Société / Économie

Ces jeunes qui ont perdu leur boulot à cause du Covid-19

Temps de lecture : 4 min

Licenciement économique, non-renouvellement de contrats courts... Une déferlante s'annonce chez les moins de 30 ans.

Dans une agence Pôle emploi, le 3 janvier 2019 à Montpellier. | Pascal Guyot / AFP
Dans une agence Pôle emploi, le 3 janvier 2019 à Montpellier. | Pascal Guyot / AFP

«Je suis rentré dans la salle, ça a duré dix minutes.» Arthur*, 28 ans, est commercial dans une agence de webmarketing en Loire-Atlantique. Il est en CDI depuis onze mois et vient d'être licencié. «Ils m'ont dit qu'ils avaient décidé de se séparer de moi parce qu'il n'y a plus assez de business qui rentre, décrit-il. Forcément, j'étais le dernier arrivé, je suis le premier parti...» Comme nombre de jeunes, il est l'une des victimes collatérales de la pandémie de Covid-19.

Le ministre de l'Économie Bruno Le Maire avait prévenu au début du mois de juin: des «centaines de milliers» de personnes vont perdre leur emploi. Il a d'ailleurs annoncé le déblocage de 45 milliards d'euros pour tenter de les préserver au maximum. Mais pour certains, comme Arthur, la crise du coronavirus a déjà frappé. Selon une étude de l'Organisation internationale du travail (OIT) parue le 27 mai dernier, un jeune sur six se retrouve sans emploi en raison de la crise.

«J'ai appris ça par téléphone... Pas très classe comme façon de faire»

Raphaëlle*, 25 ans, chargée de communication/marketing en CDI au sein d'une start-up spécialisée dans les boissons, est tombée des nues à l'annonce de son départ. Mise au chômage partiel dès le début du confinement, ses patrons la rassurent: la boîte tient le coup, pas besoin de s'inquiéter plus que ça.

«Un jour, je reçois un appel d'un des trois fondateurs qui me dit: “En fait, ça ne va pas du tout. On n'est pas du tout bons sur les chiffres par rapport aux prévisions. On est obligé de supprimer des postes. On va supprimer cinq postes dont le tien.” J'ai appris ça par téléphone, j'étais ravie... Pas très classe comme façon de faire», dénonce-t-elle.

Comme pour Arthur, la déception est grande. «C'était un peu la douche froide... Pendant trois mois, j'avais eu des retours très positifs. Je n'avais pas imaginé que ça allait se terminer aussi vite. Quand j'ai su ça, je me suis mise à pleurer. J'étais en état de choc. Je ne m'y attendais pas du tout», poursuit-elle. Tous les deux quittent leur emploi à la mi-juillet et se retrouvent au chômage. «C'est la première fois que je vais aller à Pôle emploi. Pour le coup, c'est vraiment l'inconnu», confie Arthur.

Les emplois dits précaires (CDD, intérim, stage) sont aussi les premiers touchés par la crise économique: selon une étude de l'Insee, l'emploi intérimaire a chuté de 40% au premier trimestre 2020. Chloé*, 25 ans, en CDD de six mois dans une start-up spécialisée dans la mode, en a fait les frais. Son contrat ne sera finalement pas renouvelé comme prévu. «Pendant le confinement, on avait acté ça. Sans mail, juste à l'oral. Pour ma boss, c'était bon, relate-t-elle. Fin mai, ils m'ont dit qu'ils avaient réfléchi, qu'ils étaient désolés mais qu'ils ne renouvelaient pas mon CDD et que j'étais remplacée par deux stagiaires parce que c'était plus simple.»

La pilule a du mal à passer: «J'étais estomaquée, un peu sciée. Pendant le confinement, j'ai beaucoup donné. J'étais la seule à Paris, j'ai rendu beaucoup de services. Et je m'attendais à rester. Ce n'était pas très franc», déplore-t-elle.

Des inégalités face à la crise

Pour Vanessa di Paola, économiste, spécialiste des questions d'insertion des jeunes sur le marché du travail et maîtresse de conférences à Aix-Marseille Université, «les jeunes sont toujours les premières victimes des crises économiques parce qu'ils rentrent sur le marché du travail et ne sont pas protégés. Ils n'ont pas encore accès à l'emploi stable». Elle souligne aussi les inégalités face à la crise: «Tous les secteurs ne vont pas être touchés de la même manière et tous les jeunes ne vont pas être concernés de la même façon, selon leur niveau de qualification, leur spécialité de formation...»

Cette baisse généralisée de l'activité du pays s'est répercutée sur des emplois habituellement très convoités par les jeunes. «Cette crise touche des secteurs d'activité connus pour être des secteurs d'insertion des jeunes comme l'hôtellerie-restauration et le commerce», précise la chercheuse. En début de vie active, un quart des jeunes s'y insèrent. «En plus, ce sont des secteurs avec des emplois relativement peu qualifiés. Ce sont les jeunes les moins favorisés sur le marché du travail qui ont déjà le plus de difficultés. Ils vont avoir assez peu d'autres portes de sortie», ajoute-t-elle.

«Cette expérience est venue réveiller chez les jeunes des choses qui, normalement, arrivent plus tard dans les parcours professionnels.»
Vanessa di Paola, économiste

Le gouvernement planche actuellement sur un plan d'urgence pour relancer la machine de l'emploi des moins de 25 ans et éviter ce qu'on nomme déjà une génération sacrifiée. Début juin, Emmanuel Macron a annoncé le déblocage d'un milliard d'euros pour favoriser l'apprentissage, sous la forme d'une aide immédiate versée à l'entreprise lors de l'embauche d'un·e apprenti·e.

Dans ce plan, qui doit être dévoilé dans les prochains jours, le chef de l'État devrait aussi trancher entre prime à l'embauche et exonération de charges salariales pour favoriser l'emploi chez les jeunes. Pour Vanessa di Paola, il faut deux types de mesures: «Des mesures d'accompagnement pour accéder à l'emploi et un soutien économique pour passer la période.»

Pas de place pour la résignation

S'il s'agit d'une période difficile pour certain·es, d'autres y voient l'occasion de changer de vie. «J'ai une passion depuis longtemps: cuisiner. Je me dis que c'est le moment ou jamais. Je le prends comme un signe», raconte Arthur. À la rentrée, il envisage de commencer un CAP cuisine. Idem pour Chloé: «Je voudrais faire une formation modéliste pour lancer ma marque dans la mode. J'ai envie de développer des trucs à moi et arrêter de donner mon énergie à des marques dont je ne me reconnais pas forcément dans les valeurs», explique-t-elle.

«Cette expérience [le confinement, ndlr] est venue réveiller chez les jeunes des choses qui, normalement, arrivent plus tard dans les parcours professionnels. Elle a mis sur le devant des interrogations précoces. On a envie de reconfigurer les choses», ne s'étonne qu'à moitié Vanessa di Paola.

Le ministre de l'Économie a dit s'attendre à ce que la crise économique entraîne la suppression de «800.000 emplois», soit «2,8% de l'emploi total». Selon les scénarios de l'exécutif, entre 165.000 et 320.000 jeunes supplémentaires pourraient être au chômage au second semestre 2020. En parallèle, en septembre, plus de 700.000 jeunes, en fin de cursus, devraient entrer sur le marché du travail. La jeune génération actuelle risque de trinquer plus que les autres.

*Les prénoms ont été changés.

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