Les végétariens n'aident pas à lutter contre le réchauffement climatique
Un rapport scientifique démontre que la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers n'aurait pas de véritable impact dans la lutte contre le réchauffement climatique.
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C'est la dernière controverse scientifique environnementale en date; une controverse d'envergure qui ne concerne rien moins que la consommation de la viande et du lait par l'espèce humaine. On assiste, depuis quelques mois à ce que l'historien Jacques Le Goff, grand spécialiste du Moyen Age, dénommait il y a peu dans les colonnes du Monde «l'incroyable assaut à la consommation de la viande». Ce mouvement est, pour partie, la résurgence d'un argumentaire écologique développé il y a quelques décennies déjà. Il est sous-tendu par une thèse assez simple à comprendre: réduire la consommation d'aliments carnés et laitiers (et donc de facto le nombre et la taille des élevages bovins, porcins et avicoles) aurait un impact bénéfique sur l'environnement. Et ce en réduisant l'émission de gaz à effet de serre issus des animaux eux-mêmes (le ruminant, notamment, est un gros producteur de méthane) mais aussi de l'ensemble des multiples activités de transformation. Manger moins de viande, en somme, boire moins de lait aiderait à sauver Mère Nature.
Le dogme «Mangez moins de viande»
L'affaire est vaste. On a ainsi pu entendre à la tribune du Parlement européen un ancien Beatles (Paul McCartney, proche de l'association Peta) exhorter les peuples du Vieux Continent à se transformer en végétariens; au moins un jour par semaine (le vendredi?) pour commencer. Puis on a vu des participants au sommet de Copenhague annoncer à grand renfort de trompettes qu'ils allaient observer une «grève de la viande», qu'un refus du carné était, tout bien pesé, plus efficace que de réduire le chauffage des habitations ou d'abandonner son véhicule automobile au profit de la bicyclette et des transports collectifs. Signé de Fabrice Nicolino, un livre récent développe cette thèse à la mode: Bidoche, l'industrie de la viande menace le monde (éd. Les liens qui libèrent).
«Moins de viande = moins de chaleur». Des scientifiques sont aussi montés en chaire pour rappeler que l'élevage avait une part non négligeable dans les émissions totales de gaz à effet de serre, plus encore que les transports; sans même parler des multiples dégâts collatéraux: pollution des eaux, érosion des sols et de la biodiversité, etc.
Et ces mêmes scientifiques de traduire en équivalent-kilomètres automobiles les repas sans viande et sans lait, de rappeler qu'il faut entre trois et neuf calories végétales pour produire une calorie animale et que près de la moitié des céréales cultivées dans le monde sont destinées à alimenter des animaux dont les chairs ou le lait sont destinés à la consommation humaine. Tout ceci alors que cette consommation progresse dans les pays qui ne cessent de se développer: d'une moyenne de 28kg par an aujourd'hui elle devrait, si Sir Paul McCartney ou Allain Bougrain-Dubourg n'étaient pas entendus, passer à 37kg dans vingt ans. En France, elle est passée de 150g par jour en 1999 à 117g en 2007.
Un rapport scientifique conteste l'impact de l'élevage
Mais voici qu'un rapport scientifique vient démonter tout cet argumentaire bien pensant. Il vient d'être présenté par le Pr Frank M. Mitloehner lors du 239e meeting national de l'American Chemical Society qui se tient à San Francisco. Conclusion: la réduction de la consommation de viande et de produits laitiers n'aurait pas de véritable impact dans la lutte contre le réchauffement climatique. Et le Pr Mitloehner d'affirmer que non seulement la corrélation «moins de viande=moins de chaleur» est scientifiquement inexacte mais qu'elle a pour conséquence de détourner l'attention du plus grand nombre des solutions les plus efficaces pour lutter contre les changements climatiques mondiaux; et incidemment d'affamer un peu plus les plus pauvres.
Tout ici a commencé avec un chiffre tiré du résumé d'un document de la FAO Livestock's Long Shadow datant de 2006: 18% des gaz à effet de serre seraient aujourd'hui émis par le bétail de la planète, soit nettement plus que tous les transports mondiaux. Or l'agence de protection de l'environnement américaine (United States Environmental Protection Agency) vient d'estimer que cette proportion est aux Etats-Unis six fois moins importante et ce tout en tenant compte des émissions directes et indirectes de l'élevage: 3% et non 18%! Une partie de cette différence serait due à la prise en compte des variations dans les méthodes d'élevage selon les pays et notamment de certains impacts de la déforestation.
Pour le Pr Mitloehner, spécialiste de la qualité de l'air au département des sciences animales de l'Université de Californie, il importait de reprendre toutes les données disponibles et de cerner au mieux la vérité scientifique. Son exposé du 22 mars à San Francisco reprend pour partie l'étude Clearing the Air: Livestock's Contributions to Climate Change publiée en octobre dernier avec Maurice Piteskey et Kimberly Stackhouse dans la revue Advances in Agronomy.
«Nous pouvons certainement réduire notre production de gaz à effet de serre, mais certainement pas en consommant moins de viande et de lait», estime le spécialiste américain pour qui la réduction de la production de ces aliments aurait pour conséquence d'augmenter le nombre de personnes qui souffrent de la faim dans les pays pauvres. Pour le Pr Mitloehner, l'analyse des experts de la FAO est radicalement biaisée et a en outre été mal interprétée par le -depuis peu très contesté- Groupe d'experts intergouvernemental de l'ONU sur les changements climatiques (Giec). La solution passe selon le spécialiste américain non pas par une réduction de la production mais au contraire par une augmentation de celle-ci associée à une modification des méthodes mises en œuvre dans les pays en développement qui doivent faire face à un accroissement de la demande alimentaire. Il s'agit ici d'aider au plus vite ces pays à adopter des méthodes d'élevage de type occidental.
La priorité doit être le chauffage et les transports
Quant aux pays développés, leurs efforts en matière d'environnement doivent avant tout porter non pas sur l'élevage et la consommation de viande, mais bien sur la réduction de la consommation de pétrole et de charbon pour l'électricité, le chauffage et les transports; un secteur qui, aux Etats-Unis, correspond à 26% des émissions contre 3% pour l'élevage des porcs et des bovins. Le Pr Mitloehner, dont le travail a été en partie financé par les producteurs de viande, ne doute certes pas de la sincérité de Sir Paul McCartney, de celle Allain Bougrain-Dubourg et de tous ceux qui prêchent pour des «lundis végétariens». Il tient toutefois à ce que l'on ne fasse pas dire aux chiffres ce qu'ils ne nous disent pas.
«Le Moyen Age m'est apparu comme une époque créative et innovante qui, de la croissance agricole à Dante, en passant par les universités et les cathédrales, avait été un grand moment de la construction de notre civilisation européenne», écrit en écho Jacques Le Goff. «Je n'ai pas caché qu'il présentait des manifestations d'irrationalisme tout à fait dépassées comme la peur du Diable, la peur de l'Antéchrist, ou la peur de la fin du monde. Or je crois voir et entendre dans la plupart des médias une renaissance de ces côtés arriérés que je croyais disparus. L'écologie, la peur du réchauffement climatique engendrent des propos producteurs de transes et de cauchemars (...) Comment peut-on réduire à l'écologie le programme économique, social et politique que doit présenter tout parti en démocratie? Le souci de l'environnement ne doit être qu'un des sujets d'un programme plus large et plus profond. Cet abus me semble se rattacher à la regrettable obsession que je cherche par ces lignes à faire rentrer dans le cadre de la raison, sans pour cela rester les bras croisés devant les réels efforts que demande l'environnement. Il m'est souvent arrivé de m'insurger contre les personnes parfois éminentes qui disaient “nous ne sommes plus au Moyen Age”. Aujourd'hui, face à ces transes, j'ai envie de dire moi aussi: nous ne sommes plus au Moyen Age.»
Jean-Yves Nau
SI VOUS AVEZ AIMÉ CET ARTICLE, VOUS APPRÉCIEREZ PEUT-ÊTRE: L'homme peut s'adapter au changement climatique, Le problème de la science du climat
Photo: REUTERS/STR New
Mis à jour le 01/04/2010 à 12h21










































Décidément, M. Nau a le don de me mettre en colère: être ou ne pas être végétarien ne se résume absolument pas à une évaluation du bilan carbone dudit comportement.
Si être végétarien n'aide peut-être pas à réduire le réchauffement climatique, en tous les cas cela a un triple bénéfice:
-La production de protéines animales à un niveau industriel est extrêmement consommatrice de ressources agricoles d'une part et d'eau d'autre part. C'est une hérésie si l'on considère qu'il y a maintenant un milliard d'êtres humains qui souffrent de la faim.
-Un régime trop riche en viande n'est pas bon pour la santé, pas besoin de s'étaler là-dessus, c'est bien connu.
-La production industrielle de viande est tout bonnement détestable d'un point de vue éthique; les conditions dans lesquelles poulets, veaux, vaches, et cochons sont élevés pour satisfaire une demande croissante sont dans la plupart des cas absolument répugnantes et devraient être tout bonnement interdites. C'est cela le vrai scandale.
L'article de M. Nau s'appuie sur un argument qui est peut-être avéré mais est qui est mineur au regard des vrais enjeux de la consommation planétaire de viande.
Franchement, je me demande pourquoi la rédaction de Slate donne une telle tribune à M. Nau dont les articles relèvent plus de la désinformation par omission et déformation que de l'information.
clavaste,
Je ne vois pas en quoi l'article de M. Nau relève de la désinformation au vu de votre commentaire. M. Nau n'a certes pas souligné le caractère "éthiquement détestable" de la consommation de viande, mais là n'est pas sa tâche. Un journaliste n'est pas là pour donner des leçons de morale. C'est votre droit le plus strict de trouver la chose répugnante, et c'est mon droit le plus strict de ne pas la trouver répugnante. Mais peu importe. Le travail de M. Nau consiste juste à apporter de l'information, si possible vérifiée et neutre. Ici il s'agissait juste de se faire l'écho d'une étude sur la question spécifique et limitée des émissions de CO2 dues à la consommation de viande, pas même d'envisager l'ensemble de ses avantages et inconvénients sur la santé. M. Nau sortirait de son rôle s'il se lançait dans des sermons et autres diatribes vertuistes sur l'horreur de la consommation de viande, conformément à vos obsessions, et dans ce cas alors Slate devrait envisager effectivement de ne plus lui donner de "tribune".
Par contre, tout amateur de viande que je suis, je trouve que M. Nau ne questionne pas suffisamment cette étude, et se contente d'en rendre compte. Or, le travail d'un journaliste consiste aussi me semble-t-il à conserver une approche critique, à chercher à vérifier l'information. En l'occurrence il me semble que les assertions de cette étude ne vont pas de soi. Je peux à la rigueur admettre que les émissions de méthane des troupeaux de ruminants ont été surévaluées, mais il n'en reste pas moins qu'en France par exemple, les cultures de céréales servent majoritairement à l'alimentation du bétail. Et donc les émissions de CO2 par les machines agricoles et de N2O par l'épandage d'engrais azotés qui sont associées à ces cultures sont légitimement attribuables à la consommation de viande et produits laitiers. Ce qui fait que les émissions de GES dues à l'agriculture, soit un bon quarts des émissions en France a priori, sont majoritairement imputables à la consommation de viande et produits laitiers.
M. Nau devrait poursuivre l'enquête et interroger d'autres spécialistes pour nous permettre de comprendre cette contradiction apparente.
Une simple phrase renvoie ce long article à la poubelle :
Le type a reçu 5 millions de dollars pour son étude. Parmi ses donateurs, des producteurs de viande bovine...
http://bit.ly/cNm6Kt
Cher Monsieur Nau,
A ce jeu, chacun se renvoie la balle ( industrie vs. transport vs. élevage vs. particuliers ) et personne n'avance.
Si quelque chose est rentable, on pourra toujours compter sur tel ou tel lobby pour commanditer une "étude scientifique" prouvant que l'implication de leur client dans le cluster-fuck actuel, n'est en fait que très minime ( mais ôh combien rentable ).
Que le seul argument que des denrées alimentaires servent à nourrir des porcins pendant que des humains crèvent de faim ne suffise pas à réduire sa propre consommation de viande me dépasse.
Que chacun balaie devant sa porte si on tiens, même de loin, à ce que les fondations en dessous de la dite porte tiennent.
Peace
Il ne s'agit pas que les pauvres (qui d ailleurs ne mangent pas de viandes) diminuent leur consommation de viande et lait mais que ceux qui consomment de la viande matin midi et soir diminuent....
et puis "cgarrofe" vient de clore le sujet par une argumentation simple et sans appel !!!!!!
Que le seul argument que des denrées alimentaires servent à nourrir des porcins pendant que des humains crèvent de faim ne suffise pas à réduire sa propre consommation de viande me dépasse.
Croire que ne pas manger de viande va permettre de nourrir le monde est une douce utopie. L'Europe est déjà en état de surproduction permanente et ce n'est pas pour autant qu'elle nourrit le reste du monde avec cette surproduction... Au contraire, on met des terres en jachère.
Si l'idée c'est d'arrêter de manger de la viande, d'accord, c'est de l'utopie. Mais par contre on peut en manger moins, mais de la meilleure; remplacer la quantité par la qualité. Au lieu d'utiliser les légumes pour accompagner la viande, on peut faire l'inverse. On a un petit peu oublier que les légumes, c'est très bon. Il y a beaucoup de variété dans les légumes, des saveurs très différentes. Moi j'ai été élevé à la campagne et je mangeais essentiellement les produits du jardin. Peut être 70% de ce nous mangions venait de chez nous: oeufs, lapins, poulets, haricots, salades, rhubarbe, fruits, légumes, la liste est très longue. Pain de chez le boulanger, lait de la ferme de Jules Versavel. De chez le boucher rarement des steaks, mais de la crépinette, du pot au feu, des saucisses, du saucisson. Des fois on mangeait pas de viande pendant deux ou trois jours... personnellement je préfère manger de temps en temps un beau steak de charolais bio pas trop gros, que des McDo tout les jours. Ça par contre c'est pas une utopie. D'ailleurs les mouvements d'idée qui commencent comme ça finissent souvent par avoir un véritable impact. Je viens de lire que les société pétrolières sont confrontés à une baisse significative de la consommation. Que les gens conduisent moins, leur voitures consomment moins, ils conduisent plus calmement... tout ça a abouti a un véritable progrès. On peut faire la même chose avec la viande.
Le Dr Nau, qui n'est pas un peu boucher mais plus simplement médecin et journaliste, contredit Alégrement (à la manière du du dégraisseur de Mamouth) l'évidence que consommer moins de viande est simplement une très bonne chose. Passons sur le fait que nous nous baffrons comme des porcs de toutes les saloperies qu'Auchan, Carefour et consorts nous fourguent par semi remorques entiers.
Passons aussi sur le fait que des pans entiers de l'Amérique du sud sont d'abord déboisés puis arrosés de millions de tonnes de Round Up pour que des céréales OGM puissent alimenter les bestiaux que nous allons retrouver dans nos assiettes, cela évidement au détriment des population locales et de nos agriculteurs dont la viande de meilleur qualité coûte trop cher pour monsieur Mulliez et ses coreligionnaires ultra capitalistes.
Passons encore sur le fait que la viande contribue à nous rendre obèses. Un petit voyage aux US mettra en évidence ce qu'ils n'osent pas nous montrer dans leur séries TV: 2/3 de la population est obèse. On croirait un film de science fiction quand on marche dans les rues de Chicago... sauf que c'est vrai: il y a deux fois plus d'obèses que de "maigres". Les normaux, c'est les obèses... Rentrez dans un restau et demandez un steak: il pèse une livre ( un demi kilo)...
On continu ?
Dr Nau, votre prochain article: pourquoi le tabac est bon pour la santé ?