Santé / Sciences

Pourquoi le nombre de victimes du Covid-19 ne vous émeut pas

Temps de lecture : 2 min

La mort d'un individu peut avoir un effet puissant sur nos émotions, mais à mesure que le nombre augmente, l'indifférence également.

Plus les gens meurent, moins nous nous en soucions. | Forrest Smith via Unsplash
Plus les gens meurent, moins nous nous en soucions. | Forrest Smith via Unsplash

«Si je regarde la foule, je n'agirai jamais. Si je regarde une personne, je le ferai.» Tels étaient les mots de Mère Teresa, dont les actes de charité lui ont valu la sainteté.

Ils illustrent l'un des aspects les plus déroutants de la réponse humaine à la détresse des autres. Alors que la plupart d'entre nous considérons une seule mort comme une tragédie, trop souvent la mort de nombreuses personnes devient simplement une statistique. Cette théorie s'applique aux victimes du Covid-19, d'après la BBC.

Il pourrait s'agir d'un phénomène psychologique connu sous le nom d'engourdissement psychique, l'idée que plus les gens meurent, moins nous nous en soucions.

«Une vie est extrêmement importante et précieuse et nous ferons tout pour la protéger, la sauver. Mais à mesure que les chiffres augmentent, nos sentiments n'augmentent pas proportionnellement», observe Paul Slovic, psychologue à l'Université d'Oregon.

Manque de discernement

«L'homme moyen, qui n'est pas un analyste statistique ou un épidémiologiste, n'a pas les outils nécessaires à portée de main pour avoir des jugements sur la pandémie mondiale», abonde Melissa Finucane, spécialiste des sciences sociales et comportementales au sein du groupe de réflexion politique de la Rand Corporation.

Dans une série d'études menées en Suède en 2014, Paul Slovic et ses collègues ont démontré que notre compassion peut en fait s'estomper ou s'effondrer à mesure que le nombre de personnes augmente.

Les participant·es ont par exemple reçu la photo d'un enfant pauvre ou de deux enfants pauvres et ont été interrogé·es sur leur volonté de faire un don. Plutôt que de se sentir deux fois plus tristes et deux fois plus disposés à aider, les sujets de l'étude ont donné moins quand ils ont vu deux enfants et non un. Selon Paul Slovic, c'est parce qu'un individu est l'unité la plus facile à comprendre et à appréhender.

Se donner bonne conscience

Les participant·es ont également reçu des statistiques sur le nombre de personnes souffrant de la faim dans la région d'où venait l'enfant. Les dons ont chuté de moitié lorsque la photo a inclus les statistiques.

«Nous faisons des dons dans certaines situations parce que nous voulons aider, mais cela nous fait aussi nous sentir bien, explique Paul Slovic. On ne se sent pas aussi bien en aidant un enfant quand on sait qu'il est un sur un million.»

Un exemple? La réaction mondiale à la photo d'Alan Kurdi, un garçon kurde-syrien de 3 ans qui s'est noyé dans la mer Méditerranée en 2015, lorsque sa famille a tenté de rejoindre l'Europe pour échapper à la guerre civile syrienne. Les dons pour des organismes humanitaires ont explosé durant une semaine, alors que la guerre faisait rage depuis 2011.

Pour Paul Slovic, chacun·e doit s'engager dans une réflexion plus lente et délibérée. Il rappelle une citation célèbre d'Abel Herzberg, survivant de l'Holocauste: «Il n'y a pas eu six millions de Juifs assassinés; il y a eu un meurtre, six millions de fois.»

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