Égalités / Société

Les femmes seront-elles les perdantes de l'après-Covid?

Temps de lecture : 3 min

Elle ont les mains dans la merde pendant que les hommes pérorent sur l'avenir de nos sociétés.

Des employées de la région Auvergne-Rhône-Alpes préparent du matériel de protection pour les Ehpad, le 3 avril 2020 à Lyon. | Jeff Pachoud / AFP
Des employées de la région Auvergne-Rhône-Alpes préparent du matériel de protection pour les Ehpad, le 3 avril 2020 à Lyon. | Jeff Pachoud / AFP

Au début du XXe siècle, les féministes sont mobilisées depuis plusieurs années pour obtenir le droit de vote. Elles forment des groupes d'action, manifestent, troublent l'ordre public, fondent des journaux, écrivent des articles, utilisent parfois la violence. Elles arrivent à mettre la question au premier plan. Et puis, c'est la guerre. La vraie.

En 1914, nombre de féministes se rallient à la grande cause nationale: il faut être unies face à la guerre. Même celles pour qui féminisme et pacifisme vont de pair décident de mettre leurs revendications en sourdine. De toute façon, on ne les écoute pas, et elles pensent que si les femmes participent à l'effort de guerre, les politiques n'auront pas d'autre choix après l'armistice que de leur accorder le droit de vote.

La stratégie se révèlera payante dans un certain nombre de pays, même s'il y eut souvent des restrictions pour en écarter certaines femmes –par exemple aux États-Unis, où le droit n'a été donné en 1920 qu'aux seules femmes blanches. Mais en France, c'est niet. Peau de balle. Que dalle.

Les femmes devront attendre une autre guerre mondiale pour avoir le droit de vote (1944 pour être précise, mais 1958 pour que ce droit soit accordé aux femmes algériennes musulmanes).

La belle arnaque qui s'annonce

Avant le coronavirus, les mouvements féministes se faisaient entendre, montaient en puissance et commençaient à se poser la question de comment obtenir plus d'avancées concrètes. On se demandait s'il ne fallait pas simplement se lever et se casser.

Et puis, plus rien. Confinement oblige, on a dû se rasseoir et bosser. Il y a celles qui ont bossé dans les hostos, les supermarchés, les entreprises de nettoyage, les écoles, les Ehpad, et il y a toutes les autres qui ont bossé chez elles. Parce que oui, le travail ménager + le travail éducatif + le télétravail, c'est du boulot –et c'est sans compter le fait de coudre des masques pour son entourage… (Je vous conseille de lire ce remarquable article du Bondy Blog sur les mères isolées.)

On peut dire que les femmes ont bien participé à l'effort général. On a été solides. On a été fiables.

Mais distinguez-vous au loin la belle arnaque qui s'annonce?

On la voit déjà partout, alors même que les féministes ne cessent d'alerter sur le sujet. (Vous pouvez aller voir le #coronaviril.) Quels députés ont eu la parole après l'intervention du Premier ministre à l'Assemblée nationale?



Il y a aussi eu l'équipe 100% masculine de StopCovid.

Qui parle du futur? À la radio, à la télé, dans les journaux, des hommes.



Des hommes qui pensent. Des hommes qui anticipent. Des hommes qui interrogent.



N'y aurait-il pas un léger décalage entre l'image et le texte?

Pas de changement sans féminisme

Comme l'a dit Isabelle Germain, «elles cousent, ils causent». Les femmes ont les mains dans la merde et les hommes pérorent sur l'avenir de nos sociétés. (Oui, c'est un peu caricatural. Il y a évidemment des hommes les mains dans la merde et quelques femmes qui pérorent. Mais enfin, tout de même, la répartition des genres est sacrément bien respectée. Et puis, quand je dis «les hommes», on a bien compris à quelle catégorie je fais allusion.)

Au-dessus de tout ça, on a un président de la République qui se prend pour notre père à tous et à toutes. (Est-ce qu'à un moment, on pourra discuter sincèrement de l'état de notre président? Parce que je ne sais pas ce qu'on met dans ses cordons bleus mais moi, il m'inquiète de plus en plus.)

Mais vous comprenez, ça va être la crise économique, un sujet sérieux, un sujet d'hommes. L'économie, c'est une histoire de burnes.

E qué s'appelerio:



Schématisons en deux positions possibles.

Vous êtes pour une simple amélioration du système économique actuel? Dans ce cas, pour avoir une vision claire de la situation, vous ne pouvez plus penser l'économie sans le prisme du genre (celui qui révèle que le travailleur pauvre et précaire est en réalité une femme) et de la réalité du racisme (qui fait que certaines catégories de la population sont sur-représentées dans les emplois les plus difficiles).

Vous êtes pour un changement radical du système? Vous devez également fonder votre réflexion sur le féminisme, pas en faire un petit paragraphe dans une déclaration. Parce que la domination masculine est la base du système actuel, que l'exploitation des femmes a été historiquement la première, vous ne pouvez pas changer le système sans le féminisme.

Or ce qui s'annonce, c'est que l'avenir –économique, mais aussi social et politique– va être pensé par les mêmes hommes que d'habitude, et les femmes vont se faire confisquer l'après-Covid.

Encore une fois, on va se retrouver avec des miettes. Ah ça, vous me direz, les miettes, ça nous connaît bien. Les miettes, c'est un peu l'histoire de notre vie.

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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