Politique

Dans l'affaire Darmanin, on nage en plein Chabrol

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Aux origines de cette affaire, selon la plaignante, il y a un dîner au restaurant, un passage dans un club libertin et une nuit à l'hôtel.

Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 23 septembre 2014. | Joël Saget / AFP
Gérald Darmanin à l'Assemblée nationale, le 23 septembre 2014. | Joël Saget / AFP

Cette chronique a des allures de fiction et ne prétend pas relater les faits tels qu'ils se sont réellement passés. Même si...

Évidemment, en 2009, Gérald Darmanin ne pouvait pas savoir qu'il finirait un jour ministre de l'Intérieur. Il a alors 26 ans et est conseiller aux affaires juridiques de l'UMP, après avoir été lors des législatives de 2007 et des municipales de 2008 le directeur de campagne de Christian Vanneste –un homme des plus charmants, humaniste de tout premier plan, dont l'histoire retiendra qu'il déclara un jour, entre autres saillies à caractère salement homophobe, que le mariage homosexuel était «une aberration anthropologique».

À l'UMP –et comme on le comprend–, Darmanin s'emmerde. Alors quand courant 2009 débarque dans son bureau Sophie Spatz, née Olga Patterson, le cœur de Gérald s'emballe. Un drôle d'oiseau que cette Olga. Ancienne call-girl, elle a été condamnée quelques années auparavant pour avoir harcelé de trop son ancien compagnon –une histoire d'argent qui a mal tourné. Depuis, elle cherche par tous les moyens à effacer cette condamnation de son casier judiciaire.

Comme elle aussi est encartée à l'UMP –décidément!–, elle finit par décrocher une entrevue avec Darmanin. L'entretien se passe bien. Depuis tout petit, Gérald a l'écoute attentive. C'est dans ses cordes. Il connaît du beau monde. Une petite lettre au ministère de la Justice, et l'affaire est pliée. Considérez la chose comme acquise. Magnanime, en échange de ce service amical –il faut bien s'aider entre camarades de parti–, Gérald demande simplement à Olga de se montrer ouverte d'esprit.

On convient d'un rendez-vous au restaurant, Chez Françoise, une cantine près de l'Assemblée nationale fréquentée par le tout-politique. Galant jusqu'au bout, Darmanin laisse Olga régler la note: 112,60 euros. Sur sa lancée, Gérald, ce soir-là très en verve, propose de poursuivre la soirée dans un club libertin de la capitale, Les Chandelles. Coût de l'entrée pour un couple: 96 euros (tarif actuel). L'histoire ne nous dit pas qui a payé cette fois. Olga ou Gérald, le mystère reste entier.

Quoi qu'il en soit, il ne se passe rien d'inoubliable lors de leur passage dans ce club où, selon Le Petit Futé, «vous vous partagerez entre le dancefloor et les magnifiques salons câlins... Si en journée, avec la présence de messieurs seuls sélectionnés, l'ambiance câline devient très vite coquine, en soirée, surtout lors des soirées réservées aux couples, c'est peut-être un peu plus timide, mais plus on avance dans la nuit, plus la clientèle se désinhibe».

C'est bien ce qu'il se passe car Darmanin, cette fois tout à fait désinhibé et au sommet de sa forme, propose à Olga de finir cette soirée envoûtante dans une chambre d'hôtel. Le coût de la chambre demeure inconnu à ce jour; le débiteur aussi. Elle accepte. Se passe alors ce qu'il se passe et qu'il ne nous appartient pas de commenter.

Visiblement, cela n'a pas dû être de tout repos pour Olga, qui dans un SMS envoyé plus tard à Gérald s'exclamera: «Quand ont sait l, effort qu, il ma fallu pour baiser avec toi!!!! Pour t, occuper de mon dossier» [sic] –ce dont conviendra Gérald, un homme d'honneur, qui tout penaud tiendra à s'excuser: «Tu as raison je suis sans doute un sale con. Comment me faire pardonner?»

Le pardon viendra par une lettre signée de Darmanin, où il demande à Michèle Alliot-Marie, la ministre de la Justice de l'époque, «de bien vouloir faire recevoir Mme Patterson ou, pour le moins, faire étudier sérieusement son dossier».

Fin de l'histoire.

Ma connaissance du droit étant des plus limitées, je laisserai aux juristes et autres avocats le soin de savoir si cet échange peut s'apparenter à une forme de viol. À la justice de trancher. Et à elle seule.

Pour le reste, sans verser dans une pudibonderie de mauvais aloi, on trouvera tout de même assez singulier la démarche qui consisterait à proposer à une militante de son parti d'exercer son influence contre une soirée commencée Chez Françoise, poursuivie aux Chandelles et achevée dans une chambre d'hôtel.

Ce serait pour le moins une étrange et équivoque conception de la politique.

Claude Chabrol, en grand gourmand des mesquineries humaines, aurait adoré.

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