Monde / Culture

Pour les survivants de la Shoah, le coronavirus s'apparente à un lourd souvenir

Temps de lecture : 2 min

Les seniors constituent les populations les plus exposées au Covid-19. Et beaucoup se souviennent avoir affronté des épreuves similaires par le passé.

Au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, les photos et témoignages de centaines de personnes juives déportées sont exposées afin d'entretenir leur mémoire. | Menahem Kahana / AFP
Au mémorial Yad Vashem, à Jérusalem, les photos et témoignages de centaines de personnes juives déportées sont exposées afin d'entretenir leur mémoire. | Menahem Kahana / AFP

Pour les survivant·es de l'Holocauste, la crise sanitaire du coronavirus Covid-19 a un goût amer. Elle présente de nombreuses similitudes avec la difficile période durant laquelle ces hommes et femmes ont été contraint·es de fuir, de se cacher et même parfois d'être déporté·es pour travailler ou être tué·es. «On ne sait jamais si les gens dans la rue vont nous transmettre le virus ou nous dénoncer à la Gestapo parce qu'on est juif», explique Diana Kurz, rescapée de la Shoah, dans le New York Times. Lorsque le coronavirus est arrivé à New York, elle s'est surprise à comparer l'événement au souvenir de sa jeunesse à Vienne, où elle a échappé à la mort avec sa mère.

La ville de New York recense aujourd'hui quelques 40.000 survivant·es de l'Holocauste, soit presque deux fois moins qu'en 2011. Ces personnes sont maintenant âgées et redeviennent les premières cibles d'un ennemi cette fois invisible, le Covid-19. À New York, il a d'ailleurs tué deux fois plus d'octogénaires que de sexagénaires. Stephen D. Smith, directeur général de l'UFC Shoah Foundation, confirme: «Cette pandémie est la plus grande menace pour cette génération depuis la Seconde Guerre mondiale.»

«Nous nous habituons à vivre sous toutes sortes de conditions», explique Diana Kurz. «C'est un trait commun chez les personnes ayant survécu à une épreuve comme l'Holocauste», analyse Gary J. Kennedy, directeur du service de gériatrie psychiatrique au centre médical Montefiore. «Les survivants font partie d'un groupe particulier», qui aurait une certaine capacité à se plier à des pratiques et des règles de vie très difficiles, à l'image de celles des camps.

Une menace pour la mémoire des victimes

«Le risque, c'est que l'âge et le coronavirus rendent ces histoires inanimées, à la manière de reliques et non de récits vivants», déplore Diane Saltzman, directrice des affaires des survivants au musée du mémorial de l'Holocauste. Il est souvent difficile pour les victimes de se confier et pour les conservateurs et conservatrices de musées, ces témoignages sont de véritables trésors. «Cette population représente le meilleur moyen pour transmettre les enseignements des conséquences de l'antisémitisme et de la haine», poursuit-elle.

Au mois d'avril, trois nonagénaires rescapé·es de l'Holocauste sont décédé·es des suites du coronavirus à New York: David Toren, Faye Becher et Joseph Feingold. Ces personnes ayant survécu aux camps et aux difficultés d'une période où leurs vies étaient en danger de mort n'ont pas réussi à échapper à cette nouvelle menace. Pour Stephen D. Smith, chaque décès symbolise un récit qui jamais plus ne pourra être raconté.

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