Égalités / Société

Et une femme à Matignon, c'est pour quand Monsieur le président? En 2154?

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Pour de multiples raisons, nommer une femme Première ministre relevait de l'évidence.

C'était le moment ou jamais. | Sergio Calleja via Flickr
C'était le moment ou jamais. | Sergio Calleja via Flickr

J'avoue en être resté bouche bée. À mes yeux, il était non seulement évident mais nécessaire de nommer une femme Première ministre. Comment en pouvait-il être autrement? Près de trente années ont passé depuis le passage éclair d'Édith Cresson à Matignon. Trente! Comment un pays peut-il admettre un pareil ostracisme, une sorte de machisme étatique qui empêcherait toute femme d'accèder à la plus haute des responsabilités comme si au fond, par une sorte de principe métaphysique, de théorème mathématique, le poste ne saurait échapper à la gent masculine?

Ce n'est pas comme si nous avions eu pour Premier ministre des hommes d'une telle envergure que se serait installé une sorte de magistère masculin, garant d'une excellence à toute épreuve. Dans ces deux dernières décennies, on a tout de même eu le droit à un illuminé qui se prenait pour le fantôme de Rimbaud (Dominique de Villepin), à un collaborateur docile qui dissimulait un bandit de grand chemin (François Fillon), à un fanfaron énervé bientôt reconverti en matador barcelonais (Manuel Valls), à un grand mollasson qui confondait sa gauche avec sa droite (Jean-Marc Ayrault), etc., etc…

Question génie, on repassera.

Il n'aura échappé à personne que nous sommes en 2020. Que nous avons comme président un homme plutôt jeune censé représenter une certaine forme de modernité. Qu'il ne viendrait à l'idée de personne –du moins on l'espère– de considérer une femme comme moins capable qu'un homme. Que dans des démocraties tout à fait respectables, des femmes ont été nommées ou élues aux plus hautes responsabilités sans plonger pour autant leur pays dans le chaos et la désolation. Bien au contraire.

Alors c'est quoi le problème au juste?

Comment un pays aussi éclairé que la France qui ne cesse de clamer au reste du monde son esprit d'ouverture et sa passion de l'égalitarisme continue à perpétuer un système de caste qui écarte du pouvoir toute personne dont la seule faute consisterait à être née de sexe féminin? Comment peut-on accepter cette mise à l'écart systématique qui relègue les femmes au second plan comme s'il s'agissait là d'une quantité négligeable par essence inapte à conduire les affaires du pays?

Qu'on ne vienne pas me dire qu'aucune ne correspondait au profil recherché par le président de la République. Ou qu'on n'allait pas nommer une femme juste par souci de respecter une parité factice au sommet de l'État. Que de nommer une femme pour une femme aurait constitué une faute idéologique qui, in fine, aurait desservi leur cause. Que certaines en temps normal auraient mérité le poste mais qu'au vu de la situation exceptionnelle engendrée par la pandémie, on ne pouvait prendre le luxe d'innover au risque de plonger le pays dans une crise encore plus profonde.

Foutaises!

Nommer une femme à Matignon relevait de l'évidence. C'était même le moment ou jamais. Pour installer la France dans une vraie modernité et la débarasser de son archaïsme machiste. Comme symbole d'un pays qui aurait enfin compris que d'être dirigé par une femme ne soulevait aucun problème. Pour forcer le destin et les mentalités. Pour passer des paroles aux actes et envoyer un signal fort à l'ensemble du pays. Afin d'instaurer une nouvelle ère qui verrait les hommes et les femmes être traitées sur un pied d'égalité. Parce que l'intuition comme l'air du temps commandaient d'agir de la sorte. Et pour un milliard d'autres raisons qui relèvent toutes du bon sens et de la bonne gouvernance.

Pourtant, je ne suis pas un féministe acharné, loin s'en faut. J'ai écrit ici des textes qui m'ont valu bien des remontrances et des indignations. Je ne pratique pas l'écriture inclusive. À bien des égards, j'exècre Simone de Beauvoir, je trouve Ségolène Royal horripilante et responsable en partie de l'effacement de la gauche. Et qu'on ne me vienne pas me parler de foot féminin!

Pourtant je persiste et signe.

C'était le moment de nommer une femme à Matignon.

Macron a laissé passer l'occasion.

Une erreur majeure et un contresens historique.

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