Médias / Culture

Ce que «Game of Thrones» doit à la Guerre des Deux-Roses

Temps de lecture : 6 min

Pour sa saga, George R. R. Martin s'est inspiré de la Guerre des Deux-Roses, un conflit impitoyable de l'Angleterre du XVe siècle, qui opposa les Lancaster et les York.

Le roi Robert Baratheon et son équivalent historique, Édouard III. | Capture d'écran Game Of Thrones et National Portrait Gallery
Le roi Robert Baratheon et son équivalent historique, Édouard III. | Capture d'écran Game Of Thrones et National Portrait Gallery

En juin 2019, un monument de l'âge d'or télévisuel prenait fin. Qu'on considère sa fin bâclée ou pas, Game of Thrones est devenue, en quelques saisons, un phénomène sans précédent qui a laissé désormais beaucoup de fans orphelin·es, avides de nouvelles histoires médiévalo-politico-perverses. Depuis, chaînes comme fidèles cherchent à tout prix le «nouveau Game of Thrones» à chaque rentrée séries; mais il se pourrait bien que ce dernier soit sorti il y a déjà quelques années...

En 2013, la BBC décide de produire une mini-série de dix heures, extrêmement fidèle à l'histoire britannique et sa fameuse Guerre des Deux-Roses. Quatre ans plus tard, un sequel sériel sort. Bonne nouvelle: The White Queen et The White Princess sont arrivés ce jeudi 2 juillet en France, sur OCS. Mais quel rapport avec Game of Thrones? Outre les quelques commédien·nes qu'ils partagent (Michelle Fairley, Essie Davis...), les trois séries risquent bien de déchaîner les mêmes passions, ne serait-ce que parce George R. R. Martin s'est énormément inspiré de la Guerre des Deux-Roses pour sa saga.

Alors certes, l'Angleterre du XVe siècle n'a jamais connu de géants zombifiés, ni de dragons décimant des villes entières –à ce que l'on sache– mais pour ce qui est des conflits politiques, des rancunes familiales et des coups de couteau dans le dos, Westeros a de quoi se faire de souci.

Stark et Lannister, York et Lancaster

On ne compte plus les noms de famille lancés ici et là dans Game of Thrones, tant il y a de clans et d'alliances diverses, qui se font et se défont au fil des saisons. Mais la série s'est toujours intéressée principalement à la rivalité entre deux maisons: les Stark et les Lannister. Cette animosité puise directement dans la Guerre des Deux-Roses qui, comme son nom l'indique, mettait en scène deux partis: les Lancaster (représentés par une rose rouge) et les York (une rose blanche). Cette haine inspira donc à George R. R. Martin tout ce que l'on retrouva dans les premières saisons de Game of Thrones, de la mort du souverain à la Guerre des Cinq Rois.

Comme avec le décès de Robert Baratheon dans la saison 1 de la série, c'est la disparition du roi Édouard III qui lance les festivités: son fils aîné étant déjà mort, son petit-fils accède au trône (Richard II, âgé de 10 ans), passant devant les trois autres fils d'Édouard III. Au sein de cette progéniture délaissée, deux clans se forment: les Lancaster, issus du troisième fils d'Édouard III, et les York, du quatrième. Bref, nous voilà avec une situation similaire aux saisons 2, 3 et 4 de Game of Thrones: le roi légitime meurt, laissant le trône à un enfant qui n'a, finalement, que peu de raisons de s'asseoir dessus (Joffrey et Richard II). Dans Game of Thrones, l'accès de Joffrey à la tête de Westeros marque aussi l'accès au pouvoir des Lannister, puisqu'il est en réalité le fils de Cersei et Jaime Lannister. En Angleterre, lorsque le jeune Richard II se fait bouter hors du trône, c'est par le fait de son cousin Henri IV, un... Lancaster. Peuvent alors commencer, dans Game of Thrones comme dans la vraie vie, deux conflits très similaires: Lancaster contre York, Lannister contre Stark. Une famille sur le trône, l'autre non.

Cependant, si George R.R. Martin s'est inspiré de ce petit cafouillage familial pour construire les bases de La Guerre des Cinq Rois, celle des Deux-Roses s'étend sur des générations. Soit pléthore d'intrigues et de protagonistes qui ont tour à tour été infusé·es dans la saga et son adaptation à la télévision.

Marguerite d'Anjou et Richard York, Cersei et Ned

Née au nord-est de la France (on hésite entre Pont-à-Mousson ou Nancy), Marguerite d'Anjou a réussi à se retrouver sur le trône d'Angleterre de 1445 à 1461 puis de 1470 à 1471, en tant qu'épouse du roi Henri VI. Ce dernier cherchait une union solide pour affermir son règne, quelque peu bancal depuis la mort de son père (Henri V) et son arrivée au pouvoir. On lui trouva Marguerite, réputée pour sa beauté... et sa cruauté.

Marguerite d'Anjou détestait le conseiller de son mari, Richard York, protecteur du royaume qui tentait autant que faire se peut de réformer l'Angleterre du XVe siècle. Ça ne vous rappelle rien? Dans Game of Thrones, Cersei Lannister épouse Robert Baratheon –une union qui apporte un soutien financier à la couronne– avec une femme qui ne cache pas son animosité envers Ned Stark, la Main du Roi.

Alors que Cersei s'arrange pour faire arrêter Ned et le décapiter, Marguerite d'Anjou bannit simplement Richard York en Irlande. C'est justement là-bas que la résistance York se forme: une armée se crée, afin de détrôner les Lancaster –un peu, finalement, comme lorsque le Nord se rebelle sous l'impulsion du fils de Ned Stark, Robb, pour réparer l'impair causé par Cersei. Dans la Guerre des Deux-Roses, les York ne réussissent pas totalement leur soulèvement, mais s'assurent que Richard York soit réinstauré protecteur du royaume. Il peut, lorsqu'Henri VI tombe malade, faire passer de nombreuses réformes. Et puisque les Lannister, pardon, les Lancaster, sont impitoyables, Marguerite d'Anjou force Henri VI à destituer une nouvelle fois Richard York. Ce dernier est finalement tué par les fidèles de Marguerite, et sa tête atterrit... sur une lance. Ned et Richard, même destin.

Les prémices des Noces Pourpres

Pas d'inquiétude, aucune femme enceinte ne s'est fait éventrer ici. Mais les Noces Pourpres prennent elles aussi leurs racines dans l'histoire britannique. Richard York s'était arrangé pour persuader Henri VI de nommer l'un de ses fils héritier du trône: cela tombe sur Édouard IV, qui sera désormais notre Robb Stark (bien que, dans Game of Thrones, l'aîné Stark n'est jamais qu'un roi autoproclamé).

Tout comme dans Game of Thrones, Édouard IV doit impérativement se marier. Rappelez-vous: Robb Stark, afin de traverser Westeros tranquillement, promet d'épouser l'une des filles du seigneur Frey. Il n'en fait rien, puisqu'il tombe fou amoureux d'une infirmière, qu'il épouse et avec qui il attend un enfant. Résultat? Walder Frey les invite dans son château, prétextant un autre mariage, éventre la femme de Robb Stark et décapite le «Roi du Nord». Vive les mariés.

En réalité, c'est à Richard Neville, le comte de Warwick, qu'incombe la tâche de trouver une épouse au roi. Il s'arrange pour que ce dernier épouse la fille de Louis XI, Anne, ou sa belle-sœur, Bonne de Savoie. Une alliance fatidique pour la couronne, et le pays. Édouard aurait cependant préféré une veuve au rang inférieur, Eleanor Talbot, contrecarrant les plans du comte de Warwick.

Et comme avec Robb Stark, le reste n'est pas glorieux pour Édouard IV: son épouse décède et Richard Neville, blessé dans son égo, quitte la cour pour rejoindre les Lancaster. Il aide Henri IV à récupérer le trône en 1470, grâce au soutien de Louis XI.

Un oncle récalcitrant

Comment a commencé la Guerre des Cinq Rois dans Game of Thrones? Avec la mort de Robert Baratheon, lorsque Stannis, informé par Ned Stark, affirme que l'héritier Joffrey n'a aucune légitimité au trône (il n'est pas le fils de Robert, mais le fruit d'une relation incestueuse entre Cersei et Jaime Lannister). Là encore, cette histoire, bien que quelque peu modifiée, tient ses fondations dans la Guerre des Deux-Roses. Lorsqu'Édouard IV meurt, monte sur le trône son aîné (Édouard V, évidemment), issu d'un second mariage avec Élisabeth Woodville. Seulement voilà: nous sommes au XVe siècle, et le mariage, c'est pour la vie. Ainsi, le frère d'Édouard IV, Richard III, accuse son neveu de n'avoir aucune légitimité au trône, puisqu'il n'est pas issu du «vrai» –comprenez, le premier– mariage de son frère.

Mais si, dans Game of Thrones, Stannis Baratheon ne réussit pas à détrôner l'infâme Joffrey, Richard III parvient lui à envoyer Édouard V et son jeune frère en prison –où ils sont probablement morts– et accède au trône. Mais pas pour longtemps.

Un inconnu venu d'ailleurs

Dans Game of Thrones, une menace plane sur Port-Réal. Elle vient de l'autre côté de la mer, a trois dragons, et s'appelle Daenerys. L'histoire médiévale, elle, a Henri Tudor, venu de l'autre côté de la Manche. Descendant du premier duc de Lancaster, il a vécu une enfance d'exilé en Bretagne, avant de revenir en Angleterre récupérer le trône qui lui revient de droit, en 1485. Un peu comme Daenerys, donc, qui quitte Westeros avec son frère lorsque les Targaryen sont vaincus, et fait tout, depuis, pour revenir sur le trône de fer.

Toutefois, on le sait, la suite des aventures de Daenerys prend une tournure un brin totalitaire, avant qu'elle ne se fasse assassiner par Jon Snow. Henri Tudor, lui, devient Henri VII et épousa la fille d'Édouard IV, réussissant l'impossible: réunir les Lancaster et les York malgré une rancune vieille de plusieurs générations. C'est le début du règne des Tudor, de 1483 jusqu'à 1603. Heureusement, à ce sujet aussi, il existe une série...

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