Politique / Sports

S'afficher dans les stades peut-il faire gagner une élection municipale?

Temps de lecture : 5 min

Alors que le second tour se profile le 28 juin, certain·es maires de grandes villes, en ballotage favorable ou défavorable, ont cherché à occuper le terrain sportif dans des logiques électoralistes.

Beaucoup de politiques ont fait leur coming out en matière footballistique. | Tevarak Phanduang via Unsplash
Beaucoup de politiques ont fait leur coming out en matière footballistique. | Tevarak Phanduang via Unsplash

Où les hommes et femmes politiques ont-elles le plus de chances de gagner des électeurs et des électrices? Dans un stade de football, autour du sport le plus populaire.

Le mélange des genres est bien présent, et la tendance est à la récupération. Les femmes et hommes politiques peuvent endosser le rôle de suiveurs, voire de sauveurs. Pourtant, il y a quelques années, les politiques hésitaient à exprimer en public leur passion, ou tout du moins leur intérêt pour le football, puisque le sport n'était pas très noble. Les victoires de 1998 et 2018 ont tout changé en France. Beaucoup ont fait leur coming out en matière footballistique.

Aujourd'hui, très sollicité·es sur le sujet par les medias, les politiques sont devenu·es de véritables commentateurs et commentatrices du ballon rond. Illustration autour de quatre cas bien différents à quelques heures du second tour des municipales qui aura lieu le 28 juin.

Anne Hidalgo, le PSG par intérêt

Alors qu'elle semble bien partie pour être réélue, la maire de Paris a saisi l'importance d'avoir une bonne relation avec son club phare. Avec quels interlocuteurs privilégiés? Notamment Jean-Claude Blanc, directeur général délégué du club, dont elle est proche et qu'elle a par ailleurs cherché à imposer à la direction de Paris 2024. C'est aux côtés du dirigeant parisien qu'elle a assisté au match retour PSG-Dortmund des huitièmes de finale de la Ligue des Champions, à huis clos au Parc des Princes le mercredi 11mars.

Hidalgo a plusieurs fois montré sa solidarité avec le club parisien, notamment dans les mauvais moments. Terrain de lobbying, le Parc et sa corbeille VIP sont pour elle un endroit de choix où se montrer. Elle y côtoie Sarkozy et des membres du gouvernement de passage, en n'oubliant pas de faire passer quelques messages.

Présidente de la Solideo (société de livraison des équipements sportifs pour Paris 2024), la maire sortante étend avec le PSG sa sphère d'influence sportive et y défend ses intérêts. La dernière grande sortie en date de la socialiste: son refus de voir Total devenir partenaire des JO 2024, des Jeux olympiques qu'elle veut neutre en carbone… Et qui pourrait semble-t-il lui assurer la victoire dimanche? En s'assurant les voix des Verts avec qui elle a signé un accord dans la nuit du lundi 1er juin au mardi 2 juin.

À Lyon, entre Collomb et Aulas, fidélité et proximité

L'ascension inespérée d'un club pour un homme politique, notable lyonnais qui a vu le club passer de la deuxième division au milieu des années 1980 aux fastes de la Ligue des Champions et des sept titres de champion de France de rang dans les années 2000: en clair, une aubaine sportive et politique.

Collomb, premier supporter de l'OL, l'a accompagné dans son développement et a vu favorablement la construction du Parc OL comme un vecteur d'image pour le rayonnement de sa ville avec matchs et grands concerts. À l'image de Hidalgo, l'ancien ministre de l'Intérieur, même à l'époque où il occupait la Place Beauvau dans la capitale, a toujours été très présent au stade aux côtés de son fidèle, Jean-Michel Aulas.

Lors de Lyon-Juventus le 26 février, à quelques jours du premier tour des municipales, Gérard Collomb était au stade, fier de venir sans masque.

Un Collomb qui peut en cacher un autre, car c'est l'équipe du maire UDF de l'époque francisque (sans lien de parenté avec Gérard), qui va mettre le pied à l'étrier du jeune entrepreneur Aulas à la fin des années 1980. Le cheminement a été long avant que Lyon devienne la place forte du football hexagonal. Aulas peut encore aujourd'hui remercier le monde politique. Son pouvoir lui a été donné par les élu·es. En 1987, alors que l'équipe sombrait en deuxième division, le jeune chef d'entreprise est en effet auditionné par les membres du conseil municipal, qui le plébiscitent et lui votent une double subvention, premier pas d'Aulas en tant que président de l'OL, et début d'une grande aventure partagée avec les Collomb.

Dernière preuve d'amour réciproque, lors de Lyon-Juventus le 26 février, et à quelques jours du premier tour des municipales, Gérard Collomb était bien présent au stade, fier de venir sans masque, alors que le match face à Turin était au cœur d'une polémique pré-confinement. Fallait-il accepter les supporters italiens déjà fortement touchés par le virus? Apparemment oui, quand il y a des voix à gagner dans le cadre de son alliance avec LR.

Bayrou et la montée du club de Pau en Ligue 2

Bayrou, fan de lettres, oui, mais le voir dans le journal L'Équipe du 22 juin… Et pour y dire quoi, à six jours d'un deuxième tour à Pau, où il joue sa réélection: «Le sport est un épanouissement individuel et collectif.» Rien d'exceptionnel. Mais il ajoute: «Pendant six ans, nous avons réalisé des équipements significatifs pour la ville. Ce dont je suis le plus fier, c'est la réalisation de tous les vestiaires, pour les amateurs et les enfants. Il n'y avait pas un vestiaire utilisable dans la ville quand nous sommes arrivés. C'était ignoble.» Sous-entendu, j'ai œuvré pour améliorer le quotidien des Palois·es.

Pau et son club de rugby qu'il cite tel un instrument de bonheur dans l'interview, Pau et son club de basket mythique dont il suit l'évolution, Pau et son équipe de football qui vient de monter en deuxième division… grâce à François Bayrou? En attendant, l'ancien ministre a bien besoin de quelques voix (sportives) supplémentaires alors qu'il est en ballotage favorable face à son opposant de gauche.

Gaudin-Vassal et l'OM, «droit au but»

L'«Ohéme», son OM dans une ville où le foot et la ville ne font qu'un: aucun président n'a pu acheter l'Olympique de Marseille sans être adoubé par Jean-Claude Gaudin. Pouvoir symbolique, certes, mais un pouvoir qui maintient le contact avec les supporters, car derrière chaque Marseillais·e se cache un·e fan olympien·ne.

Où s'était déroulée la conférence de presse annonçant le rachat du club par l'Américain McCourt en 2016? À la… mairie de Marseille.

Aucun président n'a pu acheter l'Olympique de Marseille sans être adoubé par Jean-Claude Gaudin.

Depuis, les relations se sont dégradées entre l'actionnaire américain et le maire de droite, notamment autour d'équipements immobiliers appartenant à la ville, et que souhaitait racheter McCourt. Pour Gaudin, l'OM est instrumentalisé quand ça l'arrange. En 2010, l'OM est sacré champion de France. Enfin. Le club phocéen met un terme à une attente insupportable. Dix-sept ans sans titre.

Renaud Muselier, à l'époque député UMP des Bouches-du-Rhône, et supporter depuis toujours, a assisté au match du sacre contre Rennes. Mais pas Gaudin, moins friand de ballon rond, qui a selon nos informations, préféré ne pas annuler un dîner… Nul doute qu'il ne referait pas la même erreur aujourd'hui, car sa candidate Martine Vassal, censée prendre sa succession, est en grande difficulté face à son adversaire d'EELV.

Parce qu'il fédère l'ensemble d'une ville, d'une agglomération, le football est logiquement devenu un instrument de manipulation par les puissant·es. Maires réélu·es ou battu·es dimanche, plus personne ne peut en tout cas le laisser de côté, et encore moins dans la reconstruction du pays post-Covid.

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