Santé

«Ma femme est dépressive depuis toujours et alcoolique sévère depuis trois ans»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Olivier, qui culpabilise à l'idée de quitter sa femme souffrant de problèmes d'addiction.

«Son agressivité envers les autres quand elle a bu est un reflet évident de la colère qu'elle a envers elle-même.» | Johnny Silvercloud via Flickr
«Son agressivité envers les autres quand elle a bu est un reflet évident de la colère qu'elle a envers elle-même.» | Johnny Silvercloud via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je suis marié avec ma femme depuis maintenant quatorze ans et nous avons une fille de 10 ans. Ma femme est dépressive depuis toujours et alcoolique sévère depuis trois ans, malgré de nombreuses thérapies et internements. Après être passé par tous les stades du deuil de la relation, j'accepte maintenant l'idée d'une séparation.

J'ai enduré beaucoup d'agressivité, de dénigrement et d'isolement durant tout ce temps, et je n'osais pas partir pour plein de mauvaises raisons: l'appartement est à elle, la peur de ne pas savoir bien m'occuper seul de notre fille quand je la garde et de laisser notre fille seule avec elle quand c'est son tour...

J'ai bien conscience de la chance que j'ai d'avoir la force physique de mon côté: les agressions que je subis ne sont que verbales. Je me doute que la grande majorité des conjoints agressifs sont des hommes et que la violence physique doit encore être un autre niveau d'horreur.

Malgré tout, je sais bien qu'elle est profondément gentille –de la gentillesse de ces gens qui ont trop souffert dans leur jeunesse et qui ont fait profession d'aider les autres. Son agressivité envers les autres quand elle a bu est un reflet évident de la colère qu'elle a envers elle-même.

Le confinement n'est évidemment pas la bonne période pour une séparation, cela me laisse le temps de réfléchir à comment annoncer ma décision de séparation. Je souhaiterais lui faire le moins mal possible. Je sais que je vais la laisser avec ses soucis, sans emploi (elle l'a perdu quand elle a commencé à boire), même si nous avons tous les deux la chance d'être relativement à l'aise financièrement.

Comment annoncer à une personne qui n'a déjà plus grand-chose qui la rattache à la vie que l'on va la laisser tomber?

Olivier.

Cher Olivier,

Il n'y a pas de bonne façon d'annoncer une chose pareille, j'imagine. Ni dans le cas spécifique dans lequel vous êtes, ni dans aucune autre situation malheureusement.

Par contre, eu égard à l'état de votre épouse, vous devez en effet réfléchir à lui assurer un accompagnement optimal pendant et après. C'est-à-dire que, pour vous, il n'est pas envisageable d'annoncer une rupture puis de reconstruire votre vie comme si la sienne n'existait plus.

Parce que c'est la mère de votre enfant, mais aussi parce qu'elle a besoin de votre soutien pour sa survie à elle, votre épouse fera probablement toujours partie de votre vie. C'est à vous de décider dans quelle mesure vous êtes prêt à accepter cette idée et quelles sont les limites que vous voulez dresser.

La dépression et l'alcoolisme, et toutes les formes d'addiction en général, ne doivent pas faire plonger tous les membres de la famille. Ce n'est pas votre malédiction et vous avez le droit de reconstruire votre vie. D'ailleurs, il y aura probablement un temps de reconstruction après la séparation. Vous avez souffert de la situation, et ça laisse des traces.

Le sentiment de culpabilité est normal. Mais vous devez aussi penser à votre enfant, qui sera contente d'avoir un foyer équilibré sur deux, à défaut d'un seul foyer déséquilibré.

Vous devez penser à vous préserver, même si vous vous engagez quand même à soutenir votre épouse. Vous devez penser que comme ami peut-être, plutôt que comme mari, vous aurez autant d'investissement pour accompagner votre épouse dans sa guérison, si la guérison est possible.

Les personnes dépressives ont besoin d'amour pour arriver à trouver la force de supporter la thérapie, mais rien ne dit que cet amour doit obligatoirement être marital.

Si votre mariage n'a plus de sens pour vous, alors vous pouvez lui offrir en échange une amitié indéfectible. Et puisque vos mots semblent baignés de respect pour elle, il me semble que cette nouvelle relation commence déjà sous les meilleures auspices.

Être séparée ne signifie pas être abandonnée: elle le croira probablement au départ, mais votre comportement doit la rassurer.

N'hésitez pas non plus à vous faire accompagner par un·e professionnel·le dans cette période. Même si pendant des années, votre vie a été tournée vers l'état de votre compagne, vous devez avoir un espace où exprimer vos sentiments.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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