Monde

Aux États-Unis, le pire est à venir

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Jamais depuis l'Allemagne nazie l'humanité n'a eu à composer avec une problématique aussi brûlante que celle d'une Amérique qui ne sait plus où elle habite.

Donald Trump à la Maison-Blanche, le 15 avril 2020. | Mandel Ngan / AFP
Donald Trump à la Maison-Blanche, le 15 avril 2020. | Mandel Ngan / AFP

​​​​​​L'image restera: celle d'un président illettré et analphabète brandissant comme un sceptre une malheureuse bible dont il se sert pour affirmer son autorité. Devant ce spectacle grotesque, Dieu –s'il existe– a dû se retourner dans sa tombe, et avec lui tous ses apôtres. À sa façon, Groucho Marx n'aurait pas fait mieux. Trump, et c'est sa force, sa seule peut-être, ne recule devant aucun interdit: cet homme est capable des pires bassesses pour assurer sa réélection.

Il y a une chose dont nous devons tous être convaincus: s'il venait à être battu aux prochaines élections, Trump n'accepterait jamais le verdict des urnes et refuserait de se démettre. Il inventera mille complots, convoquera mille théories fumeuses pour éviter de se retrouver à la porte de la Maison-Blanche. Et en dernier recours, il n'hésitera pas à appeler à l'insurrection populaire afin de se maintenir à son poste. La perspective de dizaines de milliers de morts, d'un pays à feu et à sang, d'un embrasement généralisé ne le fera pas reculer. Il ira au bout de sa logique, quitte à finir en martyr ou en prison.

C'est le propre des natures mégalomanes qui puisent dans leur narcissisme maladif l'origine de leur volonté: la défaite n'est vue que comme l'apanage des faibles, et s'y résoudre reviendrait à nier le fondement même de leur personnalité.

Trump est un idéologue de sa propre puissance qui, combinée à sa léthargie intellectuelle, contribue à faire de lui un petit potentat dont la susceptibilité peut atteindre des sommets si jamais le cours des événements ne suit pas la courbe de ses désirs.

On l'a vu avec la pandémie, on le voit encore dans les émeutes des jours derniers: à aucun moment Trump ne parvient à rassembler autour de sa personne, comme si le faire constituait un acte de contrition en tout point contraire à ses aspirations intérieures.

Amoureux de sa propre personne au point de se considérer indispensable à son pays, voire à l'humanité tout entière, génie absolu dont lui seul n'a jamais exploré les profondeurs, il entretient avec le principe de réalité des relations si distendues qu'en l'écoutant parler, on est toujours enclin à se demander s'il perçoit vraiment les rumeurs du monde extérieur.

Trump est-il vraiment au monde ou bien n'est-il qu'une victime de sa confondante bêtise, née de sa totale ignorance des choses de la vie, handicap qui l'empêche de saisir l'enjeu même de sa présidence et l'amène à se comporter comme un sinistre voyou uniquement obsédé par ses rentrées d'argent, au risque d'épouser les causes les plus scandaleuses, les raisonnements les plus scabreux?

C'est ainsi que Trump n'est pas vraiment raciste; avec la naïveté qui le caractérise, il pense juste que l'homme blanc est naturellement supérieur à l'homme de couleur. Point barre.

L'Amérique –et avec elle le monde entier– est dans de sales draps. Jamais depuis l'Allemagne nazie l'humanité n'a eu à composer avec une problématique aussi brûlante. Jamais elle n'a eu à affronter un péril si grand. Jamais elle ne s'est retrouvée aussi près du précipice, et avec l'irruption de la pandémie, là voilà prise dans les convulsions d'une crise économique dont nul ne peut prévoir à l'heure actuelle l'étendue des désastres à venir.

Il y a dans l'air du temps comme une atmosphère de fin de cycle. L'avènement de Trump a démontré les limites de la démocratie quand il lui faut composer avec un électorat bête à manger du foin, et dans ce crépuscule des idées dansent les idiots de tous bords, Trump et Bolsonaro en tête.

L'Amérique est à cran. Reprise par ses vieux démons qui n'ont jamais cessé de la hanter, ce racisme séculaire dont les crimes jonchent l'histoire de ce continent, elle se retrouve à la croisée des chemins: soit elle parvient in extremis à se rétablir pour mieux affronter les défis de demain, soit elle s'enfonce dans la grande nuit noire de l'obscurantisme, qui dans son agonie, lente ou brutale, charrie toujours son lot de cadavres et de suppliciés.

Sinon, tout va bien!

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