Société

Comment expliquer qu'il y ait autant de masques et de gants jetés par terre

Temps de lecture : 2 min

Les mauvaises habitudes reviennent à mesure que le déconfinement prend effet.

Depuis le début du déconfinement, les masques et paires de gants remplacent les canettes de sodas et autres déchets dans les rues. | Robin Benzrihem via Unsplash
Depuis le début du déconfinement, les masques et paires de gants remplacent les canettes de sodas et autres déchets dans les rues. | Robin Benzrihem via Unsplash

Chassez le naturel, il revient au galop. Alors que le confinement avait permis des avancées extraordinaires en ce qui concerne la pollution, chacun·e reprend l'habitude de jeter ses déchets au sol depuis que les mesures de restriction ont été levées. Des gestes qui ont des effets désastreux sur l'environnement.

Des recherches prouvent que, en temps normal, améliorer les comportements collectifs constitue déjà un défi de taille. Les expert·es craignent dès lors qu'avec les temps difficiles que nous traversons le challenge devienne insurmontable.

Quelles sont les raisons qui nous poussent à nous conduire ainsi? La flemme de se déplacer jusqu'à une poubelle serait un faux prétexte. Les scientifiques avancent que le fait de jeter des déchets au sol peut résulter d'un mécanisme de mimétisme et d'un effet de groupe. En présence d'individus qui ne prennent pas la peine de se débarraser de leurs ordures à l'endroit prévu à cet effet, on aura tendance à s'aligner sur le même comportement. C'est la peur de se retrouver marginalisé·e et d'être rejeté·e qui pousse les personnes –et les jeunes en particulier– à opter pour la simplicité en copiant leurs semblables.

Schéma du tout ou rien

Le contexte sanitaire est si grave et accablant que certaines personnes en oublient leurs principes de savoir-vivre et leur conscience écologique. «Quand les gens sont stressés ou en détresse, ils suivent parfois des schémas de pensée “tout ou rien”», explique Stephen Palmer, psychologue.

Mais l'effet Covid-19 va plus loin. Les modes de socialisation évoluent et, avec eux, les endroits où nous pratiquons cette socialisation. S'il y a quelques mois les gens avaient l'habitude de se retrouver à domicile pour se voir, on remarque à présent que le nombre réunions en plein-air explose. Pique-niques, apéros et autres après-midi au soleil sont en vogue. Mais cela se fait au détriment de l'environnement, qui pâtit d'une augmentation de déchets sauvages, notamment de masques ou de gants à usage unique. Le chercheur Shadi Moqbel décrit ce phénomène très clairement: «En réponse à la pandémie, on voit que les personnes ont tendance à se diriger vers des ustensibles jetables plutôt que leurs habituels objets réutilisables. Ils ne souhaitent pas tomber malade en utilisant ou touchant quelque chose utilisé par d'autres personnes.»

Un effort commun

Nombre de scientifiques s'accordent à dire que pour faire évoluer la situation relative aux ordures et décharges sauvages, il faut que les pouvoirs publics impulsent un effort commun. Les efforts collectifs et gouvernementaux ont eu un effet stupéfiant à Taipei, qui est passée d'île poubelle à une belle ville propre en éradiquant les décharges à ciel ouvert. Paradoxalement, un tel résultat a été obtenu en réduisant le nombre de poubelles de rue et en mettant en place d'autres formes de collecte.

Reste que si vous avez envie de participer vous-même à l'amélioration de la propreté de l'espace urbain, rien ne fonctionne autant que la désapprobation sociale. Si l'on est amené·e à abandonner nos déchets sur la voie public par mimétisme, on peut aussi bien se sentir gêné·e de les jeter dans la rue lorsque l'on est sous le feu d'un regard accusateur.

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