Société / Culture

Au lieu de renvoyer les enfants à l'école, faites-leur lire un livre par semaine

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Lire un roman a mille fois plus de vertus éducatrices que n'importe quel cours traditionnel.

L'école, une vaste garderie où on n'apprend rien de rien. | Ivan Aleksic via Unsplash
L'école, une vaste garderie où on n'apprend rien de rien. | Ivan Aleksic via Unsplash

C'est la question du moment: faut-il ou non renvoyer ses chérubins à l'école? À cette question essentielle, je m'empresse de répondre non, un avis d'autant plus éclairé que d'enfants, à ma connaissance, je n'en ai pas. N'étant pas de nature sadique et considérant que l'existence est tout sauf un cadeau, j'ai préféré passer mon tour. Mais en aurais-je eu, je me serais bien gardé de les expédier au collège d'à côté. Pas tant par préoccupation sanitaire (même si...) que par conviction que l'école, notamment à partir du collège, n'est qu'une vaste garderie où l'on apprend le dégoût de vivre.

Pense-t-on sérieusement qu'on apprenne quelque chose au collège? En voilà une sottise! Hormis les enseignements fondamentaux transmis à la petite école, la suite n'est qu'une infinie perte de temps où l'on bourre l'esprit des élèves de connaissances parfaitement inutiles, dont la plupart d'entre nous ne gardent aucun souvenir sitôt les portes du lycée franchies. Sciences naturelles, physique, chimie, histoire, géographie, latin, langues étrangères, autant de matières étudiées, autant de temps gaspillé et autant d'enfances assassinées.

J'avoue rester ébahi quand j'entends des parents d'élèves s'inquiéter pour le niveau scolaire de leur progéniture si d'aventure le confinement venait à être prolongé. Faut-il être bien naïfs pour considérer que l'école sert à quelque chose, si ce n'est à permettre aux parents de vaquer à leurs occupations professionnelles.

Ô système scolaire, diras-tu un jour l'étendue de tes crimes, quand du matin au soir, tu emprisonnes dans les rets de tes salles de cours d'innocents enfants qui ne demandent qu'à jouer et à s'amuser?

Je ne vois rien dans la fréquentation de mes semblables qui témoignent d'un esprit particulièrement éclairé –au contraire. À la méchanceté des uns répond la bêtise des autres. D'ailleurs, quand on considère les masses dans leur ensemble, ne reste-t-on pas toujours effarés devant le niveau de leur insubmersible crétinerie? Et pourtant, tous ces gens n'ont-ils pas fréquenté nos écoles et nos lycées? N'ont-ils pas écouté les oreilles grandes ouvertes les leçons de leurs professeurs, qui de carré de l'hypoténuse en poussée d'Archimède, de discours de Cicéron en poésies de François Villon, leur ont tous chanté la beauté des savoirs académiques?

Qu'on se le dise: l'école ne sert à rien, si ce n'est à se familiariser avec l'ennui –lequel nous accompagnera toute notre vie. On passe là des années entières à aller de classe en classe de ce pas lourd et pesant qui est celui du bétail en route pour l'abattoir.

On nous remplit à satiété la panse de nos cerveaux, dont on surveille de temps en temps le niveau de remplissage comme le garagiste le niveau d'huile d'une voiture à l'arrêt, sans jamais s'interroger sur la pertinence des disciplines enseignées, fastidieuse scolarité dont nous ne retenons rien hormis de très vagues et parcellaires savoirs flottant dans nos esprits comme des bouées de plomb.

Aurais-je été le ministre de l'Éducation par ces temps de pandémie que ma feuille de route aurait tenu en une seule ligne: gardez quand c'est possible vos enfants chez vous, et faites-les lire. Non pas testez, testez, testez mais lisez, lisez, lisez. Ce faisant, j'aurais invité tous les enfants, collégiens et lycéens, à lire un livre ou deux par semaine et à en rendre compte à leurs professeurs. C'est tout. En trois mois, la jeunesse de ce pays se serait enrichie comme jamais elle n'aurait pu l'accomplir en temps normal.

Lire Les Misérables ou n'importe quel autre roman d'ampleur équivalente a mille fois plus de vertus éducatrices que n'importe quel cours d'enseignement traditionnel. Au lieu d'avaler jusqu'à l'écœurement des connaissances tristement académiques, les collégiens auraient appris les problèmes du cœur humain en conflit avec lui-même, la profondeur de la douleur qui accompagne chacun d'entre nous sur le chemin de la vie, les vertiges de l'amour, les sortilèges du désir, les mille et une nuances de l'âme quand elle se prend pour objet, la vie dans toute sa démesure: la vie des hommes et des femmes, la vie d'avant et celle de demain, la vie merveilleuse, la vie et ses tragédies, la vie comme le miroir de nos identités toujours en construction.

La vie toute bête et toute simple. La vie des humbles et des savants. La vie de l'esprit. La vie dans toute son infinie complexité.

La vie. La vie. La vie.

La vie.

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