Culture

«Homecoming», série à l'écriture millimétrée et empathique

Temps de lecture : 5 min

Dans la saison 2, l'intrigue se complexifie et gagne en émotion, grâce notamment à l'ajout de plusieurs personnages féminins électrisants.

Janelle Monáe dans la saison 2 de Homecoming. | Capture d'écran via YouTube
Janelle Monáe dans la saison 2 de Homecoming. | Capture d'écran via YouTube

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

Voici les ingrédients qu'il vous faut pour créer une série «prestige»: des têtes d'affiche importées du ciné, une réalisation léchée, une histoire adaptée d'un livre ou film (ou même podcast) célèbre, des décors et des costumes de qualité et une bande-son addictive. À l'ère de la «too much TV», où les chaînes se disputent constamment l'attention des spectateurs et spectatrices, cette recette est vite devenue la solution de facilité pour produire des séries à succès. Le problème, c'est que cette formule néglige souvent l'élément-clé de l'ADN sériel: l'écriture.

On se retrouve alors avec des séries qui possèdent tous les marqueurs de la qualité sans en avoir la substance (House of Cards, Westworld, The Morning Show, The Young Pope, Euphoria…). Ces programmes attirent l'attention du public et de la critique au détriment d'autres, plus anonymes et handicapés par leur look très «télé» –des séries comme Jane the Virgin ou Crazy Ex-Girlfriend, qui ont pourtant bousculé les codes du genre et constamment innové au niveau de l'écriture.

Cette semaine, on a droit à trois cas d'école. Il y a Homecoming, qui dans sa première saison avait tous les travers de la télé «prestige» formulaïque mais qui revient pour un bien meilleur second chapitre; Snowpiercer, adaptation du film culte de Bong Joon-ho, qui promettait d'être l'une des productions les plus léchées de la saison mais qui emprunte finalement plus à l'esthétique CW qu'à HBO; et The Great, dont les costumes magnifiques ne parviennent pas à masquer la vacuité.

Cette semaine, on parle de complétisme. Être complétiste, c'est s'acharner et vouloir finir une série même si elle ne nous plaît plus. Comment faire pour évoluer vers une relation plus saine et déculpabilisée avec le petit écran? On vous dit tout dans cette petite séance de thérapie sérielle.

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Le gros plan: «Homecoming» (Amazon Prime Video)

Réalisée par Sam Esmail, la première saison de ce thriller (adapté du podcast du même nom) était une vraie démonstration de style. Le réalisateur enchaînait les plans époustouflants et les clins d'œil à des classiques du cinéma, mais le résultat, bien que très «prestigieux», nous avait laissées un peu froides. La saison 2, désormais entre les mains de Kyle Patrick Alvarez, poursuit le récit entamé par la première, et nous plonge à nouveau dans les arcanes de Geist, une entreprise glaçante qui mène des expériences mystérieuses sur des vétérans américains.

L'intrigue se complexifie et gagne en émotion, grâce notamment à l'ajout de plusieurs personnages féminins électrisants, incarnés par les talentueuses Janelle Monáe, Hong Chau et Joan Cusack. Stephan James est quant à lui de retour, toujours aussi attachant dans le rôle d'un soldat amnésique. Avec sa construction en plusieurs timelines, son atmosphère opaque, ses personnages hauts en couleur et sa réalisation très stylisée, cette saison 2 invoque tour à tour Soderbergh, Lynch et De Palma. Mais c'est surtout la qualité de son écriture, à la fois millimétrée et empathique, qui nous séduit. En 2018, on ne ressentait ni l'envie, ni le besoin de voir une saison 2. Maintenant, on rêve d'une saison 3.

On regarde ou pas?

Snowpiercer (Netflix)

Pas la peine de comparer la série au film de Bong Joon-ho; ce dernier est incontestablement supérieur en tout point, et la série s'apprécie beaucoup mieux si on n'essaie pas de lui imposer des attentes cinématographiques. Produite par TNT et distribuée par Netflix à l'international, Snowpiercer a souffert pendant plusieurs années d'un développement chaotique et de lourds différends créatifs. Et cela se ressent, surtout dans ses premiers épisodes. Loin de la patine prestigieuse à laquelle on s'attendait, la série post-apocalyptique démarre avec une intrigue procédurale à l'ancienne et un meurtre à résoudre. Les épisodes semblent avoir été écrits à l'aide d'un dictionnaire des clichés, et les visuels sont souvent cheap. Mais passé son démarrage cahoteux, Snowpiercer finit par trouver son rythme et se révèle de plus en plus divertissante. La deuxième partie de la saison, qui se focalise plus sur l'arc narratif global et les oppositions de classe entre l'arrière et l'avant du train, élève considérablement les enjeux.

Ce qui joue aussi en faveur de la série, c'est sa collection de personnages secondaires attachants (notamment Roche, incarné par Mike O'Malley) et l'excellente performance de Jennifer Connelly, qui réussit à faire de Melanie un personnage ambivalent et charismatique malgré des dialogues parfois maladroits. Si vous cherchez une série à mettre en fond pendant que vous vous épilez / faites un shampoing / épluchez vos patates, c'est le choix parfait.

Verdict: pourquoi pas?

The Great (Hulu)

Depuis le succès critique et populaire de The Favourite, une nouvelle tendance s'est emparée des productions ciné et séries: réécrire les drames historiques avec une voix moderne et irrévérencieuse. Il y a eu Dickinson, une comédie excentrique qui prend pas mal de libertés avec l'histoire, puis Emma, une révision cynique et acidulée du classique de Jane Austen. Hulu nous offre désormais The Great, une série très librement inspirée de la vie de la Grande Catherine, écrite par l'un des scénaristes de The Favourite, avec Elle Fanning et Nicholas Hoult en tête d'affiche.

Sur le papier, tout ça a l'air très alléchant mais le résultat manque à la fois de finesse, de mordant et d'originalité. Il ne suffit pas de faire dire «bite» et «cul» à l'empereur de Russie pour rendre une œuvre moderne et insolente. Et quand on lit les exploits de la vraie Catherine, on ne peut que regretter une pop-culturisation de son histoire, qui la rend triviale quand elle était extraordinaire.

Verdict: bof.

Le crush: Iddo Goldberg (Bennett dans «Snowpiercer»)

Remporter le statut de crush de la semaine face à Jennifer Connelly et Daveed Diggs, deux des plus beaux êtres humains de la planète, n'est pas chose facile. Seul Iddo Goldberg, qui nous faisait déjà glousser d'envie dans Journal intime d'une call girl, pouvait relever un tel challenge.

Peak de chaleur: quand il dit à Melanie qu'elle lui manque.

Le docu addictif: «The Last Dance» (Netflix)

Ça faisait plusieurs semaines qu'on entendait parler de cette série documentaire sur Michael Jordan, produite par ESPN et diffusée en France sur Netflix. Comme on s'en fout un peu de la NBA, on s'était dit que ça ne nous passionnerait pas. Et pourtant! On a enchaîné les dix épisodes à toute vitesse et on s'est découvert une passion pour les dunks, les three-pointers et les tensions entre le front office et les joueurs des Bulls. La série n'est pas parfaite –la structure en flashbacks ne fonctionne pas toujours et on sent trop souvent la connivence entre les producteurs et Michael Jordan, jamais poussé dans ses retranchements. Mais avec sa bande-son parfaite, ses personnages hauts en couleur et ses compilations d'exploits sportifs, The Last Dance est un vrai shot de nostalgie qui nous replonge dans l'insouciance des années 1990.

Ces textes sont parus dans la newsletter bimensuelle Peak TV.

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