Monde

En Italie, des élections, une succession

Cesare Martinetti, mis à jour le 28.03.2010 à 16 h 40

Au delà de la bataille gauche-droite, les élections régionales marquent une nouvelle étape dans la guerre de succession à Berlusconi.

On vote dimanche et lundi dans treize des vingt régions italiennes et, comme cela se produit chaque fois en Italie, ce vote revêt une forte valeur politique. Notamment parce que Silvio Berlusconi, fidèle à son habitude, a transformé une nouvelle fois cette consultation en référendum sur sa personne. L'Italie politique arrive éreintée à ce rendez-vous.

Jamais les scandales et les enquêtes journalistiques humiliant le sens même de la politique ne se sont accumulés comme aujourd'hui. La campagne électorale s'est disputée sur le terrain des nerfs et non celui des programmes et des perspectives. Ce qui explique la crainte d'un abstentionnisme élevé. Les sondages disent en effet qu'un Italien sur deux n'est pas sûr de se rendre aux urnes et n'a de toute manière pas encore décidé pour qui voter.

Le grand match entre la droite et la gauche se jouera surtout dans deux régions: le Piémont et le Latium. Le Piémont sort d'une législature dirigée par le centre gauche avec une présidente comme Mercedes Bresso qui a obtenu avec difficulté d'être réinvestie candidate par son propre camp. Le candidat de la droite, représentée par la Ligue du Nord, est Roberto Cota, un jeune avocat chef de groupe à la Chambre des députés et l'un des plus proches le plus fidèle d'Umberto Bossi, dirigeant de la Ligue.

Dans le Latium (région de Rome), les élections sont anticipées suite à la démission du président Piero Marrazzo empêtré dans un scandale scabreux: on a découvert qu'il fréquentait régulièrement des transexuels avec lesquels il consommait aussi de la cocaïne. Un scandale particulièrement sinistre: deux morts suspectes, celles d'un proxénète-dealer et d'un transexuel. Piero Marrazzo n'est pas directement accusé de ces deux décès, mais son ombre plane sur l'enquête qui concerne aussi quatre carabiniers qui ont tenté de le faire chanter.

Dans cette région, le Pd (Parti démocratique), parti à la tête de la gauche, s'est rallié à la candidature d'Emma Bonino, une militante historique du petit parti radical italien qui s'est illustré des années durant dans des batailles «civiques» sans toujours s'allier à la gauche. Face à elle, Renata Polverini, syndicaliste de droite, proche de Gianfranco Fini, le président de la Chambre et leader de l'ex-Alliance Nationale, le parti héritier (et rénové) de l'extrême droite italienne du Msi (Mouvement social italien), un parti longtemps proche du Front national, et aujourd'hui intégré au grand parti de Berlusconi.

L'issue de ces deux batailles déterminera la victoire de l'un ou l'autre camp, droite ou gauche. Ce sont deux batailles incertaines. Aucun sondage n'est parvenu à dire avec assez de précision à quelle formation allait l'avantage.

Mais outre cette bataille principale, de nombreuses petites parties internes se jouent aussi. Surtout dans l'Italie du Nord entre le parti de Berlusconi (Le Peuple de la Liberté) et la Ligue, son allié fidèle au gouvernement, mais un concurrent sur le terrain local. En Lombardie, le résultat est tenu pour sûr avec la reconduction de Roberto Formigoni. Issu politiquement du mouvement catholique fondamentaliste et conservateur «Communion et Libération», très influent dans le business social à travers des coopératives et une organisation, la Compagnie des œuvres, à la tête d'un réseau d'activités économico-sociales très puissant, Formigoni se situe bien à droite mais il n'appartient pas complètement au parti de Berlusconi.

En Vénitie aussi, la droite l'emportera sûrement, mais le candidat Luca Zaia, actuel ministre de l'Agriculture, membre de la Ligue, entend l'emporter en nombre de votes sur le parti de Berlusconi, défiant ainsi le Premier ministre dans sa position de chef du centre-droit, au moins dans le Nord du pays.

Car c'est bien là que réside le paradoxe des élections régionales italiennes: pas un des candidats de la droite en position de force dans les régions importantes ne peut être considéré comme un affidé de Berlusconi. Le Premier ministre, affaibli par une année d'enquêtes et de scandales, doit absolument remporter les élections, surtout au Piémont et dans le Latium, afin de réaffirmer son leadership à la tête du gouvernement. Mais quand bien même il y parviendrait, il se trouverait encerclé d'adversaires au sein même de sa coalition.

En Italie, beaucoup prétendent que le déclin du berlusconisme est déjà amorcé. Lui réplique drapé dans son charisme en exerçant son pouvoir. Cependant, nul doute que lundi inaugurera une nouvelle saison dans la politique italienne dont l'objectif sera de préparer la  succession de Berlusconi. Sur les rangs: le ministre de l'économie Giulio Tremonti (très proche de la Ligue et de tous les centres de pouvoir berlusconiens) et Gianfranco Fini qui, ces derniers temps, a fait tout son possible pour se démarquer du Premier ministre.

La succession sera longue, mais la partie a commencé. Et tout cela sans qu'aucun mérite ou presque n'en revienne à l'opposition de gauche qui, même victorieuse dans les régions incertaines, n'augmenterait pas pour autant ses chances politiques au niveau national. L'infinie «transition italienne» est bien loin d'être achevée.

Cesare Martinetti

Traduit de l'italien par Florence Boulin

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