Boire & manger

La vie après «Top Chef», paroles de celles et ceux qui ont fait l'émission

Temps de lecture : 6 min

La finale de la onzième saison du programme approche. L'occasion de découvrir l'impact de ce passage à la télévision sur les carrières.

«Top Chef» a permis à nombre de participant·es de passer de l'ombre à la lumière.. | Louis Hansel @shotsoflouis via Unsplash
«Top Chef» a permis à nombre de participant·es de passer de l'ombre à la lumière.. | Louis Hansel @shotsoflouis via Unsplash

En onze ans, le plateau de «Top Chef» a vu défiler pas moins de 159 candidat·es –36 femmes et 123 hommes. Aujourd'hui, parmi les grands noms de la scène gastronomique française, beaucoup ont fait un détour par l'émission.

C'est notamment le cas de Pierre Augé, candidat en 2010 et 2014 et propriétaire de La Maison de Petit Pierre, à Béziers. Depuis les diffusions, il met un point d'honneur à garder les pieds sur terre. «Après “Top Chef”, on est beaucoup mis en lumière. Mais il faut se rappeler que notre métier, c'est de faire à manger. Il faut être à la hauteur des prestations au quotidien, et ne pas se prendre pour quelqu'un d'autre», confie-t-il.

Alexia Duchêne, participante en 2019 et ex-cheffe de Datsha Underground, à Paris, révèle quant à elle que l'émission lui a permis de gagner un certain respect. «Mais il est quand même toujours très difficile de se faire une place en tant que jeune cuisinier et de se sentir légitime tout de suite.»

«Avant, j'avais un style plutôt basique. Maintenant, je m'amuse tous les jours, je prends des risques, j'improvise.»
Pierre Ciampi, candidat de la saison 6

Parmi les plus jeunes candidat·es, justement, une majorité est d'accord pour dire que «Top Chef» permet de grandir, tant personnellement que professionnellement. «Les deux émissions m'ont offert une vraie progression», raconte Alexis Braconnier (saisons 2 et 5) qui, après sa participation, s'est «enfermé au Bristol» avant d'ouvrir Aussie, dans le XIe arrondissement de Paris. «J'étais trop jeune pour être exposé. Le danger, c'était de s'égarer. Je voulais monter un restaurant étoilé, mais je me suis rapidement rendu compte que ma vie, c'était la street food.»

Pierre Ciampi –candidat de la saison 6, actuellement aux fourneaux chez Monsieur Spoon, en Belgique– a quant à lui profité de sa participation pour affirmer son style de cuisine: «Avant, j'avais un style plutôt basique. Maintenant, je m'amuse tous les jours, je prends des risques, j'improvise.»

Une notoriété difficile à gérer

Passer à la télévision, c'est accepter de sortir de l'anonymat. Si les candidat·es s'y attendent, impossible pour autant d'anticiper les retombées, positives comme négatives. «L'après a une ampleur que l'on ne peut quantifier. Je n'ai jamais eu envie d'avoir un agent, mais dans les semaines qui ont suivi la diffusion, j'ai reçu près de 150 offres intéressantes. C'est difficile de tout filtrer», se souvient Ruben Sarfati, participant de la saison 3, aujourd'hui chef à domicile.

Même son de cloche du côté de Noëmie Honiat, candidate des saisons 3 et 5 qui, bien loin de cracher dans la soupe, souligne toutefois le manque d'encadrement après l'émission: «On n'est pas accompagné derrière, et c'est très dur. Quand on accepte des jobs, on ne sait pas quels prix pratiquer, on ne sait pas qui veut travailler avec nous pour notre cuisine, ou pour nous arnaquer. Heureusement que l'émission nous permet de faire de formidables rencontres et de prendre en maturité.»

Par ailleurs, après un passage dans «Top Chef», les chef·fes n'ont plus vraiment le choix. «Il faut être à la hauteur des prestations du quotidien. On est obligé de passer à l'étape d'après, de se surpasser à chaque fois», témoigne Pierre Augé, précisant que le public, la presse et le milieu de la food en attendent toujours plus d'une ancienne toque de l'émision.

Quid de la relation avec les juré·es? Avant l'époque des brigades (apparues en saison 8), peu de lien se créait entre les candidat·es et les membres du jury, pour éviter les préférences. «Ils venaient, ils goûtaient, ils s'en allaient. Ils nous glissaient un petit mot dans les coulisses, mais c'est tout», se rappelle Alexis Braconnier. Depuis quatre ans, l'ambiance a un poil changé sur le plateau, mais pas en dehors. «Ils sont très présents pendant le concours, mais on ne les fréquente pas spécialement après. Chaque année, il y a une nouvelle saison, et ils se lient à de nouveaux candidats», confie Justine Imbert, candidate en 2018.

Quand la mayonnaise ne prend pas

Un filet de lièvre mal cuit, une chantilly qui ne monte pas, un abus de colorants ou une cuisson de canard complètement loupée: si certaines erreurs techniques font beaucoup de bruit lors des diffusions télévisées, elles sont rapidement oubliées par le public et les gastronomes. Les fans du programme préfèrent s'acharner contre les fortes têtes et prendre pour cibles certain·es candidat·es sur les réseaux sociaux.

«C'est vraiment pas évident d'être le candidat détesté, mais c'est le problème de la télévision.»
Noëmie Honiat, candidate des saisons 3 et 5

Ce fut notamment le sort de Naoëlle d'Hainaut, gagnante de la saison 4 et aujourd'hui propriétaire de L'Or Q'idée, à Pontoise. À l'époque, en 2013, elle avait été malmenée par les internautes à la suite d'un vol d'épluchures lors d'une épreuve. Après sa participation, elle a été victime de harcèlement en ligne, mais également dans la rue. Le public a tendance à oublier complètement le fait que la télévision reste de la télévision: ce qui est montré en une émission de deux heures a été tourné sur plusieurs jours.

Les candidat·es qui vont jusqu'au bout de l'aventure passent deux mois loin de leur famille, à devoir encaisser la pression et la fatigue, tout en répondant sans arrêt aux questions des journalistes pendant les épreuves. «Les téléspectateurs ne retiennent parfois que le négatif. C'est vraiment pas évident d'être le candidat détesté, mais c'est le problème de la télévision. C'est comme ça dans toutes les émissions», observe Noëmie Honiat.

Ouvrir un restaurant? Du gâteau!

S'il y a bien un avantage que l'émission a procuré aux participant·es, c'est la facilité à développer un projet professionnel. «Les banques prêtent plus facilement car on a une couverture médiatique importante. Elles savent que la presse sera au rendez-vous», glisse Alexis Braconnier.

La célébrité permet d'ouvrir un établissement avec la quasi-assurance que le public répondra également présent. Un point de vue partagé par Justine Imbert, qui a inauguré son restaurant Au Jardin des Carmes après l'émission: «J'étais complète d'entrée. Les journalistes étaient au rendez-vous, les clients aussi, et c'est parce que j'avais fait “Top Chef”.»

Pour certains, cela a même été un peu trop facile. «J'ai ouvert un restaurant quelques années après l'émission. Mais j'ai dû le revendre car je n'étais pas apte à manager une équipe, et je n'étais plus vraiment sûr de mon style de cuisine, confie Ruben Sarfati. Les banques suivent hyper facilement. Il y a des restaurateurs qui montent des meilleurs dossiers, mais dont les projets ne verront jamais le jour. Tout ça parce que le banquier va se dire que c'est chouette d'avoir dans son portefeuille client quelqu'un qui est passé à la télé.»

Des conséquences à court terme

Si nombre de candidat·es ont aujourd'hui assez de visibilité pour mesurer les conséquences de l'émission sur leur parcours, celles et ceux de cette année constatent déjà du changement, quelques semaines seulement après la diffusion. Mory Sacko, par exemple, s'est inscrit au concours dans le but d'acquérir une certaine notoriété en vue de l'inauguration, à la rentrée prochaine, de son établissement. Pari réussi: «J'ai déjà de très bons retours, tout le monde a été très sympathique. Je n'ai jamais été aussi bien accueilli par les banques.»

Même son de cloche du côté de Justine Piluso, la candidate la plus souriante et bienveillante du concours. «La visibilité que ça nous apporte est dingue. Les candidats ont souvent des projets d'ouverture de restaurant, mais ce n'est pas mon cas», raconte-t-elle, avant de préciser: «J'ai déjà eu mon établissement [qui a récemment fermé, ndlr] et j'ai adoré cette expérience. Aujourd'hui, je collabore sur beaucoup de projets différents. Mon quotidien a évolué et je le maîtrise moins, mais j'apprends et je fais de mon mieux pour ne pas m'éloigner de ce que j'aime et de mes valeurs.»

Bien qu'il mesure totalement les effets positifs de l'émission sur sa carrière, Adrien Cachot (finaliste de la saison 11 et propriétaire de Détour, dans le IXe arrondissement parisien) tempère: «Ça va être plus long que les années précédentes, à cause de ce qu'il se passe en ce moment [la crise du Covid-19, ndlr]. Pour l'instant, on n'a pas forcément de résultat, mais c'est certain que c'est une vitrine exceptionnelle, et un accélérateur d'un point de vue professionnel.» Qu'il remporte ou non la onzième saison de «Top Chef», son talent maintes fois reconnu dans l'émission et sa popularité ne sont plus à prouver.

«Top Chef» saison 11, la finale: diffusion sur M6 mercredi 17 juin à 21h05.

Les adresses mentionnées dans cet article:

– La Maison de Petit Pierre - 22, avenue Pierre Verdier, 34500 Béziers

– Datsha Underground - 57, rue des Gravilliers, 75003 Paris

– L'Or Q'idée - 14, rue Marcel-Rousier, 95300 Pontoise

– Monsieur Spoon - 6, rue des Écoles, 6120 Ham-sur-Heure-Nalinnes (Belgique)

– Au Jardin Des Carmes - 21, place des Carmes, 84000 Avignon

– Aussie - 4 bis, rue Neuve Popincourt, 75011 Paris

– Détour - 15, rue de la Tour des Dames, 75009 Paris

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