Santé

«Ils veulent me tuer»: des malades du Covid-19 souffrent de délires

Temps de lecture : 2 min

Cette expérience peut ralentir la guérison, augmenter le risque de dépression et de troubles cognitifs.

«Cela paraissait tellement réel et j'étais si terrifiée.» | Ehimetalor Akhere Unuabona via Unsplash
«Cela paraissait tellement réel et j'étais si terrifiée.» | Ehimetalor Akhere Unuabona via Unsplash

Kim Victory, 31 ans, a été hospitalisée au printemps dernier en unité de soins intensifs pour cause de dépression respiratoire sévère due au Covid-19. Elle relate avoir vécu des épisodes hallucinatoires, lors desquels elle s'est sentie paralysée, en train de brûler vive, ou encore transformée en statue de glace.

«Cela paraissait tellement réel et j'étais si terrifiée», se rappelle-t-elle, enfin de retour chez elle à Franklin, dans le Tennessee aux États-Unis.

Le délire hospitalier

Un grand nombre de patient·es rapportent avoir vécu des expériences similaires. Ce phénomène a même un nom: le délire hospitalier. Il s'agit d'un effet secondaire grave et courant des traitements en unité de soins intensifs (USI). Il atteint généralement des patient·es âgé·es et présentant des signes de démence antérieurs. Les hôpitaux ont mis au point des mesures afin d'en diminuer la manifestation.

Mais «tout cela a été effacé par le Covid», affirme le Dr E. Wesley Ely, codirecteur du Centre des maladies graves, de la dysfonction cérébrale et de la survie de l'Université Vanderbilt, dont l'équipe a élaboré des lignes directrices pour les hôpitaux afin de réduire l'apparition de délires.

Désormais, quel que soit leur âge, des malades du Covid-19 peuvent être touché·es, sans nécessairement avoir présenté antérieurement une démence ou des toubles cognitifs.

Au moins les deux tiers des malades atteint·es

Les rapports des hôpitaux et des scientifiques suggèrent qu'environ les deux tiers aux trois quarts des personnes atteintes de Covid-19 en USI ont vécu, de diverses manières, un délire hospitalier. Certaines souffrent de «délire hyperactif» se traduisant par des hallucinations et de l'agitation. D'autres présentent un «délire hypoactif» se caractérisant par des visions intériorisées et une confusion provoquant le retrait et l'incommunication. Quelques-unes présentent même les deux.

Les expériences ne sont pas seulement terrifiantes. Le délire peut avoir des conséquences néfastes longtemps après son apparition: prolonger les séjours à l'hôpital, ralentir la récupération et augmenter le risque de développer une dépression ou un stress post-traumatique. Des malades plus âgé·es qui souffraient auparavant de délire peuvent développer une démence prématurée et peuvent même mourir plus tôt, a découvert l'équipe de recherche.

Respiration assistée par ventilateurs, sédatifs lourds, sommeil de mauvaise qualité ou encore isolement sont autant d'éléments susceptibles d'engendrer des épisodes de délire. En période de Covid-19, tous ces ingrédients susceptibles de déclencher des troubles sont réunis.

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«C'est la recette idéale pour provoquer un épisode de délire», confirme la Dr Sharon Inouye, une experte de premier plan en matière de délire qui a fondé le Hospital Elder Life Program. Son programme et le Dr Ely ont élaboré des recommandations pour réduire ce risque de délire pendant la pandémie.

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