Économie

Pour obtenir un prêt, mieux vaut s'y prendre certaines périodes de l'année

Temps de lecture : 3 min

Les entreprises et les particuliers ont tout intérêt à contacter leur banque en fin de trimestre, et surtout au mois de décembre.

Pour remplir leurs objectifs commerciaux, les banquièr·es ont tendance à octroyer plus de prêts à l’approche des clôtures comptables. | Alexander Mils via Unsplash
Pour remplir leurs objectifs commerciaux, les banquièr·es ont tendance à octroyer plus de prêts à l’approche des clôtures comptables. | Alexander Mils via Unsplash

Faut-il demander un prêt en décembre plutôt qu'en janvier? La question peut sembler incongrue puisque les décisions des banquièr·es sont supposées être prises en fonction de la situation de l'emprunteur ou de l'emprunteuse et des caractéristiques du projet financé, et ne devraient nullement prendre en compte le mois de la demande.

Mais ce serait oublier que les banquièr·es sont aussi des êtres humains: elles et ils ont tendance à être influencé·es par le calendrier et la politique commerciale de leur entreprise.

L'effet de la bonne humeur

Tout d'abord, les banquièr·es peuvent être soumis à des biais comportementaux qui influencent leurs décisions d'octroi de prêt. De nombreuses études en finance comportementale ont montré que les investisseurs et investisseuses sur les marchés boursiers étaient soumis·es à de tels biais. Leur humeur peut générer des anomalies calendaires.

Par exemple, on observe l'existence d'un «effet week-end», avec des rendements d'actions plus élevés en fin de semaine. Ceci pourrait s'expliquer par la déprime du retour au travail le lundi en comparaison de la bonne humeur avant la fin de semaine.

De façon similaire, plusieurs études ont montré de meilleurs rendements boursiers avant les vacances ou durant les vacances religieuses qui peuvent là encore s'expliquer par la bonne humeur les personnes qui investissent.

Ces biais comportementaux sur les marchés boursiers peuvent tout aussi bien s'observer chez les banquièr·es. Ainsi, les périodes associées à une meilleure humeur des banquièr·es s'accompagneraient d'un octroi plus aisé de prêts.

Ensuite, les banquièr·es peuvent être soumis·es à des motifs financiers et vouloir remplir les objectifs fixés par leur hiérarchie. Il s'agit ici de l'hypothèse de trade loading observée dans de nombreux secteurs économiques.

Viser plutôt la fin du trimestre

Le trade loading se définit généralement comme la pratique d'offrir des réductions à la clientèle à la fin du trimestre afin de remplir leurs objectifs. Dans le cas des banques, cela signifie que pour atteindre les objectifs trimestriels (ou annuels) les banquièr·es sont incités à augmenter le volume des prêts lors du dernier mois du trimestre (en particulier du dernier trimestre) pour atteindre ces buts. La conséquence en serait un octroi plus facile de prêts sur ces périodes.

C'est en tout cas ce que peut laisser penser le graphique ci-dessous.

Évolution du taux d'octroi de prêts à la consommation en moyenne selon le mois de l'année. | Base de données Peer-to-Peer Lending, U.S.

Ce graphique est issu d'une étude sur les prêts à la consommation aux particuliè·res. Il présente le taux d'acceptation pour chaque mois, c'est-à-dire le pourcentage de chances qu'a chaque demande de prêt d'être acceptée.

On voit clairement que les mois qui ont les taux d'acceptation les plus élevés sont, par ordre croissant, mars, juin, septembre et décembre, soit les mois de fin de trimestre. Par ailleurs, décembre présente le taux d'acceptation le plus élevé de toute l'année (37% comparativement à mars par exemple où nous sommes aux alentours de 15%). Ceci confirme bien la présence de trade loading.

Il est également intéressant de noter que la même étude montre un résultat similaire en ce qui concerne les taux d'emprunt. En effet, ceux-ci sont moins chers en fin de trimestre et tout particulièrement en décembre. Ce mois semble donc être celui avec le taux d'acceptation le plus fort à un taux plus faible.

Éviter les comportements opportunistes

Si ces résultats sont vrais pour les particulièr·es, qu'en est-il des entreprises? Peuvent-elles également bénéficier de cet effet de trade loading?

Une seconde étude semble le confirmer. En analysant le marché des prêts aux entreprises, cette étude démontre que décembre est le mois où les chances de voir son prêt accepté sont les plus grandes, quelles que soient les caractéristiques de l'emprunteur ou de l'emprunteuse et de son projet.

Pour les prêts obtenus par les entreprises, le montant est également plus élevé à la fin du trimestre et à la fin de l'année: le troisième mois de chaque trimestre est associé à un montant plus important que les deux autres, tandis que le quatrième trimestre reste associé à un montant plus élevé que les trois précédents.

Les incitations des banquièr·es à remplir leurs objectifs les conduisent à adopter des conditions de prêt plus favorables à ces moments de l'année. À demande de prêt égale, les banques accepteraient plus facilement de faire un prêt, pratiqueraient un taux d'intérêt plus faible, accorderaient des montants plus importants à la fin de chaque trimestre et à la fin de chaque année.

Ce résultat est riche d'enseignements pour les emprunteurs et les emprunteuses ainsi que pour les banques. Le savoir devient un levier de négociation intéressant pour les emprunteurs, particulièr·es ou entreprises.

Par ailleurs, l'influence de facteurs sans rapport avec la qualité du dossier sur l'acceptation du prêt peut aboutir à de mauvaises décisions de prêt qui peuvent se révéler coûteuses pour les banques. Elles devraient donc veiller à corriger les mécanismes incitatifs qui favorisent le trade loading.

D'ici là, demandez plutôt un prêt en décembre qu'en janvier.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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