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Jean-François Copé: Pour un nouveau pacte majoritaire

Jean-François Copé, mis à jour le 28.03.2010 à 15 h 50

Lors des élections régionales, la droite républicaine a atteint un niveau historiquement bas tandis que l'abstention s'est envolée et que l'extrême droite a repris du poids dans plusieurs régions. Voilà des réalités qu'il est dangereux d'ignorer. Quand plus de 43 millions de Français sont appelés le même jour dans les mairies et les écoles de notre pays pour remplir leur devoir civique, le verdict n'est jamais anodin, qu'ils votent ou qu'ils s'abstiennent !

Cette défaite sévère impose à ma famille politique une exigence de lucidité. Notre devoir est de tirer dès aujourd'hui toutes les leçons de ce scrutin pour répondre aux attentes des Français et regagner au plus vite leur confiance. Même si les régionales sont des élections locales, les Français ont saisi cette occasion pour envoyer un message fort à la majorité présidentielle. Beaucoup de Français qui nous avaient rejoints en 2007 n'étaient plus à nos côtés ces deux derniers dimanches. Ils n'ont pas cherché à manifester leur soutien à une opposition, dont on ne connaît pas les propositions. Ils ont voulu exprimer leurs inquiétudes au cœur d'une crise économique sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Ils nous ont aussi fait part d'une déception que les parlementaires percevaient sur le terrain depuis plusieurs mois.

Les électeurs de droite et du centre, et tous ceux qui espèrent pour la France un avenir meilleur, nous demandent de renouer avec la dynamique positive de la dernière présidentielle. Pour répondre à leurs attentes et préparer cet avenir, les parlementaires UMP proposent de fonder un nouveau pacte majoritaire. Ce pacte devra mobiliser tous les députés et sénateurs de notre famille politique autour du Président de la République. Nous nous réunissons lundi 29 mars pour travailler sur les termes de ce nouveau pacte, lors d'un séminaire exceptionnel avec le Premier ministre. Voilà les trois piliers sur lesquels ce pacte devrait se fonder.

 

Premier pilier: les réformes vitales pour l'avenir, les retraites et le redressement des finances publiques.

L'espérance de vie s'allonge en France, c'est une très bonne nouvelle! Mais elle suppose aussi que nous travaillions plus longtemps pour garder un équilibre soutenable entre actifs et retraités. Ceux qui défendent la retraite à 60 ans comme un droit sacro-saint ne font qu'une chose: ils sabotent le régime par répartition en le rendant «infinançable». Il leur reviendra d'expliquer aux nouvelles générations qu'elles devront payer plus pour payer les retraites de leurs aînés sans être sûres d'y avoir droit lorsque viendra leur tour... Pourquoi la France serait le seul pays où l'on ne vaudrait plus rien sur le marché du travail après 60 ans?

La réforme doit aussi être l'occasion de faire converger les régimes du public et du privé, pour que les Français soient égaux devant la retraite! Cette exigence de justice passe enfin par la prise en compte des différences d'espérance de vie selon les catégories professionnelles.

Plus largement, c'est l'ensemble des causes de l'endettement public -1.500 milliards d'euros!-, que nous devons combattre au sein de l'Etat mais aussi dans les collectivités locales et dans notre système de protection sociale. C'est une urgence car nous courons le risque d'une overdose d'endettement public dont les conséquences seraient encore plus graves que la crise que nous traversons aujourd'hui.

En période de récession, il est normal de faire appel à la dépense publique pour amortir les chocs et investir dans l'avenir. Mais la France doit dégager des économies pour réduire la dépense inutile dès maintenant et se fixer une règle constitutionnelle de retour à l'équilibre. En plus de réformes structurelles comme la fusion des conseils régionaux et départementaux, il faudrait réfléchir à un pacte de stabilité interne entre l'Etat et les collectivités pour encadrer l'évolution des dépenses locales. Pour ce qui concerne l'assurance maladie, nous devons encore trouver des marges de manœuvre grâce à une meilleure organisation des soins, à l'hôpital comme dans la médecine de proximité.

Deuxième pilier: pour sortir de la crise, il faut remobiliser toutes les énergies au service de l'emploi, de la compétitivité et de la justice sociale.

La première priorité, c'est la formation pour assurer l'employabilité des salariés et la reconversion des demandeurs d'emploi. Il est temps de faire de Pôle Emploi une machine de guerre contre le chômage, capable d'accompagner les chômeurs vers les gisements de croissance, à travers des formations adaptées, des incitations financières à la reconversion dans les secteurs porteurs et, si nécessaire, des contraintes renforcées.

La seconde priorité, c'est la refonte de notre tissu industriel. Notre principal handicap est l'absence de ces grosses PME qui font la force de l'Allemagne. Il est donc nécessaire de privilégier le soutien à ces entreprises. Cela passe par un meilleur accès au financement ainsi qu'aux dispositifs d'aide à l'export et par un relèvement expérimental des seuils sociaux pour lever les freins à l'embauche... L'administration doit ne pas être un frein mais se plier en quatre pour les aider à grandir, à innover, à embaucher, à exporter!

Il est un secteur vital pour notre économie qui traverse une crise dramatique: l'agriculture. Notre pays doit tout faire pour redonner du dynamisme à une France rurale trop souvent délaissée, et renforcer notre filière agroalimentaire qui est un fleuron de l'économie française à l'international. Il est hors de question de laisser démanteler notre agriculture, au nom d'une dérégulation européenne à contre-courant des politiques menées dans toutes les régions du monde.

Le coût du travail reste également une question majeure. Plus que jamais, il faut promouvoir la taxe carbone aux frontières de l'Europe pour que le coût écologique soit intégré dans les produits importés depuis des pays qui ne font aucun effort contre la pollution. De même, il serait intéressant d'ouvrir un débat sans a priori sur le principe d'une TVA anti-délocalisation qui, pour mieux protéger nos emplois, transférerait une partie du coût de la protection sociale des salaires vers la consommation.

Ce renforcement de la compétitivité est indispensable pour l'avenir de la France, mais il ne pourra pas se faire au mépris de la justice sociale. La mondialisation ne doit pas être le prétexte pour que les Français qui ont réussi se défaussent de leurs responsabilités à l'égard des Français les plus modestes. Les Français forment une même communauté nationale, où le succès des uns doit rejaillir sur l'ensemble et ne pas se faire au détriment des autres.

Troisième pilier : nous ne devons pas transiger sur les valeurs fondamentales de la République auxquelles les Français sont fermement attachés

La sécurité reste une exigence des Français. Pour le politique, c'est une mission préalable à toutes les autres: sans jamais remettre en cause les libertés publiques, ce combat doit rester une priorité et s'adapter en permanence aux nouvelles formes de violence. Il faut s'appuyer sur les maires, pour tenir compte des réalités du terrain, développer des dispositifs de vidéoprotection adaptés et impliquer tous les acteurs concernés: police, justice, éducation nationale, bailleurs sociaux... mais aussi secteur associatif et familles.

Les enfants du XXIe siècle ne naissent pas plus violents que ceux du XXe. La délinquance des mineurs signe d'abord un échec éducatif des adultes. Il est temps d'inventer de nouveaux dispositifs pour responsabiliser davantage les parents qui sont les premiers éducateurs. Au-delà des sanctions financières, cela doit notamment passer par un accompagnement personnalisé des familles en difficulté. A nous de faire preuve d'audace et d'imagination pour aider les familles à mieux remplir leur mission au service de la société et de l'épanouissement de chacun.

Il est un autre combat pour lequel je refuse aussi de capituler : le combat pour une France rassemblée, fière de son passé, de ses valeurs, ouverte sur le monde et porteuse d'un projet partagé. Chaque jour, je sens des tensions très fortes qui fragilisent notre communauté nationale. Le déroulement du débat sur l'identité nationale en a été une illustration évidente. Qui peut se satisfaire d'une France où les centres-villes et les périphéries s'ignorent, où des fissures se creusent entre les citoyens selon leurs origines ou leurs convictions, où les femmes ne sont pas considérées, où les générations ne partagent plus que de l'argent? Concilier l'unité et la diversité a toujours été le grand défi de la France: chaque Français a sa place dans notre pays et doit être respecté pour ce qu'il est tout en assumant les efforts indispensables au bien commun.

Pour donner corps à cet engagement individuel au service du collectif, la majorité a créé un service civique volontaire. Il me semble opportun d'aller plus loin en réfléchissant à la mise en place d'un service civique obligatoire pour chaque jeune Français.

Ce combat pour les valeurs nécessite aussi de ne pas transiger quand des extrémistes remettent en cause les fondements de notre République. Par exemple, en France, le port du voile intégral est inacceptable. Je me félicite de savoir que le Président de la République proposera une interdiction de cette pratique. C'est une question de dignité des femmes, un impératif de sécurité publique et une condition du vivre-ensemble.

Voilà trois rendez-vous que le nouveau pacte majoritaire doit honorer en s'appuyant d'abord sur les membres de la majorité présidentielle. Cela ne doit pas empêcher la majorité de tendre la main à la gauche pour travailler ensemble sur certains sujets. Je pense en particulier à la réforme des retraites, même si la volte-face de Madame Aubry sur le report de l'âge légal de départ après 60 ans me laisse perplexe.

Il reste deux ans pour obtenir des résultats. Sans attendre, l'ensemble des parlementaires de la majorité veut se mobiliser pour repartir de l'avant et mieux capitaliser sur les atouts de la France afin de préparer l'avenir de nos enfants.

Jean-François Copé

Photo: Gérard Larcher, Gérard Longuet, Bernard Accoyer et Jean-François Copé sortant de l'Elysée, le 22 mars 2010. REUTERS/Philippe Wojazer

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