Culture

«Betty», la série qui plonge dans les rues animées d'un New York ensoleillé

Temps de lecture : 6 min

Un bouillonnement de vie à la fois familier et hors de portée.

Les protagonistes de Betty sont incarnées par de vraies skateuses. | Capture d'écran via YouTube
Les protagonistes de Betty sont incarnées par de vraies skateuses. | Capture d'écran via YouTube

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

Récemment, la réalité a pris des airs de séries dystopiques et on a parfois l'impression d'être dans un épisode bien badant de Black Mirror ou dans un préquel de The 100. Tandis que des séries ultra réalistes, tournées il y a quelques mois à peine, semblent appartenir à un univers étrangement distant. Quand on regarde Normal People, ce n'est pas seulement l'intimité et la passion de Marianne et Connell qui nous rendent envieuses mais aussi l'insouciance de leurs soirées entre ami·es et de leurs vacances au soleil. Et une série comme High Maintenance, dont toute l'action se déroule dans les rues et les appartements accueillants de New York, est devenue un vrai shot de nostalgie en plein confinement.

Dans ces créations, peu d'intrigue, pas de concept inutilement compliqué ni de cliffhangers (on a assez de rebondissements dans le JT), juste des personnages qui se parlent, se touchent et se rencontrent. C'est aussi ce qui fait le charme de Betty, la série dont on vous parle aujourd'hui. Avec son style indé, elle nous plonge dans les rues animées d'un New York ensoleillé –un bouillonnement de vie à la fois familier et hors de portée.

Cette semaine dans le podcast Peak TV, tour d'horizon des scènes de sexe dans les séries TV. Des débuts très prudes de la télé américaine à l'explosion de scènes plus explicites avec l'apparition des séries populaires HBO comme Sex and the City, Girls ou Game of Thrones, comment la sexualité dans les séries a-t-elle évolué? Quelle influence plus récente a eu le mouvement #MeToo?

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Le gros plan: «Betty» (OCS)

Dans les années 1980 et 1990, «betty» était un terme péjoratif employé pour désigner les filles qui faisaient du skate, ou qui traînaient avec des skateurs. Un terme que se réapproprie Crystal Moselle dans cette série lumineuse sur un groupe de jeunes skateuses à New York. Ces filles, toutes plus charismatiques et attachantes les unes que les autres, sont incarnées par de vraies skateuses, dans une version fictionnalisée de leur vie. À travers six épisodes aussi courts que solaires, Betty raconte ainsi les joies, les peines et les histoires de cœur de ces jeunes femmes (souvent queer), et la façon dont elles se créent un espace dans cet univers très masculin.

La question de leur genre est toujours présente, en filigrane, que ce soit dans les skateparks fréquentés en grande partie par des hommes, ou lorsque Kirt déplore que peu de filles se mettent au skate car elles sont trop intimidées. Dans le pilote, Janay raconte que lorsqu'elle était plus jeune, son chauffeur de bus faisait des commentaires déplacés sur son apparence, ce à quoi Camille lui répond: «C'est pour ça qu'on skate. Pour ne pas avoir à prendre le bus.» Dans une intrigue secondaire, la série explore aussi avec beaucoup de justesse et de sensibilité la question du harcèlement et des agressions sexuelles.

Mais Betty n'est ni un teen show traditionnel, ni une sitcom qui délivrerait à chaque épisode une morale bienveillante. Inspirée par son long-métrage Skate Kitchen, Crystal Moselle filme une nouvelle fois les mêmes actrices, avec un style naturaliste qui évoque plutôt les films de Larry Clark, 90's, ou un documentaire comme Minding the Gap. Avec une caméra toujours en mouvement, chaque épisode nous offre des moments de grâce où les jeunes femmes semblent s'envoler sur leurs skates, courent sous la pluie, dansent en pleine rue les yeux fermés, ou apprennent à des petites filles à skater. C'est une superbe série sur la jeunesse, ses après-midis insouciants, ses embrouilles vite oubliées et ses crushes dévorants. Surtout, Betty est une ode à l'entraide féminine et à la liberté; liberté de se réapproprier un sport considéré comme masculin, de s'habiller comme on veut, de coucher avec qui on veut, et de disposer de notre corps comme on le veut.

On regarde aussi

Dérapages (Arte) – Un thriller très prenant, qui nécessite cependant un seuil de tolérance à Eric Cantona très élevé.

Summertime (Netflix) – Une comédie romantique ultra prévisible, mais si vous voulez voir des Italien·nes magnifiques nager dans l'Adriatique et se rouler des pelles au soleil, c'est fait pour vous.

Upload (Amazon) – Mélange un peu raté de The Good Place et Black Mirror, la nouvelle série de Greg Daniels (The Office) manque de mordant mais on se laisse séduire par le charme des deux acteurs principaux (Robbie Amell et Andy Allo).

Le crush: Ajani Russell (Indigo dans «Betty»)

L'actrice, skateuse, mannequin et artiste de 22 ans nous hypnotise à chacune de ses apparitions à l'écran. Personne d'autre ne pourrait avoir l'air aussi cool avec des sourcils déteints et des strass sur les dents.

Peak de chaleur: quand elle se barre d'une séance de mannequinat en protestant et en profite pour garder le manteau Gucci qu'on lui avait prêté.

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On répond à toutes vos questions pour vous aider dans cette quarantaine.

«Est-ce que je dois continuer à regarder une série dont tout le monde me dit qu'elle est géniale, si je n'ai pas accroché au bout d'une saison et demie?» –Étienne

Tout simplement: non. Vous avez déjà fait un effort considérable, et si une saison et demie ne vous a pas donné envie de voir la suite, pas besoin de vous acharner. Certaines séries sont unanimement considérées comme excellentes et addictives (Game of Thrones, Battlestar Galactica, Breaking Bad), mais ce n'est pas parce que Le Reste Du Monde a déclaré qu'elles sont les meilleures séries de tous les temps que vous devez vous infliger plusieurs saisons d'un programme qui ne vous plaît pas. Peut-être que vous n'aimez pas la violence, la fantasy, les histoires de drogue... Vous avez vos raisons, et c'est très bien comme ça.

À Peak TV, notre règle est de regarder au moins quatre épisodes avant de se faire un avis sur une série –parce qu'abandonner après les dix premières minutes du pilote, c'est peut-être un peu hâtif. Mais chacun sa règle. Il y a aussi des exceptions notoires: parmi les meilleures séries des vingt dernières années se trouvent deux chefs-d'œuvre dont la première saison a découragé beaucoup de critiques et spectateurs ou spectatrices: The Leftovers et Halt and Catch Fire. Les deux séries ont vraiment trouvé leur ton et se sont surpassées à partir de leur deuxième chapitre. Dans ces cas-là, d'ailleurs, les critiques qui avaient continué à les regarder étaient là pour vous promettre que s'obstiner valait le coup.

Mais nous ne sommes pas obligé·es d'aimer les mêmes œuvres, heureusement, et l'avantage de la Peak TV, c'est qu'avec les centaines de nouvelles productions mensuelles, il y en a littéralement pour tous les goûts. Cherchez ce qui vous plaît vraiment, donnez-vous quelques épisodes avant de vous faire une opinion, et ne vous culpabilisez pas si vous n'aimez pas une œuvre que tout le monde vous dit d'aimer. La vie est trop courte pour ça.

Les 3 séries de...

Des personnalités partagent leurs séries préférées avec nous. Cette semaine, les candidats de «Top Chef»!

Mory Sacko

  • Breaking Bad«Un classique, tout simplement! Juste pour le duel au sommet White vs Fring, je dis oui.»
  • Black Mirror «Ils sont juste dans le futur! Tellement réaliste que c'en est flippant.»
  • Food Wars!: Shokugeki no Sōma«Pas une série mais un manga, mais bon tu me regroupes manga et cuisine, je signe direct!»

Diego Alary

  • Narcos «La série qui m'a incité à partir en Colombie. J'ai kiffé et j'ai vraiment retrouvé ce que j'avais vu dans la série.»
  • Breaking Bad«C'est monsieur Tout-le-monde qui devient le plus grand brigand du monde, c'est complètement loufoque.»
  • Last Chance U«Une série sur un centre de formation universitaire de football américain. Ça me rappelle le foot quand j'étais jeune.»

Mallory Gabsi

  • La Casa de Papel – «J'adore cette série, c'est plein d'action et je suis hyper stressé quand je la regarde.»
  • Narcos – «Je kiffe Pablo Escobar, pas pour tout ce qu'il a fait, mais c'est un personnage qui a beaucoup de sang-froid.»
  • Breaking Bad – «Je viens de commencer la saison 1 et ça a l'air de bien me plaire. C'est super intriguant, il y a plein de suspense.»

Ces textes sont parus dans la newsletter bimensuelle (hebdomadaire pendant le confinement) Peak TV.

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