Parents & enfants / Santé

Une baisse de la prématurité liée au confinement?

Temps de lecture : 3 min

Dans plusieurs pays, des maternités ont constaté une chute étonnante du nombre d'accouchements prématurés pendant les périodes de confinement.

Au Danemark, des chercheurs notent que le nombre de bébés nés avant vingt-huit semaines de grossesse avait chuté de 90%. | Aditya Romansa via Unsplash. 
Au Danemark, des chercheurs notent que le nombre de bébés nés avant vingt-huit semaines de grossesse avait chuté de 90%. | Aditya Romansa via Unsplash

Le 12 mars, quand l'Irlande a commencé à se confiner pour tenter de limiter les effets du Covid-19, le docteur Roy Philip, spécialiste de néonatologie de l'University Maternity Hospital Limerick était en vacances à l'étranger. Lorsqu'il est retourné dans son pays et au travail à la fin du mois, il a voulu savoir pourquoi, pendant son absence, les commandes de compléments à base de lait maternel destinés aux grands prématurés avaient été stoppées. On lui a répondu qu'aucun bébé n'était né prématurément depuis un mois.

Cette nouvelle a attisé la curiosité du spécialiste qui a entrepris, avec ses collègues, de comparer le nombre de naissances avant terme qui avaient eu lieu chaque année entre janvier et avril dans leur hôpital. Ils sont remontés jusqu'en 2001, ce qui représente plus de 30.000 bébés nés trop tôt.

Repos forcé et stress en moins

«Au départ, j'ai cru qu'il y avait une erreur dans les chiffres», explique Roy Philip, dont la découverte est relatée par Elizabeth Preston dans un article du New York Times.

Au cours des vingt dernières années, dans cet hôpital, les très petits bébés (de moins de 3,3 livres, c'est-à-dire 1,496 kg) constituaient huit naissances vivantes sur mille. En 2020, ce chiffre a été divisé par quatre. Et pendant cette période, aucun enfant de moins de 2,2 livres (0,997 kg) n'est venu au monde, alors qu'en temps normal, ils représentent trois naissances sur mille.

Pendant ce temps, au Danemark, des chercheurs se faisaient la même réflexion, intrigués par des «unités de soins néonatals intensifs quasi-vides». Ils ont découvert que pendant le confinement, le nombre de bébés nés avant vingt-huit semaines de grossesse avait chuté de 90%.

Le phénomène est confirmé par d'autres hôpitaux dans le reste du monde: à Calgary, dans l'Alberta (Canada), le docteur Belal Alshaikh a lui aussi noté une réduction de moitié des naissances prématurées pendant la période de confinement. Au Mercy Hospital for Women, près de Melbourne en Australie, les prématurés se sont faits si rares que les administrateurs ont chargé le docteur Dan Casalaz, responsable du service pédiatrique de l'hôpital, de mener l'enquête.

Le praticien Stephen Patrick, spécialiste en néonatologie de Nashville (États-Unis), a fait le même constat et l'a partagé sur Twitter. Certains de ses collègues ont réagi pour confirmer qu'eux aussi étaient témoins du phénomène, tandis que d'autres ont signalé que rien n'avait changé dans leurs statistiques.

Pour l'instant il ne s'agit que de constatations et les études n'ont pas encore été validées par des pairs et officiellement publiées. Mais elles s'avèrent précieuses pour la lutte contre la prématurité.

Denise Jamieson, obstétricienne à l'Emory University's School of Medicine d'Atlanta (États-Unis), ne cache pas son étonnement. Pendant le confinement, elle s'attendait au phénomène inverse: le stress de la pandémie pouvant déclencher une augmentation des accouchements prématurés. Bien entendu, le stress dû au Covid-19 n'est pas le même d'un lieu et d'une situation à l'autre, précise-t-elle. Dans certains pays, le manque de protection sociale et la menace pour la sécurité économique des familles qui en découle sont des facteurs aggravants.

Comment expliquer cette baisse du nombre de naissances prématurées? Les chercheurs n'en sont qu'à proposer des pistes sur les raisons de cet épiphénomène positif du confinement. Le repos forcé des futures mères pourrait en être une: moins de stress au travail, dans les transports, etc. Le fait que rester à la maison permette de réduire les risques de contracter des infections en général, coronavirus ou autre, peut être une autre explication. La pollution, qui a beaucoup diminuée pendant le confinement, et qui est notoirement liée à la prématurité, entre également dans l'équation.

Les équipes de recherches irlandaises et danoises se sont associées pour étudier le phénomène. «Pendant des années, rien n'a avancé dans ce domaine de si important», raconte le docteur Christiansen, du Statens Serum Institut de Copenhague. «Il semblerait qu'il ait fallu attendre une attaque virale pour nous aider à nous mettre sur la bonne voie.»

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