Economie

Le plan de sauvetage d'AIG a marché

Daniel Gross, mis à jour le 01.04.2010 à 14 h 36

A la surprise générale, AIG pourrait être en mesure de rembourser 170 des 182 milliards de dollars qu'a coûté son plan de sauvetage.

Le sigle AIG est devenu synonyme en anglais du mot de Cambronne de cinq lettres. Il faut dire que le groupe s'est mis lui-même sérieusement dans la panade en assurant des actifs financiers sans provisionner les sinistres correspondants. Ce qui fait que lorsque la crise a éclaté, aucun groupe américain ne s'est retrouvé dans une situation aussi compliquée: des relations délétères avec Goldman Sachs à propos du règlement de credit-default swaps, un entêtement ridicule à vouloir absolument verser des bonus en dépit d'une perte colossale de 99 milliards de dollars en 2008 et un laxisme général de la part de ses dirigeants. Un chiffre a particulièrement choqué les Américains: le montant de 182 milliards de dollars de l'aide accordée à AIG par la Réserve fédérale (la Fed) et le département du Trésor américain.

Dans l'ensemble, le plan de sauvetage américain (TARP) des marchés financiers a fonctionné mieux que prévu. La plupart des garanties accordées aux marchés financiers par le Trésor sont désormais levées et le principal volet du plan est même bénéficiaire. Mais AIG est toujours brandi par les plus pessimistes comme «le» contre-exemple de cette réussite, comme le symbole même de tout ce qui ne va pas.

Le plan de sauvetage d'AIG s'est pourtant révélé être lui aussi plus efficace que prévu. AIG doit certes encore 127 milliards de dollars à la Fed et au Trésor américain, mais - ô surprise - le groupe pourrait bien être en mesure de rembourser l'essentiel de ce qu'il doit à l'Etat. Il se pourrait même que les contribuables américains retrouvent pratiquement l'essentiel de cet argent qu'ils ont prêté à contre-cœur.

Rappel des faits

Comment cela est-il possible? En septembre 2008, la Fed accorde une ligne de crédit de 85 milliards de dollars. AIG a remboursé 40 de ces 85 milliards grâce aux 40 milliards d'argent public que le Trésor a injecté dans le groupe, mais reste toutefois encore débiteur de la Fed à hauteur de 51 milliards de dollars. En mars 2009, AIG a cédé à la Fed deux des joyaux de sa couronne, Asian insurance operations (AIA) et Alico (son activité assurance vie aux Etats-Unis) en échangeant 25 milliards de dollars de la ligne de crédit en actions privilégiées de ces deux filiales, qui seront cédées pour rembourser la Fed dès que les conditions de marché seront redevenues favorables.

Un an plus tard, la Fed semble être en passe de récolter les fruits de sa politique. Le 1er mars, AIG a cédé AIA à Prudential plc pour 35,5 milliards de dollars (dont 25 milliards en numéraire) et une semaine plus tard, MedLife proposait de racheter Alico pour 15,5 milliards de dollars (dont 6,8 milliards en numéraire). Si ces deux opérations se concrétisent cette année et si la valeur des actions d'AIG reçues en paiement ne baisse pas - deux grands si, certes - elles devraient rapporter 51 milliards de dollars environ à AIG et donc lui permettre de racheter à la Fed ses 25 millions d'actions privilégiées pour ce montant d'ici 2011 et donc de la rembourser entièrement.

Bénéfices

Et ce n'est pas fini. La Fed a créé en novembre 2008 deux fonds de défaisance destinés à retirer les retirer les actifs toxiques du bilan d'AIG: Maiden Lane II et Maiden lane III, le premier empruntant 19,5 milliards de dollars à la Fed pour acheter 20,8 milliards de dollars de titres adossés à des crédits immobiliers hypothécaires à la moitié de leur valeur et le second empruntant 24,9 milliards pour acquérir un portefeuille d'obligations garanties par des actifs (CDO) à d'anciens clients d'AIG, également à la moitié environ de leur valeur nominale. Depuis lors, les marchés obligataires ont repris et ces deux fonds - en réalité des fonds spéculatifs composés uniquement d'actifs ayant appartenu à AIG - ont gagné suffisamment d'argent pour rembourser leurs emprunts à hauteur de 10 milliards de dollars environ. La valeur des actifs, des CDO en particulier, a par ailleurs augmenté selon les données hebdomadaires de la Fed. D'après des sources gouvernementales, les fonds, gérés par Black Rock, seraient tous deux en mesure de rembourser les sommes empruntées, et Maiden Lane III pourrait même générer des milliards de bénéfices pour la Fed.

Reste les contribuables. Le Trésor a acheté 40 milliards de dollars d'actions privilégiées d'AIG en novembre 2008 et a annoncé en mars 2009 qu'il avait procédé à une augmentation de capital de 30 milliards de dollars dont 8 milliards de dollars ont été libérés depuis. Les bénéfices réalisés par la Fed grâce à Maiden Lane III devraient lui permettre de rembourser 10 de ces 48 milliards de dollars. AIG devrait par ailleurs bénéficier de la trésorerie générée par la vente imminente de son activité assurance à Taiwan. Si le redressement d'AIG se poursuit, le Trésor pourrait convertir ses actions privilégiées d'AIG en actions ordinaires - comme ce fut le cas avec celle de Citibank - et les céder progressivement sur le marché. La trésorerie générée par AIG suffira-telle à rembourser intégralement les contribuables américains? C'est là toute la question. Personne au Trésor ou à la Fed n'ose s'avancer sur ce point. Un calcul rapide permet toutefois d'évaluer le coût final de l'opération entre 12 et 20 milliards de dollars. Si la pilule risque d'être amère, elle devrait être toutefois beaucoup plus facile à avaler qu'il y a quelques mois.

Daniel Gross

Traduit par Francis Simon

Photo: Dans un bâtiment d'AIG à New York, REUTERS/Lucas Jackson

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