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La dernière chance de la panthère de Perse: les champs de mines du Kurdistan irakien

Temps de lecture : 2 min

Cette espèce en voie de disparition est menacée par la déforestation sauvage et le braconnage.

Une panthère de Perse, dans le parc zoologique de Lumigny-Nesle-Ormeaux, à l'est de Paris, le 23 mai 2019. | Thomas Samson / AFP
Une panthère de Perse, dans le parc zoologique de Lumigny-Nesle-Ormeaux, à l'est de Paris, le 23 mai 2019. | Thomas Samson / AFP

Quand la neige se retire de la montagne de Bīrah Magrūn, dans le Kurdistan irakien, on redécouvre une forêt de chênes, qui s'étire sur ses flancs. Dans les années 1980, la forêt était encore très dense, et l'on observait fréquemment des léopards arpenter les bois. Aujourd'hui, les chênes sont bien plus clairsemés, et s'arrêtent brusquement à mi-pente: l'exploitation forestière illégale a terrassé le massif, à tel point qu'il n'en reste plus qu'une terre gaste, où les troupeaux de chèvre broutent les dernières souches d'arbres rognées par le soleil.

Avec les chênes, c'est l'habitat de la panthère de Perse, aussi appelée léopard iranien, qui a été ravagé. La montagne kurde est l'un des derniers refuges au monde de cette espèce en voie de disparition, dont on ne compte plus que 800 à 1.200 spécimens.

Crise et déforestation

En l'espace d'une vingtaine d'années, près de la moitié des forêts du Kurdistan irakien ont été détruites. Une exploitation forestière intensive et des incendies de forêt auront eu raison de plus de 890.000 hectares, dont la disparition met en péril 31 autres espèces d'oiseaux, et le chêne du Caucase, lui aussi menacé d'extinction. Le daim persan et le lion d'Asie se sont déjà éteints depuis longtemps dans la région.

La crise économique qui frappe le Kurdistan irakien est l'un des facteurs d'aggravation de la déforestation, et de l'augmentation de la chasse. Alors que l'État tire 80% de ses recettes du gaz et du pétrole, la chute des prix mondiaux du secteur pétrolier et la forte augmentation de la dette depuis fin 2019 n'ont fait qu'empirer la situation.

Beaucoup d'habitants de la région en viennent ainsi à couper des arbres pour les revendre et gagner de l'argent, ou s'en servir de combustible pour la cuisine et le chauffage. La crise économique a également mené à une réduction de la présence policière, qui a eu pour conséquence une augmentation de la chasse, les zones n'étant plus surveillées. Celle-ci vise essentiellement les sangliers et les chèvres sauvages, dont les panthères de Perse dépendent pour se nourrir.

Territoire protégé par des champs de mines

Les dernières zones épargnées par le braconnage et la déforestation sauvage se trouvent sur les champs de mines, qui s'étirent à travers le Kurdistan irakien, l'une des régions les plus minées au monde.

Ce sont les vestiges de la guerre Iran-Irak de 1980-1988, et de l'Anfal, le génocide kurde mené par Saddam Hussein en 1988, lors duquel des villages entiers ont été rasés. On estime qu'il reste aujourd'hui près de 226 kilomètres carrés minés, principalement le long de la frontière avec l'Iran. Ils font régulièrement de nouvelles victimes.

Pour Saman Ahmad, le président de la Fondation botanique du Kurdistan, les mines sont le dernier rempart pour la préservation des forêts de chênes et des léopards: «Pour l'instant, il est probablement préférable que les mines restent dans le sol, pour [garder les gens à distance et les] empêcher de couper des arbres et de perturber l'habitat naturel», raconte-t-il au Guardian.

Les dernières tentatives pour créer une zone protégées ont jusque-là toutes échoué, mais en janvier 2019, le gouvernement régional du Kurdistan a approuvé l'achat d'un vaste terrain sur la montagne de Qopi, dans le Qara Dagh, par Nature Irak, une organisation de protection de la nature. L'ONG cherche à créer un parc protégé pour les léopards, et espère que le gouvernement fédéral irakien approuvera le statut de parc national de la région d'ici 2021.

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