Santé

Mon chat a-t-il vraiment mangé cette ficelle qui l'a envoyé aux urgences?

Temps de lecture : 5 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quand un bout de ficelle disparaît. Quand je me retrouve à amener mon chat aux urgences vétérinaires. Quand je ne sais toujours pas si c'est lui qui l'a avalé.

Victime ou coupable, le mystère reste entier. | Trougnouf via Wikimedia Commons
Victime ou coupable, le mystère reste entier. | Trougnouf via Wikimedia Commons

Une fin de matinée comme une autre. Je m'ennuie. Je décide de jouer avec mon chat. Je coupe un mètre de ruban d'une bobine de fil. Je cours dans l'appartement, le chat bondit derrière moi et essaye de l'attraper. Deux minutes plus tard, il en a marre. Moi aussi. Je laisse la ficelle traîner sur le rebord du fauteuil. J'ouvre l'ordinateur et fais mine de m'intéresser à une recette de fricassée de saumon sur YouTube. Cinq minutes passent. Je relève la tête: sur la table de la cuisine, j'aperçois mon chat occupé à se lécher les babines. C'est bizarre, je ne lui ai rien donné à manger. Se serait-il servi dans le frigo sans mon autorisation?

Je m'apprête à me lever pour en avoir le coeur net quand je remarque que la ficelle laissée tantôt sur le bord du fauteuil a disparu. Étrange. L'aurais-je rangée sans m'en rendre compte? Absurde, je n'ai pas bougé du canapé. Pourtant, elle a bel et bien disparu. Je vérifie: elle n'a pas glissé sous le fauteuil. Qui l'aura donc volée?

Qui dans cet appartement aura eu l'audace de subtiliser un mètre de ficelle pendant que je regardais une recette de fricassée de saumon? Qui dans sa fourberie naturelle l'aura ravi sans même que je m'en aperçoive? Qui d'autre que ce sournois de chat dont je ne compte plus les coups d'éclats, de la fuite inopinée dans l'escalier au chapardage d'une pléiade de Flaubert retrouvée en charpie au bas de mon lit en passant par l'allumage en pleine nuit de la minuterie du four? Le chat qui continue à se lécher les babines comme si de rien n'était. Le chat. Les babines. La ficelle. Les babines. Le chat.

Par acquis de conscience, je me mets à chercher la ficelle partout. Absolument partout. En haut, en bas. Derrière les meubles. Au plus profond des placards. Dans la salle de bains. Sous le lit. Au milieu des jouets du chat. À l'arrière du canapé. Au sommet des bibliothèques. Partout. Maintenant, je peux l'affirmer, la ficelle a officiellement disparu. J'interroge le chat: «Tu as mangé la ficelle?» Il me regarde comme si je venais de l'accuser d'avoir tué Kennedy.
«– Moi, manger de la ficelle? Jamais, que Dieu m'en garde! D'ailleurs, de toute éternité, je suis allergique au goût de la ficelle, j'ai hérité cela de ma mère.
– Tu es sûr?
– Sur mes moustaches, je jure, de la ficelle, je n'en ai jamais mangé. Je suis peut-être timbré mais ma folie a des limites tout de même.»

Bon.

Je refais un tour de l'appartement. Rien. Quelque peu inquiet, je consulte l'ordinateur. Je tape sur un moteur de recherche «chat-ficelle-avaler.» Résultat: votre chat est en danger de mort, votre chat est mort, votre chat va mourir, filez chez le véto sans plus attendre. Comment ça «en danger de mort»?! J'appelle le véto.
«– Mon chat a avalé de la ficelle.
– Cela arrive.
– C'est grave?
– Peut-être.
– Peut-être?
– Il en a mangé combien?
– Un mètre.
– Combien?
– Un mètre.
– Ramenez-vous.
– Maintenant?
– Non à Kippour.»

Je raccroche.

Escroc de véto. Toujours à vouloir me soutirer du fric. Je dois réfléchir et éviter de paniquer. Comment mon chat en l'espace de cinq minutes aurait pu avaler un mètre de ficelle sans émettre un quelconque gargouillis qui m'aurait mis la puce à l'oreille? Impossible. Impensable. Inconcevable. C'est un chat, pas un alligator tout de même. Une conclusion s'impose, il est innocent, c'est même une certitude. Certes, mais dans ce cas-là, gros malin, où la ficelle a bien pu disparaître? Je cherche encore. Et encore. Je retourne tout. La vaisselle, les tapis, le lit, la commode, la litière, mes lingots d'or, la table basse, le matelas, la télé. Rien de rien.

Retour sur internet. J'apprends que mon chat risque une occlusion intestinale si d'aventure la ficelle s'entortille autour de ses intestins. Bigre. «Il est possible que durant les vingt-quatre heures ou quarante-huit heures suivant l'ingestion de l'objet indésirable, vous ne remarquiez rien d'anormal chez votre chat. Signes à surveiller: vomissements, perte d'appétit, dépression, constipation, apathie généralisée…»

Un jour passe. Il n'est ni déprimé, ni apathique, ni constipé. Rien du tout. Bon pied, bon oeil. Entre deux repas, l'interrogatoire se poursuit.
«– Tu maintiens que tu n'as toujours pas avalé la ficelle?
– Affirmatif, votre honneur.
– Et tu ne l'as pas planqué dans une de tes cachettes secrètes?
– Sûrement pas. Je ne suis pas de la race qui cache de la ficelle .
– Mais elle est où alors?
– Qu'est-ce que j'en sais moi? Abruti comme tu l'es, tu l'auras mise à la poubelle sans t'en rendre compte. Elle se sera envolée par la fenêtre. Tu auras rêvé. Voilà, tout. Tu parles d'une affaire.»

Trente-six heures passent. Le soir. Je prépare sa pâtée. Pour la première fois de notre vie en commun, il ne vient pas vérifier que je ne suis pas en train de l'empoisonner. Étrange. Je l'appelle. Aucune réponse. Je vais le voir dans son panier. Tout juste s'il me reconnaît. Regard amorphe. Pattes languides. Corps prostré. Je lui plante un yaourt sous le museau. Il ne bronche pas. Mon chat se meurt. On se rend dare-dare aux urgences vétérinaires.

Palpation de l'abdomen. Prise de température. Radio. Rien à signaler, tout est en ordre. «Je te l'avais bien dit, je suis innocent, ce n'est pas moi qui l'ai bouffée ta ficelle. Je suis victime d'une erreur judiciaire comme il n'y en pas une par siècle. J'exige un avocat tu m'entends? J'ai des droits tout de même. Quelle monstruosité: je suis innocent comme la Vierge Marie et voilà qu'on me traite comme si j'étais Eichmann en personne.»

Rentrez chez vous et dormez en paix mais auparavant passez à la caisse, me dit le véto.
«Deux cent cinquante euros.
– Combien?
–Deux cent cinquante euros.»

Retour à la maison au milieu de la nuit. Une heure plus tard, le chat vomit. Une fois. Une deuxième fois.
«– Allô la clinique?
– Ramenez-la bête, on a dû manquer un épisode.»

Échographie. On voit une masse informe sans qu'il soit permis de définir avec certitude son origine. Batterie d'examens. Prise de sang. Prise d'urine. Antibiotiques. Lavement. La totale. Le chat dort à l'hosto. Plus prudent. Au cas où. Je passe ma nuit à chercher la ficelle. Je commence à perdre les pédales. Qui ment? Qui dit la vérité? Cette ficelle a t-elle seulement existé? Une masse informe dans l'estomac. Un amas de ficelle, sinon quoi? Le trésor de Toutankhamon ? Les manuscrits de la mer Morte?

Je passe récupérer le chat. Il est encore un peu patraque mais ça va aller. Pas d'occlusion. Pas d'opération. Une indigestion peut-être. Difficile à dire. Rentrez chez vous, dormez en paix mais avant n'oubliez pas de passer à la caisse.
«– 1.200 euros.
– Vous dites?
– 1.200 euros.»

Je m'évanouis.

Retour à la maison. La grande explication.
«– Maintenant tu avoues ou je te ramène au refuge.
– Jamais, tu entends, jamais. Je la suis victime d'une monstrueuse cabale. Je n'ai rien à voir avec la disparition de la ficelle. On aura cherché à me nuire. Dreyfus, c'est moi. Le petit Grégory, c'est moi. Joseph K., c'est moi. J'accuse. Oui j'accuse. Un complot. Une infâme machination.
– Mais enfin cette ficelle n'a pas disparu par magie! Dis la vérité, je te promets, je ne te gronderai pas.
– Na, c'est pas moi, c'est l'autre. De l'acharnement judiciaire. Si tu continues à m'accuser de la sorte, je te préviens, j'appelle Dupond-Moretti et je convoque la presse.»

Je ne sais plus quoi penser. Mon chat a t-il vraiment ingurgité cette ficelle? Je l'ignore. L'échographie n'est pas concluante. En même temps, il a connu un épisode nauséeux difficilement expliquable. La seule chose dont je suis sûr, c'est que je suis ruiné.

Ruiné.

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