Santé

La positivité aussi peut être toxique

Temps de lecture : 2 min

Cette attitude est susceptible d'être contre-productive et de produire des effets néfastes sur la santé mentale.

Faire preuve d'un optimisme impassible et fermer la porte aux sentiments négatifs ne les fait pas disparaître, au contraire, cela les exacerbe. | Gerd Altmann via Pixabay
Faire preuve d'un optimisme impassible et fermer la porte aux sentiments négatifs ne les fait pas disparaître, au contraire, cela les exacerbe. | Gerd Altmann via Pixabay

«Tout ira bien», «Ça va passer», «Reste positif! Ça pourrait être pire»... Si vous avez déjà traversé une période difficile, comme une rupture ou la perte de votre emploi, vous avez probablement entendu certaines de ces phrases de la part de vos ami·es et de votre famille.

Pourtant, cet excès de positivité peut s'avérer négatif. Ce genre d'encouragements et de réflexions est tellement courant que les expert·es en santé mentale lui ont donné un nom: la positivité toxique.

«La positivité toxique est l'idée que nous devons nous concentrer uniquement sur les émotions et les aspects positifs de la vie», explicite Heather Monroe, assistante sociale et directrice de programme de dévelopement au Newport Institute. «C'est la conviction que si nous ignorons les émotions difficiles et les parties de notre vie qui ne fonctionnent pas bien, nous serons beaucoup plus heureux.»

Une pensée trop simpliste

Le problème est que la positivité toxique simplifie à l'excès le cerveau humain et la façon dont nous traitons les émotions. Au final, elle peut nuire à notre santé mentale, alerte Monroe. «Il peut y avoir des effets à long terme de la positivité toxique, notamment en encourageant une personne à garder le silence sur ses luttes.»

«Se sentir connecté et entendu par les autres est l'un des antidotes les plus puissants contre la dépression et l'anxiété, tandis que l'isolement alimente ces problèmes émotionnels.» En d'autres termes, faire preuve d'un optimisme impassible et fermer la porte aux sentiments négatifs ne les fait pas disparaître, au contraire, cela les exacerbe.

La positivité toxique nous amènerait à nier les signes d'alerte psychologique de détresse qui essaient de nous dire de faire attention ou d'entreprendre des mesures concrètes pou améliorer la situation, explique Noel McDermott, psychothérapeute à Londres.

«Il n'y a rien de mal à faire preuve de reconnaissance pour tout ce que vous avez, surtout en cette période troublée de pandémie. Mais vous pouvez le faire tout en reconnaissant votre malaise», conseille Jenny Maenpaa, thérapeute à New York.

La positivité toxique peut également affecter la façon dont les gens voient et répondent aux appels de justice sociale, comme la lutte contre le racisme. «Le même principe vaut pour le racisme. Une action sociale doit être entreprise pour corriger les injustices sociales. Faire peser sur une personne noire le fardeau de devoir “rester positive” est une insulte à ses expériences vécues et un exemple de complaisance blanche», explique le psychothérapeute londonien.

Pour faire face à des émotions négatives sans tomber ni dans la positivité toxique, ni dans un profond mal être, les expert·es recommandent de s'autoriser à avoir des émotions négatives et positives. Mais aussi d'examiner son anxiété «en notant ses peurs et ses angoisses, même si nous ne pouvons rien y faire, nous disons à notre cerveau qu'il est normal de les laisser partir car elles sont prises en charge», recommande Jenna Maenpaa.

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