Santé

Quand le coronavirus va-t-il disparaître?

Temps de lecture : 9 min

Les scénarios pour la suite de la lutte contre le Covid-19 se précisent. L'OMS évoque désormais l'hypothèse d'un SARS-CoV-2 qui pourrait devenir endémique.

Dans le métro parisien, le 11 mai 2020. | Geoffroy Van der Hasselt / AFP
Dans le métro parisien, le 11 mai 2020. | Geoffroy Van der Hasselt / AFP

Cinq mois après son apparition, rien ne permet encore de prédire ce qu'il adviendra de cette pandémie. Nous savons que les prévisions dans ce domaine sont malheureusement illusoires. Un exemple: une équipe de recherche de l'Imperial College de Londres avait prédit que le Covid-19 causerait plus de 70.000 décès en Suède dès lors que ce pays n'adopterait pas de mesures de confinement plus strictes; cette stratégie a été maintenue et la Suède recense aujourd'hui moins de 3.700 victimes.

Inutile donc de tenter coûte que coûte de pronostiquer un avenir même proche bien trop incertain. Pour autant, il n'est pas inutile de réfléchir aux scénarios possibles et aux stratégies de préparation à un nouvel assaut du SARS-CoV-2 dans quelques semaines, dans quelques mois, voire dans un futur plus lointain.

Depuis janvier, des freins puissants ont été mis en place pour limiter l'impact de la dynamique épidémique. Nous en récoltons, en France, les premiers résultats: une situation plus apaisée sur le front de l'épidémie, des services de réanimation se vidant des malades atteint·es des complications du Covid-19, des tests de dépistage du virus (RT-PCR) se révélant de plus en plus souvent disponibles et négatifs, un nombre de nouveaux cas quotidiens passant durablement sous la barre des 1.000, avec un taux de reproduction au-dessous du niveau épidémique (<1) –comme en Allemagne et bientôt, espérons-le, en Italie et en Espagne.

C'est dans ce nouveau contexte que l'on peut aujourd'hui élaborer les différents cas de figure s'inscrivant dans le champ du possible.

Scénario «extinction rapide et totale»

Ce scénario reproduirait celui observé en 2002-2003 avec le SRAS, lui aussi dû à un coronavirus émergeant de Chine continentale, le SARS-CoV. L'épidémie s'était éteinte après neuf mois d'un combat intense mené à l'échelon international.

Malheureusement, les différences entre l'actuel SARS-CoV-2 sont très importantes, en particulier dans la dynamique épidémique. Le SRAS était une maladie très sévère dans quasiment tous les cas: il conduisait presque inéluctablement les personnes infectées à être hospitalisées.

Les contrôles sanitaires aux frontières, avec prise de température, étaient alors plus performants, et il fut possible de circonscrire la propagation du virus plus aisément.

Aujourd'hui, le Covid-19 est une maladie certes potentiellement très grave, mais seulement dans 15% à 20% des cas, et le taux de mortalité semble un peu inférieur à 1% (contre plus de 10% pour le SRAS).

La grande majorité des infections par le SARS-CoV-2 sont silencieuses ou sans complications, conduisant à une guérison rapide et sans séquelles. Les facteurs qui rendent l'éradication du Covid-19 plus difficile tiennent très précisément à cette bénignité d'un grand nombre de ses formes cliniques.

Les cas légers d'infection par le nouveau coronavirus n'appellent pas nécessairement les personnes qui en sont atteintes à consulter, ni à se faire tester. En cas de pénurie de tests, ils ne sont pas diagnostiqués, ce qui facilite la diffusion du virus au sein de la population et laisse peu d'espoir pour une extinction rapide de la pandémie.

Scénario «à la suédoise»

La Suède a choisi de faire confiance à sa population plutôt que de lui imposer le confinement de sa vie sociale et économique; elle n'a pas assigné ses concitoyen·nes à résidence comme la France, l'Italie ou l'Espagne.

D'autres pays ont eu recours à cette méthode (l'Allemagne, la Suisse, l'Autriche, les Pays-Bas ou les autres pays nordiques), mais ils ont malgré tout prononcé la fermeture des écoles, des bars, des restaurants et des commerces non essentiels.

La Suède, elle, n'a interdit que les rassemblements de plus de cinquante personnes et fermé uniquement les collèges, lycées et universités, les écoles et jardins d'enfants restant ouverts. L'État a fortement incité ses citoyen·nes à respecter les mesures de distanciation sociale et de réduction des risques, en faisant notamment la promotion du télétravail.

Force est de constater que ce que les autorités européennes appellent aujourd'hui le «déconfinement» ressemble à s'y méprendre à la situation que la Suède a su maintenir depuis le début de l'épidémie sans voir ses hôpitaux ni ses services de réanimation s'engorger.

Le pays poursuit un double objectif: protéger les personnes les plus vulnérables et ne pas saturer son système de santé, en particulier ses services de soins intensifs. Il ne vise donc pas à ralentir l'épidémie au plus bas niveau possible, contrairement à la plupart de ses voisins européens.

La Suède préfère tabler sur une forme d'endémicité du Sars-CoV-2, c'est-à-dire une circulation quasi permanente et continue du virus tant que l'immunité collective (70% de la population infectée et protégée) n'est pas atteinte –ce qui demandera peut-être des mois ou des années.

C'est donc une stratégie sur le long terme qu'elle entend mener, à l'opposé des États dont le but est de minimiser la circulation du virus, et donc dans un premier temps le nombre de cas et de décès, mais qui en l'absence d'un vaccin protecteur prolongeront d'autant la durée du phénomène épidémique.

Scénario «stop and go»

Le scénario auquel se préparent les autorités, notamment françaises, est d'avoir à recourir à nouveau au confinement économique et social du pays, en remettant en œuvre des mesures comme la fermeture des écoles, l'interdiction des rassemblements de plus de cinq personnes, la fermeture des espaces publics voire celle des commerces non essentiels et l'assignation à résidence.

Aucun État européen n'aura à cœur de revenir au confinement strict, après en avoir connu l'expérience durant l'hiver et le printemps 2020 et mesuré la somme des conséquences économiques et sociales, sans récolter une valeur ajoutée indiscutable sur le plan sanitaire en comparaison avec les stratégies de semi-confinement.

Pour autant, l'efficacité de telles mesures sur l'épidémie et la relative rapidité des résultats obtenus pourraient en faire une mesure de dernier recours face à l'urgence d'une situation épidémique redevenue alarmante après le déconfinement. Un «reconfinement» transitoire pourrait alors être mis en place dans tout ou partie du pays.

Scénario «pause estivale»

Il n'est pas déraisonnable de parier sur un répit accordé par la dynamique propre de l'épidémie durant les mois d'été, une pause saisonnière de la diffusion du SARS-CoV-2. Le «frein estival» est bien connu chez nombre de virus respiratoires, à commencer par ceux de la grippe saisonnière: il n'y a jamais d'épidémie de grippe durant l'été sous nos latitudes (idem dans les zones tempérées de l'hémisphère sud durant leur hiver austral).

Mais il faut nous souvenir que la transmissibilité spontanée du SARS-CoV-2 est plus élevée que celle des virus grippaux, et que si un frein estival existait du même ordre de grandeur que celui de la grippe, il ne serait alors que partiel et ne permettrait pas d'arrêter l'épidémie de Covid-19.

Ce serait cependant un auxiliaire précieux pour accompagner et sécuriser le déconfinement de cette fin de printemps en Europe, qui disparaîtrait néanmoins avec le retour de la saison froide.

Scénario catastrophe

Divers scénarios catastrophes ont été élaborés par des équipes de spécialistes de la modélisation. Peut-être ont-ils pu contribuer à réveiller des responsables politiques jusqu'alors peu mobilisé·es, mais c'est probablement là leur seule vertu.

Il faut toutefois rappeler que ce qu'ont vécu la province du Hubei en Chine puis la Lombardie, mais aussi plusieurs régions de France, d'Espagne, d'Iran, d'Équateur ou des États-Unis, n'est parfois pas très éloigné de certaines de ces modélisations.

Dès lors que l'on commence à évoquer un tri des malades devenu nécessaire faute de places en réanimation, que l'on a besoin de l'armée pour inhumer les corps des victimes et que des pans entiers de la population se confinent par peur de l'infection, on se rapproche de tels scénarios catastrophes.

On ne peut exclure qu'apparaissent de nouvelles vagues, plus hautes et éventuellement plus meurtrières que les précédentes, mais nous savons désormais que nous disposons d'une arme efficace pour combattre l'épidémie, y compris en l'absence d'un traitement ou d'un vaccin: le confinement.

Scénario «endémique»

Ne jamais plus voir disparaître le nouveau virus et vivre en permanence avec le risque épidémique? Ce n'est pas improbable: l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) évoque désormais ouvertement la possibilité d'une existence du virus et du Covid-19 sur un mode endémique.

«Nous avons un nouveau virus qui pénètre la population humaine pour la première fois et il est en conséquence très difficile de dire quand nous pourrons le vaincre, a déclaré le 13 mai Michael Ryan, directeur des questions d'urgence sanitaire à l'OMS, lors d'une conférence de presse virtuelle à Genève. Ce virus pourrait devenir endémique dans nos communautés.»

De très nombreux virus pathogènes de l'espèce humaine, une fois apparus, peuvent continuer à sévir. Un seul a officiellement disparu, pour l'essentiel grâce à des campagnes récurrentes de vaccination systématique: celui de la variole, éradiqué de la planète il y a une quarantaine d'années.

Dans le cas du nouveau coronavirus, plusieurs cas de figure peuvent d'ores et déjà être imaginés, à commencer par une saisonnalité de type de celle des virus de la grippe, dont on sait que la virulence est facilitée par les mutations continuelles dont ils sont l'objet.

Pour l'heure, le pouvoir de mutation du SARS-CoV-2 paraît bien moindre que celui des virus grippaux saisonniers (A(H3N2), A(H1N1) ou B), contre lesquels nous luttons grâce à la vaccination –bien plus qu'avec des gestes barrières. Mais il s'agit ici d'un nouveau virus et aucune hypothèse ne peut être écartée.

Une autre possibilité est celle que nous connaissons avec d'autres virus, comme le VIH ou ceux des hépatites B et C: les épidémies émergent de différentes manières dans les communautés humaines, puis continuent à circuler en leur sein. Rien n'indique à ce jour que puisse exister un portage chronique du SARS-CoV-2, pas plus d'ailleurs que d'aucun coronavirus connu chez l'être humain. C'est là une hypothèse qui, aujourd'hui, peut être rejetée.

Il existe un autre mode de circulation virale endémique dans les populations humaines: celui de virus tels que la rougeole, contre laquelle seule la vaccination d'une très large proportion de la population permet d'assurer une protection collective –voire d'envisager une éradication totale, comme celle obtenue pour la variole.

Enfin, il nous faut compter avec la dernière forme de l'installation endémique d'une maladie virale: lorsque le virus dispose d'un «réservoir animal», d'une source autorisant la recontamination via des contacts répétés entre l'hôte réservoir et l'être humain.

On a récemment évoqué les possibles rôles du pangolin ou de la chauve-souris comme réservoirs du SARS-CoV-2, mais ces hypothèses restent à confirmer et pour l'heure, aucun animal n'a démontré sa capacité à devenir un hôte réservoir pérenne du SARS- CoV-2 pour l'être humain.

Malgré tout, rien n'interdit non plus d'imaginer qu'un animal puisse un jour remplir la même fonction pour ce nouveau coronavirus que celle du porc ou du poulet dans les recombinaisons génétiques des virus de la grippe humaine.

Cette pandémie nous fait prendre une nouvelle fois conscience de l'existence des rapports complexes pouvant exister entre les différents éléments du vivant et la circulation des virus pathogènes. Ce sont des rapports de mieux en mieux décryptés et compris, depuis les découvertes pastoriennes et le développement de la virologie moléculaire.

Mais cette pandémie s'inscrit également dans un contexte sans précédent, comme l'analyse pour Le Monde l'historienne Françoise Hildesheimer: «Ce qui est du jamais-vu, c'est d'abord l'explosion démographique mondiale, qui amplifie le phénomène à une échelle absolument inédite, y compris aujourd'hui, en soulignant le contraste entre l'ampleur du confinement et le nombre limité de morts; c'est aussi l'accélération des communications au niveau de la planète et sa conséquence directe sur la transmission des agents pathogènes.»

C'est aussi, toujours selon la spécialiste, l'avènement de l'information en continu, des réseaux sociaux, de la pandémie en direct, avec la diffusion quasiment en temps réel des faits et des polémiques.

De ce point de vue, nous assistons ici à une première, la mondialisation massive d'un phénomène épidémique, qu'il s'agisse de la réalité de la diffusion de son agent pathogène ou des innombrables informations circulant sur la propagation du virus et ses répercussions économiques, politiques ou diplomatiques.

Faute de pouvoir anticiper et contrôler le SARS-CoV-2, il restera à mesurer, aussi, les conséquences de la charge émotionnelle, inédite et planétaire, d'une telle pandémie.

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