Santé

Le Covid-19 amènera aussi l'ère des bureaux moches (et dangereux)

Temps de lecture : 3 min

Les bricolages d'urgence se sont multipliés sur les lieux de travail, parfois au détriment de la sécurité.

Des employés de Hyundai Card à la cafétéria de l'entreprise, à Séoul, en Corée du Sud, le 9 avril 2020. | Ed Jones / AFP
Des employés de Hyundai Card à la cafétéria de l'entreprise, à Séoul, en Corée du Sud, le 9 avril 2020. | Ed Jones / AFP

Le déconfinement et la réouverture progressive des commerces et des bureaux est aussi l'occasion de prendre la mesure de l'ampleur des dégâts provoqués par l'épidémie de Covid-19 sur le design industriel. Vitres en plexiglas bringuebalantes, rubans adhésifs au sol et sur les murs, autocollants hasardeux, rubans de signalisation à gogo ou films plastiques étirables, des solutions de fortune et d'urgence ont été mises en place ces derniers mois et recouvrent désormais le mobilier auquel nous étions accoutumé·es.

La demande est forte pour des lieux de travail sécurisés, et les entreprises de fabrication de plastique multiplient les publicités pour des solutions de bureaux corona-compatibles: visières en plastique, cloisons transparentes, revêtements plastiques amovibles, sets de bureaux…

Chaque boîte y va de sa circulaire et de ses directives pour tâcher de mettre en place et de faire respecter les impératifs de distanciation physique et de gestes barrières. Ces politiques de sécurité ne sont pas une mince affaire quand il s'agit de reconfigurer entièrement des lieux de travail où la proximité est souvent de mise. Cependant, la hâte dans laquelle de nombreuses solutions ont été trouvées peut comporter des dangers.

Bricolages sans prototypes

La plupart des dispositifs mis en place au sein des entreprises pour empêcher ou limiter la propagation du coronavirus sont des prototypes amateurs élaborés dans l'urgence, hors du cadre du design industriel. Or le rôle des designers industriels, c'est précisément de réfléchir à l'esthétique, à l'ingénierie et, surtout, aux effets et conséquences de leurs inventions sur les usager·es.

Cela prend du temps, et passe habituellement par une série de tests et de mises au point, qui permettent d'affiner la forme, l'ergonomie, la sécurité, les matériaux et la facilité de fabrication des produits que l'on entend mettre sur le marché et à disposition des entreprises et des particuliers. Or c'est précisément le temps qui manque, depuis le début de la crise sanitaire liée au Covid-19, et dans la précipitation, ces étapes ne sont pas garanties.

Apple par exemple, qui s'est lancé assez rapidement dans la production massive de visières transparentes, n'a pas effectué de tests préalables auprès des consommateurs. Dans la notice d'utilisation de ses produits figure en tout petits caractères la précision que «le produit n'a pas été testé ou jugé qualifié pour prévenir ou réduire l'infection, et ne fournit pas de filtration des particules».

Pour Paolo Cardini, professeur associé de design industriel à la Rhode Island School of Design, cela revient essentiellement à «demander aux gens d'être des cobayes. Ils sautent le prototypage de sécurité et espèrent simplement que les gens leur diront ce qui ne va pas avec le produit. C'est dangereux».

Durabilité des solutions

Si des solutions d'entre-deux sont trouvées sur le moment, elles ne peuvent remplacer une réflexion sur le long terme, qui devra également prendre en charge des préoccupations éthiques:

«Tout designer sérieux et responsable procède à une évaluation du cycle de vie de ses produits. Avec quel matériau ces masques sont-ils faits? Où finiront-ils à la fin de leur cycle? Nous devons voir les produits d'une manière plus globale», estime Paolo Cardini.

Alors même que l'Europe tâchait de réduire progressivement le plastique à usage unique, l'épidémie de Covid-19 constitue un nouveau défi écologique concernant l'impact environnemental des produits tels que les masques, bouteilles de gel hydroalcoolique et emballages plastiques qui fleurissent ou réapparaissent un peu partout.

Que faire?

D'après Cardini, il n'est pas encore temps de mettre en place des infrastructures permanentes dans les bureaux, ou de commander des produits en gros. «Je pense que nous devons attendre un peu plus pour disposer d'un bon éventail de solutions efficaces et validées», affirme-t-il.

La consultation d'expert·es de santé, qui ont une connaissance plus poussée des caractéristiques du virus est essentielle, et devrait pousser à développer davantage de collaborations entre les professionnel·les de santé et les designers. «La meilleure chose que nous puissions faire actuellement est d'opérer de manière plus interdisciplinaire, assure Cardini. Cela pourrait nous permettre d'aller plus vite et de faire moins d'erreurs».

C'est notamment ce qu'a fait le cabinet d'architecture MASS Design, qui a récemment publié un ensemble de lignes directrices pour ménager des espaces de travail plus sains et lutter contre le coronavirus, avec l'aide de médecins spécialisés dans le traitement des pandémies. Comme le réaffirme ce petit guide, «le design est pour les gens, pas seulement contre les agents pathogènes».

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