Société

Les lieux de vacances les plus dépaysants pour séjourner en France cet été

Temps de lecture : 5 min

Pas besoin d'aller bien loin pour s'évader de son quotidien.

Après des mois de confinement, les Français·es aspirent à faire corps avec la nature. | Max Vertsanov via Unsplash 
Après des mois de confinement, les Français·es aspirent à faire corps avec la nature. | Max Vertsanov via Unsplash 

À la lumière des réflexions qui ont animé la sphère touristique depuis le début de la crise sanitaire que nous connaissons, de nombreux débats se sont focalisés sur la capacité de voir se redéployer la demande touristique sur des territoires de proximité.

Pour pouvoir envisager cette évolution, il faut revenir aux bases du tourisme à savoir que la demande touristique est le miroir inversé de notre quotidien.

En vacances, on va chercher à quitter son quotidien dans ses dimensions les plus pesantes. Avant même de vouloir voyager et découvrir de nouveaux horizons, la nécessité de rompre avec ses habitudes reste la motivation principale et incontournable des personnes qui ont posé des congés.

Quitter les tensions

Quand un individu décide de voyager, c'est avant tout pour s'évader du contexte dans lequel il évolue le reste de l'année. Une grande majorité des touristes contemporain·es proviennent de milieux urbains ou rurbains, et, même si cet univers présente de multiples avantages, un·e touriste cherche à quitter ses aspects négatifs (la pollution, le bruit, la foule, le manque d'horizon, le manque d'espace, l'absence de civisme, etc.).

«Normalement, j'habite à Paris. Ici, c'est juste l'opposé. Il n'y a que des espaces naturels autour de moi, alors que normalement, c'est encombré de voitures. Ici, il y a du calme, on entend le bruit du vent, on peut marcher, toucher l'herbe et des matières premières. En ville, on entend que des voitures et tout ce qu'on voit, tout ce qu'on touche, ce sont des matières transformées, qui ont été industrialisées. Et il y a beaucoup plus de monde. L'endroit où je séjourne est très différent, je me sens dans un autre monde, en fait, dans un autre quotidien», expose Stéphane, qui a pris ses vacances dans un refuge des Écrins.

Quoi de plus dépaysant que de passer des pavés citadins à l'herbe des prés alpins le temps d'un été? | Vladislav Zakharevich via Unsplash

Une personne qui fait du tourisme cherche également à quitter l'univers du travail et toutes les tensions qui peuvent y être associées. Enfin, il peut être particulièrement complexe de mener de front une vie familiale et une carrière professionnelle tout en gérant son domicile, et tenter de trouver un temps de loisirs pour soi. Ainsi, au fil des années, les vacances sont devenues un cours de rattrapage des moments importants de la vie familiale et personnelle que les pressions du quotidien ont mis à mal. Indéniablement, le temps des vacances représente une échappatoire essentielle à nos vies pressurisées où le lâcher-prise et l'être ensemble demeurent les principes directeurs.

La recherche d'expériences

Si la motivation première est bien de quitter son quotidien, il est essentiel que celui-ci ne se rappelle pas au touriste pendant son séjour. Le rôle d'un prestataire touristique va donc être de proposer des expériences différenciantes qui vont permettre au consommateur de s'évader. Plus la distanciation par rapport au quotidien prendra racine pendant les vacances, plus celles-ci seront réussies. Pour autant, toutes les escapades se valent-elles en matière de détachement?

Les personnes qui composent un groupe de vacancièr·es, les activités pratiquées et les rencontres lors d'un séjour vont forcément jouer un rôle important. Mais au-delà de ces éléments, c'est surtout la différence de contexte qui va jouer un rôle primordial dans le mécanisme de détachement.

Certains contextes sont plus propices à provoquer ce détachement. Les expériences en nature, dans leur globalité, permettent d'immerger les consommateurs dans des contextes différents, rassurants, déconnectants, et qui les ramènent à l'essentiel. La nature apaise, nous reconnecte à nos émotions, stimule nos capacités d'attention, et provoque un indéniable retour aux sources.

Les univers sauvages

Parmi les environnements naturels, les univers sauvages semblent avoir une place à part, non seulement car ils permettent particulièrement des déconnecter, mais également car ils sont propices aux touristes pour prendre la mesure de leur place dans l'univers et invitent à une humilité bienveillante: «Ces grands espaces, ce sentiment de puissance, et en même temps d'infériorité, d'humilité par rapport à la montagne sont autant de facteurs de déconnexion totale. On sort vraiment du réel. Il y a cette montagne qui vous écrase, quand vous voyez l'immensité. On se sent plus petit, elle vous rend humble», constate François.

La puissance de l'univers sauvage s'expérimente volontiers en montagne, comme dans les séjours au pôle Nord. Plus généralement, les vacances qui impliquent un retour à l'essentiel en se rapprochant d'un tourisme d'aventure qui peut s'apparenter au survivalisme sont l'occasion pour les touristes de revenir à l'essentiel avec une rapidité évidente.

«On revient aux choses de base, on se dit que finalement, on n'a pas besoin d'un grand confort. On n'emporte pas grand-chose dans le sac à dos, on laisse toute notre maison. On ressent un bien-être en revenant à quelque chose de plus simple, de plus authentique, voilà. Authentique», témoigne Marjolaine.

Créer des occasions

Si l'ensemble des touristes ne sont pas prêt·es à vivre des aventures intenses et rugueuses, les prestataires surfent néanmoins sur cette vague afin de susciter des occasions propices à se rapprocher de la nature pour coller à ce retour à l'essentiel dont les touristes contemporain·es sont friand·es. L'émergence de produits insolites (maison dans les arbres, igloos, «glamping» et tout simplement le camping) va dans le sens du rêve d'aventure et de frugalité qu'attendent les vacanciè·res qui tiennent dans la même temps à garder un certain niveau de confort.

Le village est attractif car il incarne la tradition et l'authenticité. | Guillaume Techer via Unsplash

La crise sanitaire liée au coronavirus a mis en lumière la quête de sens des citadin·es, mais cette tendance s'observent depuis déjà plusieurs années. Elle se traduit par la recherche de produits de consommation aux valeurs stables et rassurantes du fait d'être associées à la tradition. La tendance vintage, l'authenticité et la frugalité sont autant de facteurs vecteurs de sens et qui sont perçus comme un ancrage face aux incertitudes de nos sociétés.

Une proximité identitaire appréciée

À la lumière de ces connaissances, certains territoires au sein même de l'Hexagone sont à même d'offrir leur part d'exotisme car ils représentent un retour aux sources salvateur et des expériences ultra déconnectantes.

La proximité physique entre lieu de résidence et lieu de villégiature apporte aussi une proximité identitaire qui répond au besoin de sens et de réassurance du consommateur. Plus particulièrement, les territoires ruraux sachant valoriser leurs valeurs authentiques, les territoires à fortes évocations naturelles et les territoires de montagne sont les mieux placés pour développer une offre en phase avec des attentes d'évasion car leur identité rassure et renvoie à l'essentiel.

Les études (qui portent généralement sur des séjours touristiques d'au moins une semaine) indiquent qu'il faut trois jours pour se distancer de son quotidien. Cette durée semble incompressible pour que le corps et l'esprit se libèrent du stress lié à la vie quotidienne et se rendent disponibles pour profiter des congés.

Au terme de «staycation» (les vacances à la maison) on préfèrera celui de locatourisme car il implique de quitter son domicile pour plus de deux nuits à minima, conformément à ce principe fondateur du détachement qui qualifie les vraies vacances. Il reste néanmoins à rappeler que l'accès aux vacances reste frappé d'inégalités. En 2020, encore plus d'un tiers des Français·es n'a pas les moyens de s'offrir une pause estivale.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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