Santé / Monde

C'est le son de la police: le bruit aussi peut être une arme

Temps de lecture : 2 min

Aux États-Unis, l'usage des armes sonores employées contre les manifestant·es s'est largement répandu ces derniers mois, dans le contexte des rassemblements pour George Floyd.

Le chef de la police de Columbus, dans l'Ohio, s'adresse à la foule des manifestant·es venu·es protester à la suite du meurtre de George Floyd. Le 2 juin 2020. | Seth Herald / AFP
Le chef de la police de Columbus, dans l'Ohio, s'adresse à la foule des manifestant·es venu·es protester à la suite du meurtre de George Floyd. Le 2 juin 2020. | Seth Herald / AFP

La fête nationale américaine est passée depuis longtemps aux États-Unis, et pourtant, les feux d'artifices et les pétards continuent d'exploser chaque nuit depuis le 4 juillet. À Los Angeles comme à New York, les plaintes contre ces nuisances se multiplient, presque autant que les théories complotistes, qui cherchent des responsables. Beaucoup accusent la police d'encourager, voire de fournir du matériel pour ces attaques sonores, afin de mettre sous pression les manifestant·es, qui chaque jour continuent également de descendre dans la rue, en réaction au meurtre de George Floyd.

Si ces accusations sont infondées, l'usage du bruit comme une arme et un moyen de contrôle par les forces de l'ordre est une réalité. Au cours des manifestations de ces derniers mois inspirées par le mouvement Black Lives Matter, l'usage d'armes militaires comme les grenades assourdissantes et les canons à son (LRAD, pour Long-range Acoustic Device) s'est largement développé.

Des grenades assourdissantes pour faire taire

Ces armes sonores peuvent provoquer des lésions durables, notamment en perforant le tympan. Les grenades assourdissantes par exemple produisent des détonations de 170 décibels: à titre de comparaison, le bruit d'une fusée est de 180 décibels, et celui d'un avion à réaction de 150. Luna, une militante de Portland, en Oregon, a gardé des symptômes de stress post-traumatique à la suite d'une exposition à ces grenades tirées par la police:

«Si je suis en public et que j'entends une forte détonation, je m'arrête, je me baisse et je regarde autour de moi. C'est très épuisant, pas seulement physiquement mais aussi mentalement», affirme-t-elle.

De fait, le son n'est pas seulement perçu par les oreilles, mais par le corps tout entier, et peut renvoyer à différents imaginaires selon les personnes. Si une forte détonation peut entraîner des vertiges et des nausées en rompant l'équilibre de l'oreille interne, le simple bruit d'une sirène de police convoque un horizon de représentations, qui peut aller du sentiment de sécurité à la peur.

La racialisation du bruit

Le chercheur Pedro Oliveira, qui a étudié l'usage des armes sonores par la police militaire brésilienne contre les communautés de couleur à São Paulo, le décrit comme «une violence sonore racialisée». «Les sirènes et les sifflets servent surtout à contrôler les foules et à établir l'ordre social», explique-t-il. Selon lui, une sirène de police retentissant dans un quartier blanc peut signifier une protection, mais dans un quartier non blanc, elle signifiera davantage une menace, le son étant associé à des violences.

Un constat que partage Briana Thompson, qui a participé aux manifestations de Phoenix, en Arizona: «En tant que personne noire vivant en Amérique, j'ai toujours eu une réaction sensible et accrue face aux sirènes de la police.»

À Phoenix d'ailleurs, au moment où les manifestant·es observaient huit minutes de silence en hommage à George Floyd –étouffé pendant huit minutes sous le genou du policier Derek Chauvin–, on pouvait entendre le vrombissement des hélicoptères de police, survolant la manifestation: «C'était un moment très fort, mais ce silence n'était en réalité pas silencieux. Nous étions dehors, au milieu de notre ville, mais c'était claustrophobique et terrifiant d'être allongé là, à écouter la police planer au-dessus de nous et se rapprocher de nous», se souvient Thompson.

Si le bruit peut être utilisé pour blesser physiquement des foules ou les disperser, il est donc avant tout un outil de contrôle, qui vise à construire une certaine représentation de la criminalité ou de la déviance. Associés à différentes situations selon le contexte dans lequel ils sont employés, les sons produits par la police ont pour objectif de modifier les comportements de celles et ceux qui les entendent. Dans le contexte des violences policières, ces avertissements sonores prennent une coloration tout autre.

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