains de Carthage, le reste appartenait à Syracuse, une colonie grecque. Les Mamertins (des mercenaires) ont pillé la ville de Méssine. Ils ont alors demandé l'aide de Rome pour les défendre contre Carthage et Syracuse, qui avaient envoyé des troupes pour les mater. Rome a accepté.

Ceci a servi de prétexte aux soldats romaines pour envoyer leur armée en Sicile en 264 av. J.-C.. Ils ont ensuite envahi l'île, ce qui a déclenché la guerre contre la cité rivale. Pour combattre en mer, les Romains ont créé leur propre flotte en copiant un navire de guerre carthaginois échoué.

Mais n'ayant pas le pied marin, ils ont décidé de transformer les batailles navales en batailles terrestres grâce à une nouvelle tactique, le Corbeau, qui consistait à accrocher les navires ennemis à des harpons et des passerelles, permettant ainsi aux fantassins de les aborder et de s'en emparer.

Grâce à cette tactique, les Romains ont remporté les batailles en mer. Et après leur victoire aux îles Égates, en 241 av. J.-C., ils ont gagné définitivement la guerre. Carthage a été contrainte de signer un traité de paix humiliant avec Rome. Elle a dû en outre céder la Sicile et verser une lourde indemnité, ce qui l'a empêchée de payer ses mercenaires, qui se sont alors révoltés. Les Romains en ont donc profité pour s'emparer de la Corse et de la Sardaigne, impossibles à défendre.

La seconde guerre punique

Hannibal, général et homme politique carthaginois, préparait la guerre contre Rome depuis des années. Il avait étudié les batailles d'Alexandre le Grand. En 218 av. J.-C., Hannibal a rassemblé une armée de 50.000 fantassins, 9.000 cavaliers et 37 éléphants. Il a décidé d'attaquer les Romains sur leur propre sol, en Italie, ce qui était osé. Son armée, partie d'Espagne, a traversé le sud de la Gaule avant de franchir les Alpes pour atteindre l'Italie.

Hannibal a profité de son génie militaire, et de l'incompétence des deux consuls romains Caius Varro et Lucius Pullos, pour remporter de grandes victoires contre l'armée romaine, pourtant supérieure en nombre. En 216 av. J.-C., il a notamment remporté la bataille de Cannes, un véritable désastre pour les Romains qui ont perdu 45.000 hommes en une journée contre 6.000 pour Hannibal. L'armée romaine était décimée. Ce fut la période la plus sombre de l'histoire romaine.

Après Cannes, la route vers Rome était ouverte. Mais Hannibal a décidé de ne pas marcher sur la ville, pensant qu'elle allait se rendre, comme il était convenu dans les lois militaires de l'époque après une telle défaite. Mais ce fut une erreur, car les Romains n'avaient pas du tout l'intention de capituler.

De plus, la ville de Rome était protégée par des murailles, Hannibal avait donc besoin d'équipements de siège et de renforts. Mais il avait de nombreux ennemis politiques à Carthage, comme Hannon le Grand, qui ont convaincu le reste des politiciens de ne pas lui envoyer des troupes supplémentaires et du matériel de siège.

Hannibal et ses troupes affrontant les Romains en Italie. | Patricia m via Flickr

De leur côté, les Romains se reconstituaient une armée en levant de nouvelles troupes. Pendant ce temps, l'armée d'Hannibal, elle, s'affaiblissait au fil des années car elle était éloignée de ses bases logistiques d'Espagne et d'Afrique du Nord.

À partir de 209 av. J.-C., les Romains ont contre-attaqué avec leur nouvelle armée. Un jeune et brillant général, nommé Scipion, a décidé de combattre les Carthaginois sur leur propre territoire, comme Hannibal l'a fait contre les Romains en Italie. Il a attaqué l'Espagne carthaginoise et l'a conquise. Puis il a débarqué en Afrique du Nord, Hanninal fut alors rappelé d'Italie pour défendre Carthage.

La bataille décisive s'est déroulée à Zama en 202 av. J.-C.. C'est Scipion qui a remporté la victoire, mettant en déroute l'armée carthaginoise. Ce fut alors la fin pour Hannibal, qui a dû s'enfuir et est mort en exil quelques années plus tard. Les Romains ont donc gagné la guerre, une fois de plus.

Le prix de la défaite a été terrible pour Carthage qui a été contrainte de signer un nouveau traité de paix avec Rome. Elle a dû verser une lourde indemnité, céder tout son empire, ses éléphants de guerre et sa flotte. De plus, elle n'avait plus le droit de faire la guerre sans l'autorisation de Rome.

La troisième guerre punique

Le royaume de Numidie, en Afrique du Nord, était voisin de Carthage et était également un allié de Rome. Étant donné que Carthage n'avait pas le droit de faire la guerre sans l'autorisation de Rome, les Numides en ont profité pour envahir le territoire carthaginois.

La ville perdante a donc envoyé des ambassadeurs à Rome pour demander leur aide contre la Numidie. Cependant, les Romains ont refusé. En 149 av. J.-C., l'armée de la cité punique a donc fini par entrer en guerre contre les Numides pour se défendre. Rome a alors déclaré la guerre à Carthage pour violation du traité de paix, mais c'était là encore probablement un prétexte. Cette fois, l'armée romaine a décidé de détruire Carthage une fois pour toutes.

L'armée romaine commandée par le général Scipion Émilien (le fils de Scipion l'Africain) a assiégé Carthage et a fini par s'en emparer en 146 av. J.-C.. La ville fut rasée, une grande partie de la population fut massacrée et les survivants furent réduits en esclavage, comme il était coutume dans l'Antiquité.

Pourquoi cette destruction?

Plusieurs raisons ont été avancées.

La population romaine était encore sans doute traumatisée par le souvenir des cuisantes défaites infligées par Hannibal qui a bien failli provoquer la chute de Rome. Les Romains craignaient donc que sa rivale finisse par redevenir une grande puissance capable de les défier à nouveau.

Cette crainte a été exploitée par le sénateur romain Caton l'Ancien qui s'était rendu à Carthage en ambassade. Il fut apparemment frappé par le nouvel essor économique que connaissait la ville qui était manifestement en train de se relever, une fois de plus. Il croyait alors que ce n'était qu'une question de temps avant que Carthage ne redevienne une puissance capable de menacer Rome, et que tout serait donc à recommencer.

En s'emparant de Carthage, les Romains comptaient peut-être également stopper la progression des Numides avant que ces derniers ne prennent la ville et constituent ainsi, à leur tour, une puissance dangereuse pour Rome.

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