Sports

Ligue des Champions: l'année ou jamais pour les Français

Aurélien Le Genissel, mis à jour le 29.03.2010 à 18 h 56

L'Olympique Lyonnais et les Girondins de Bordeaux s'affrontent pour une place en demi-finale.

Le Lyonnais Pjanic (au centre) et le Bordelais Gourcuff (à gauche), le 13 décembre 2009 lors d'un match de Ligue 1 à Gerland. Re

Le Lyonnais Pjanic (au centre) et le Bordelais Gourcuff (à gauche), le 13 décembre 2009 lors d'un match de Ligue 1 à Gerland. Re

Le sort a-t-il joué un mauvais tour aux clubs français? Difficile à dire. Comme toujours, on peut voir la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide. Ce qui est sûr, c'est que pour la première fois depuis la saison 2003-2004, une équipe française sera parmi les quatre meilleurs clubs européens. Une bonne nouvelle pour la Ligue 1 et, peut-être, une vraie raison d'espérer un titre qui n'a pas atterri dans l'Hexagone depuis 1993.

Une vraie coupe d'Europe  

Car cette édition de la Ligue des Champions ressemble étrangement à cet ovni footballistique qui avait déferlé sur nos écrans en 2003-2004. A l'époque, c'est le FC Porto qui l'avait emporté en finale face à Monaco, mettant fin à la dernière grande épopée d'une équipe française dans cette compétition. Et, cette année-là, on avait retrouvé des équipes comme le Deportivo La Corogne, la Real Sociedad, le Sparta de Prague ou le Celta de Vigo en huitième de finale. Avec deux clubs espagnols, deux français, deux anglais, un italien et un portugais en quart de finale. Depuis, les choses sont rentrées dans l'ordre et il n'y a jamais eu autant de diversité à ce stade de la compétition. Avec même quatre équipes anglaises sur huit l'année dernière.

Mais les choses commencent à bouger à nouveau. Lors du tirage au sort du 19 mars, il y avait 6 pays représentés avec quelques grosses surprises comme le CSKA Moscou ou les Girondins de Bordeaux. Il faut remonter jusqu'en 2000-2001 pour trouver un tableau avec autant d'équipes n'ayant jamais gagné la compétition. A l'époque, c'était Galatasaray, Leeds, Deportivo, Arsenal et Valence. Des huit équipes survivantes aujourd'hui, seules Manchester United, Barcelone, le Bayern et l'Inter l'ont déjà remportée.

Un tirage facile et décevant

On est loin de l'époque (2002-2003) où sept des huit quart de finalistes avaient déjà gagné la Ligue des Champions, cumulant 26 titres à eux seuls. Les clubs français vont cette fois-ci se retrouver face à des équipes inexpérimentées et plus fragiles. A commencer, paradoxalement, par ces quarts de finale où vont s'affronter l'OL et Bordeaux. Un duel au goût de Ligue 1, entre deux des plus grands clubs français de ces derniers temps, qui ne ravit pas tout le monde. Avant le tirage, Erik Bielderman, de L'Equipe, envisageait cette possibilité et estimait que c'était «la plus mauvaise nouvelle pour le foot français». Avant de rajouter qu'un affrontement Girondins-OL «n'intéresserait personne d'autre en Europe que nous». Ce qui n'est pas complètement faux. Un discours quelque peu maussade que reprend Bernard Lacombe qui pense que c'est «juste un peu bête de retrouver deux clubs français l'un contre l'autre».

Un mal pour un bien

Pourtant cette confrontation va permettre de faire le point entre le septuple champion de France et l'équipe qui l'a détrôné l'année dernière. L'occasion pour les Lyonnais de se racheter dans la seule compétition où ils ont échoué depuis le début du siècle et une belle façon pour Bordeaux de montrer qu'ils sont vraiment les nouveaux patrons après cette longue période de domination. Une vraie lutte pour la suprématie du foot français entre deux clubs qui se ressemblent.

Et surtout «pour Bordeaux, comme pour nous, jouer l'un contre l'autre est mieux que jouer contre MU ou le Barça», comme l'explique si bien Lacombe. Car il ne sert à rien de se lamenter sur ce qui aurait pu être. Il faut essayer de tirer un maximum d'avantages de ce qui est. Le premier est qu'il s'agit d'un tirage favorable pour les deux équipes françaises. Le second, et non des moindres, est d'avoir évité le Barça qui semble, aujourd'hui, l'équipe la plus forte d'Europe. A partir de là, il ne reste plus qu'un seul obstacle pour tenter d'arriver à la finale du Santiago Bernabeu: le Bayern ou Manchester United. Dans les deux cas, pas une mince affaire, mais cela se résume finalement à deux petits matchs.

Manchester plus facile que le Bayern?

Ensuite, pour la finale, tout peut arriver. Il suffit de demander à Liverpool, qui avait surmonté un 3-0 à la mi-temps face au Milan AC en 2005, ou à Manchester, qui avait gagné le match dans les deux dernières minutes face au Bayern en 1999. La possibilité qu'un club français remporte la C1 se résume donc à éliminer le gagnant du duel entre Manchester et le Bayern. Est-ce vraiment possible?

En tout cas, Lyon et les Girondins peuvent bénéficier de quelques atouts. Le plus important est peut-être de jouer le deuxième match à domicile. Un aspect décisif depuis plusieurs années en Ligue des Champions. Mais ce n'est pas le seul. Si les pronostics se confirment, et Manchester se qualifie, les Red Devils vont devoir jouer un derby compliqué face à leurs voisins de Manchester City lors de la 35e journée de Premier League, soit quelques jours avant l'aller des demi-finales de C1 le 20/21 avril. Et ils auront aussi un match très serré face à Tottenham sept jours plus tard, juste avant le match retour.

Ce n'est pas le cas du Bayern dont les adversaires lors de ces deux week-ends (Hannover 96 et Borussia Monchengladbach) ne sont pas de grosses pointures. Paradoxalement, il serait donc peut être préférable pour les Français que ce soit Manchester qui se qualifie. Car les Anglais seraient, à ce moment de la saison, au coude à coude pour remporter le championnat et ne pourraient pas se permettre de réserver des joueurs face à des adversaires importants. Cela pourrait servir les intérêts de Bordeaux ou Lyon à un niveau de la compétition où la récupération et la forme physique des joueurs est un facteur essentiel. Ce n'est pas un hasard si le report du match Lyon-Grenoble a déjà fait des remous parmi les dirigeants de foot français.

Sans oublier que Manchester United a déjà disputé deux finales consécutives et que seules des équipes légendaires (la Juve et le Milan du début des années 1990, le Bayern et l'Ajax de la décennie 70, le Benfica des années 1960, le Real de la fin des années 1950) ont réussi l'exploit d'en enchainer trois.

Pour un quart déséquilibré

Quoi qu'il arrive, Lyon et Bordeaux auront aussi un match épuisant en L1, avant l'hypothétique demi-finale, étant donné qu'ils s'affronteront à Chaban-Delmas le week-end du 17 avril. Et, dans cette optique, la mauvaise saison de l'OL (et sa récente défaite face à l'OM) peut être un atout pour la conquête de la C1. Car si l'équipe ne peut plus lutter pour le championnat, le match peut être moins vital pour les Lyonnais qui pourront alors mieux se concentrer sur l'affrontement européen. Ce ne serait d'ailleurs pas une si grande surprise. Rappelons-nous, par exemple, que Milan a régné en Europe en 2007 en finissant quatrième (à 36 points de l'Inter) en Série A, que Liverpool a fait de même en 2005 en finissant cinquième (à 37 points de Chelsea) et que le Real a décroché son neuvième sacre européen en 2002 alors qu'il n'était que troisième de la Liga. A moins qu'à ce moment-là Bordeaux n'ait déjà réussi à faire la différence à la tête du championnat...

Le meilleur scénario pour les clubs français est sans doute une fin d'année la plus ennuyeuse et prévisible possible. Même si ce n'est pas ce que l'on attend d'un quart de finale européen (et ce que tout bon supporter aime dans le foot), il ne reste qu'à souhaiter que l'affrontement à Gerland soit le plus déséquilibré et inégal possible (avec une large victoire dans un sens ou dans l'autre). Tout en souhaitant, au contraire, que les championnats allemand et anglais se décident au dernier moment et que l'autre quart de final soit incertain et intense jusqu'au bout. Lyon et Bordeaux auraient alors tous les atouts possibles pour aller jusqu'au bout et devenir le premier club, depuis 13 ans, à remporter la Ligue des Champions sans l'avoir jamais fait auparavant. C'est-à-dire depuis le sacre du Borussia Dortmund au Stade Olympique de Munich en 1997. Cette édition de la C1 ne semble pas respecter les traditions de ces dernières années. Une occasion en or pour créer la surprise et fêter une première victoire de l'OL ou des Girondins. Cette année, plus que jamais, cela semble possible.

Aurélien Le Genissel

Photo: Le Lyonnais Pjanic (au centre) et le Bordelais Gourcuff (à gauche), le 13 décembre 2009 lors d'un match de Ligue 1 à Gerland. Reuters/Robert Pratta

Aurélien Le Genissel
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