Parents & enfants / Société

Moi, avoir des enfants? Jamais!

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Qu'est-ce donc que cette obsession à vouloir coûte que coûte des enfants? Comme si la vie n'était pas déjà assez compliquée.

Il faut être fou ou sadique pour faire des enfants. | Ben Wicks via Unsplash.
Il faut être fou ou sadique pour faire des enfants. | Ben Wicks via Unsplash.

À ma connaissance, je n'ai pas d'enfants. Quand l'une de mes anciennes compagnes m'a dit y songer sérieusement, je suis parti acheter une baguette de pain –désolé pour le cliché, mais je ne fume pas– et ne suis jamais revenu. J'ignore comment une personne saine d'esprit et de corps, consciente de la fragilité de toute existence humaine, puisse concevoir pareil projet. Faut-il être fou ou sadique pour décider tranquillement de donner naissance à un individu dont la vie s'achèvera un beau jour dans le néant de la mort?

Sans parler de toute la ribambelle d'emmerdements engendrés par l'apparition d'une enfant –fille ou garçon, peu importe– dont bien souvent le principal objet dans la vie consistera à rendre impossible la vie de ses parents adorés. Sitôt né, le voilà qui barit comme un éléphant au milieu de la nuit sauvage. Âgée de quelques années, elle prend pour habitude d'agonir ses géniteurs de questions si tordues que l'on en vient à se demander si la gamine est tout à fait normale. Rendus à l'adolescence, les deux collectionnent les conneries à un rythme tel que c'est tout juste si on ne demande pas à son entourage l'adresse d'un tueur à gages.

Un enfer.

D'ailleurs comment aurais-je pu avoir un enfant, moi qui, quand mon chat va de travers m'imagine déjà le pire, la maladie, la souffrance, l'agonie, bientôt la mort? Jamais je n'aurais tenu le coup. Même mille milliards de Valium n'auraient pas suffi à calmer mes angoisses. Elle est où? Pourquoi n'est-il pas déjà rentré? Comment est-ce possible de tousser autant, ce ne serait pas le début d'une méningite foudroyante par hasard? Et ce bouton apparu sur son ventre, qu'est-ce donc sinon le signe d'une maladie dégénérative qui sans crier gare est en train de lui bouffer le cerveau? Mon enfant, ma pauvre enfant, plût au ciel que jamais mon sperme ne trouva ovule à son pied!

Qu'est-ce donc que cette obsession à vouloir coûte que coûte des enfants? La vie n'est-elle pas déjà assez compliquée, cruelle, impossible pour en plus s'accabler du poids d'un enfant, d'une chiure de moutard tout juste bon à beugler comme pas permis quand sa seigneurie se voit pousser des dents? À toujours demander si le repas est prêt. À ne jamais consentir au moindre effort. À se plaindre d'être toujours incomprise, mal-aimée, infiniment malheureuse. À toujours se comparer avec le fils du voisin, un crétin absolu dont le seul fait d'armes dans l'existence est de posséder la dernière console de jeux qui coûte aussi cher que ma collection complète de Pléiades.

D'ailleurs pourquoi fait-on des enfants hein? Ce n'est pas comme si la planète en manquait tout de même. Alors quoi? Est-ce l'instinct de conservation qui pousse une femme et un homme à engendrer un gamin, une fillette, une paire de moutards qu'ils trimballent un peu partout comme un trophée et devant lequel nous sommes censés nous extasier? La peur de vieillir seul avec soi-même? L'ennui d'aller dans la vie sans personne à qui penser? Le besoin de procréer pour mieux répondre aux commandements d'un Dieu monstrueusement absent? La trouille de la solitude? La nécessité de copier madame et monsieur Tout-le-monde? Ou bien alors le désir d'exister à travers eux quand de sa vie à soi on n'attend plus rien?

De toutes les façons, qu'on ne me raconte pas de crasses: un écrivain qui a des enfants est soit un fou soit un surhomme, voire une héroïne des temps modernes. Comment concilier le calme et la tranquillité d'esprit nécessaire à tout acte créatif avec la préparation du goûter, le changement de couches, la visite chez le dentiste, la réunion des parents d'élèves, l'organisation des vacances d'été, la préparation de la Bar Mitzvah... Sans parler de l'argent nécessaire à l'acquisition d'un lit, d'un survêtement de sport, d'une paire de crampons, d'une guitare électrique? Ils carburent à quoi ces parents écrivains? À la coke en intraveineuse?

Si j'en crois les statistiques nationales, j'aurais eu mon premier enfant à l'âge de 28 ans et demi; aujourd'hui il en aurait donc 80. Hein? À coup sûr, cet idiot –chanceux comme je suis, c'eût été un garçon– aussi doué pour la vie que son père, vivrait encore à la maison. Maniaco-dépressif, bipolaire, suicidaire, mélancolique, geignard, il passerait ses journées enfermé dans sa chambre, les volets fermés, à l'abri derrière une montagne de vêtements haute comme une pyramide d'Égypte. Il n'aimerait rien, me piquerait mes Valium derrière mon dos et insisterait pour que je lui paye un voyage en Inde afin de retrouver sa petite amie partie y étudier les effets de la déforestation sur l'équilibre psychique des vaches sacrées.

Ce serait un raté absolu qui se renseignerait à longueur de journée sur les conséquences pénales d'un parricide et dont la seule obsession dans la vie serait de me pourrir l'existence. Qui sait s'il ne trouverait pas quelque charme à fréquenter des néonazis, à encourager le PSG ou à collectionner des fiancées goys? Je ne pourrais plus le voir en peinture, il me détesterait du plus profond de son âme.

Il attendrait ma mort comme d'autres guettent l'apparition du premier rayon de soleil pour s'en aller bronzer.

Crevure.

Du coup, j'ai pris rendez-vous pour une vasectomie.

On n'est jamais trop prudent.

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