Monde

La grotesque séance photo de Trump avec la Bible

Temps de lecture : 3 min

Critiqué pour son manque de leadership, le président américain a tenté de réaffirmer son autorité en posant avec une bible devant une église de Washington.

Donald Trump pose avec une Bible devant l'église de Saint John près de la Maison-Blanche, le 1er juin 2020. Í Brendan Smialowski / AFP
Donald Trump pose avec une Bible devant l'église de Saint John près de la Maison-Blanche, le 1er juin 2020. Í Brendan Smialowski / AFP

Le lundi 1er juin, après avoir prononcé un discours dans lequel il a menacé de «déployer l'armée» pour contenir les émeutes qui ont éclaté depuis la mort de George Floyd à Minneapolis, le président Donald Trump a déclaré qu'il allait «se recueillir dans un endroit très, très spécial».

Afin que le président américain et son entourage puissent se rendre à l'église épiscopalienne de St. John près de la Maison-Blanche, la police, sous les ordres du ministre de la Justice Bill Barr, a dispersé une manifestation pacifique avec du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc, n'hésitant pas à frapper des manifestant·es et des journalistes avec des matraques.

Après être passé devant un mur tagué avec les mots «fuck Trump», le président est arrivé devant l'église de Saint John, dont le sous-sol avait été incendié la veille. Sa fille Ivanka a ensuite sorti une bible de son sac et le président a brandi le livre pendant plusieurs secondes en regardant les caméras, avec des sirènes de police en bruit de fond.

Une journaliste lui a demandé s'il s'agissait de sa propre bible et Trump a répondu que c'était juste «une bible».

Lugubre communication politique

Selon plusieurs officiel·les, c'est Trump lui-même qui a eu l'idée de cette petite chorégraphie. Le président a parié qu'être vu avec un objet sacré devant une église lui donnerait une assise, une certaine légitimité morale en cette période chaotique, alors que les émeutes contre les violences policières se multiplient dans le pays. Le président n'a pas lu de passage de la Bible et il n'est pas entré dans l'église. Il n'a pas non plus expliqué pourquoi il était là et aucun leader religieux n'était présent.

Des journalistes ont déclaré qu'il s'agissait d'un des exercices de communication politique les plus étranges qu'ils avaient jamais vus. «Une farce tellement lugubre et implausible qu'elle est difficilement compréhensible», écrivait Evan Osnos dans le New Yorker.

Un peu plus tard dans la soirée, la Maison-Blanche a tweeté une vidéo des moments forts de la «promenade», avec une musique grandiose de film d'action.

Faire oublier le bunker

Si le président tenait tant à être filmé en dehors de la Maison-Blanche et en position de force, c'est parce qu'il a été critiqué pour sa passivité depuis que des émeutes ont éclaté dans le pays le 26 mai. Trump a en effet beaucoup tweeté mais n'a pas fait de grand discours à la nation et, le vendredi 29 mai, il a passé la soirée dans un bunker pour se protéger des manifestant·es.

La séance photo devant l'église était censée contrer l'image d'un président planqué dans son sous-sol, et certain·es allié·es de Trump, comme l'ancien gouverneur du Wisconsin, se sont empressé·es de louer son courage de façon ridiculement hyperbolique: «Difficile d'imaginer un autre président qui serait ainsi capable de sortir de la Maison-Blanche.»

Quant à l'évêque épiscopalienne de Washington, elle a très peu apprécié la mise en scène religieuse de Trump, qu'elle a qualifié «d'abus de symboles sacrés»: «Le président a utilisé la Bible et une des églises de mon diocèse sans permission pour diffuser un message en contradiction avec les enseignements de Jésus et avec tout ce que nos églises représentent.»

Avant l'arrivée de Trump, des membres du clergé et des bénévoles qui distribuaient de l'eau et du gel hydroalcoolique aux manifestant·es devant l'église avaient été évacués par la police pour faire place au cortège présidentiel.

Le jour d'après, des pasteur·es afro-américain·es se sont rassemblé·es au même endroit pour prier et critiquer la façon dont le président américain avait utilisé la Bible comme un simple faire-valoir.

De son côté, le candidat démocrate Joe Biden s'est recueilli aux côtés de leaders religieux afro-américains dans une église de sa ville de Wilmington. Cette simple posture d'écoute et de compassion était en contraste flagrant avec la mise en scène factice de Trump, seul avec sa bible pendant quelques secondes pour les photographes.

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