Parents & enfants / Monde

La Chine réduit de force la natalité des Ouïghours

Temps de lecture : 2 min

Elle impose le contrôle des naissances de sa population musulmane, tout en encourageant une partie de la majorité Han du pays à avoir plus d'enfants.

Une femme ouïghoure tenant un bébé dans un restaurant à Hotan, dans la région du nord-ouest du Xinjiang en Chine. | Greg Baker / AFP
Une femme ouïghoure tenant un bébé dans un restaurant à Hotan, dans la région du nord-ouest du Xinjiang en Chine. | Greg Baker / AFP

Le gouvernement chinois prend des mesures draconiennes pour faire baisser les taux de natalité parmi les Ouïghour·es et d'autres minorités dans le cadre d'une vaste campagne visant à réduire sa population musulmane.

C'est ce que montre une enquête menée par Associated Press (AP) et détaillée par le HuffPost, basée sur des statistiques gouvernementales, des documents d'État et des entretiens avec trente ex-détenu·es, membres de la famille et un ancien moniteur de camp de détention.

Contrôle des naissances

Les témoignages et les données recueillies montrent que l'État soumet régulièrement les femmes appartenant à des minorités à des contrôles de grossesse. Certaines sont contraintes à porter des dispositifs intra-utérins (DIU) servant de contraceptif. La stérilisation et même l'avortement sont imposés à des centaines de milliers de femmes. Alors que l'utilisation des DIU et le recours à la stérilisation ont diminué dans tout le pays, elles augmentent fortement au Xinjiang, où se trouvent en majorité les Ouïghour·es.

AP a constaté qu'avoir trop d'enfants est une des principales raisons pour lesquelles les gens sont envoyés dans des camps de détention. Les parents de trois enfants ou plus sont arrachés à leurs familles, à moins qu'ils ne puissent payer d'énormes amendes. La police effectue des descentes dans les maisons à la recherche d'enfants cachés.

C'est ce qui est arrivé à Gulnar Omirzakh, une Kazakhe d'origine chinoise. Lorsqu'elle a eu son troisième enfant, le gouvernement lui a ordonné de se faire poser un DIU. Deux ans plus tard, en janvier 2018, quatre militaires sont quand même venus frapper à sa porte. Épouse sans le sou d'un marchand de légumes détenu, elle a été contrainte de payer en trois jours une amende de 2.685 dollars [2.391 euros] pour avoir eu plus de deux enfants.

Sinon, ont-ils prévenu, elle rejoindrait son mari et un million d'autres membres de minorités ethniques enfermé·es dans des camps d'internement. «C'est Dieu qui vous offre des enfants. Empêcher les gens d'en avoir, c'est mal», a déclaré Omirzakh, qui pleure encore aujourd'hui en repensant à ce jour. «Ils veulent nous détruire en tant que peuple.»

Forte chute de la natalité

Les taux de natalité dans les villes à majorité ouïghoure de Hotan et de Kachgar ont plongé de plus de 60% entre 2015 et 2018, la dernière année disponible dans les statistiques gouvernementales. Dans la région du Xinjiang, les taux de natalité continuent de chuter: près de -24% en 2019 contre seulement -4,2% à l'échelle nationale.

Des expert·es extérieur·es affirment que la campagne de contrôle des naissances fait partie d'une attaque orchestrée par l'État contre les Ouïghour·es pour les purger de leur foi et de leur identité, et les assimiler de force à la culture chinoise Han dominante.

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«C'est un génocide, point final. Ce n'est pas un génocide de type immédiat, choquant, massacrant, mais c'est un génocide lent, douloureux et rampant», a affirmé Joanne Smith Finley, qui travaille à l'Université de Newcastle au Royaume-Uni.

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