Monde

Trump ne peut pas classer les antifas comme organisation terroriste

Temps de lecture : 2 min

La mouvance ne correspond à aucun des critères imposés par le ministère américain des Affaires étrangères.

Rassemblement d'antifas à Washington, D.C., le 6 juillet 2019. | Andrew Caballero-Reynolds / AFP
Rassemblement d'antifas à Washington, D.C., le 6 juillet 2019. | Andrew Caballero-Reynolds / AFP

Dimanche 31 mai, le président américain Donald Trump a tweeté: «Les États-Unis vont désigner les ANTIFAS comme étant une organisation terroriste.» Mais cette procédure lourde de conséquences n'est pas aussi simple qu'un tweet.

L'annonce du président fait suite à un communiqué de presse du procureur général William Barr, qui attribuait les actuelles manifestations de violence aux États-Unis, en réponse à la mort de George Floyd, à des «groupes radicaux d'extrême gauche».

La mouvance antifa, pour «antifasciste», est en réalité bien différente d'une organisation terroriste. Sa structure n'est pas fixe; il n'y a ni leader, ni comité de direction. Elle s'apparente plutôt à un melting-pot d'individus venus d'horizons divers, s'engageant dans une lutte radicale contre les mouvements d'extrême droite.

Qualification inadéquate

Aux États-Unis, seul le département d'État peut décider de qualifier un groupe d'«organisation terroriste étrangère». L'attribution de cette dénomination repose sur trois critères stricts:

– l'organisation doit impérativement prendre la forme d'un groupe –ce qui sous-entend d'avoir un·e leader identifiable– et ne pas être basé sur le territoire américain;

– les activités terroristes du groupe doivent être avérées et avoir pour but de blesser ou supprimer des individus (tous les groupes présents sur la liste de la Maison-Blanche ont commis des attaques ayant provoqué la mort);

– ces activités terroristes doivent constituer une menace envers la sécurité nationale.

Légalement, Donald Trump n'a donc pas le pouvoir de classer les antifas en tant qu'organisation terroriste.

Et quand bien même le pourrait-il, les critères ne sont pas remplis en l'espèce: il s'agit davantage d'un courant que d'un groupe soudé et structuré; les activistes n'ont pas mené d'attaques avec une motivation politique ayant provoqué des pertes humaines; leurs actions se sont pour l'instant toujours cantonnées à des destructions matérielles et d'autres actes de violence et d'intimidation.

Premier amendement bafoué

À ce jour, les États-Unis ne disposent pas de loi sur le terrorisme concernant les organisations basées sur leur territoire. Le seul moyen d'action pour Donald Trump serait d'édicter un décret désignant les antifas comme étant un groupe terroriste national.

Le président américain leur couperait alors l'herbe sous le pied, en les privant de toute possibilité de financement. Les individus identifiés comme antifas pourraient également être poursuivis individuellement par le ministère de la Justice.

Mais en faisant cela, et bien que la manœuvre soit irréalisable, Trump bafouerait le premier amendement de la Constitution américaine, qui autorise les citoyen·nes à se rassembler librement.

En matière de groupes terroristes et de provocations, Trump n'en est pas à son coup d'essai. Par le passé, il a déjà menacé de qualifier les cartels de drogue mexicains de terroristes –sans succès. Les Frères musulmans ont également été dans le viseur du président américain –sans plus d'effets.

Un schéma similaire se dessine pour les antifas, qui ne semblent pas constituer la plus grande menace pour les États-Unis à l'heure actuelle. Des organisations comme la Division Atomwaffen ou le mouvement Rise Above, deux groupes néonazis, représentent selon Slate.com un risque bien plus important.

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