Santé

Coronavirus: alerte sur une maladie mystère touchant les enfants

Temps de lecture : 5 min

On s'inquiète, en France notamment, devant l'émergence d'une maladie affectant le muscle cardiaque d'enfants souvent infecté·es par le SARS-CoV-2. Aucune explication n'est encore disponible.

Le lien entre ces nouveaux symptômes et le Covid-19 doit encore être établi. | Josep Lago / AFP
Le lien entre ces nouveaux symptômes et le Covid-19 doit encore être établi. | Josep Lago / AFP

C'est la dernière et troublante interrogation en date face à une nouvelle infection virale qui en comporte déjà beaucoup. Alors qu'on les tenait généralement comme naturellement protégés contre le Covid-19, les enfants sont-ils désormais menacés par une maladie rare, complexe et potentiellement grave, une pathologie proche de celle connue des spécialistes sous le nom de maladie de Kawasaki, du nom du pédiatre japonais qui l'a identifiée il y a plus d'un demi-siècle?

Peu avant la France, la première alerte avait été lancée en Grande-Bretagne par Matt Hancock, secrétaire d'État à la Santé à la Protection sociale. «C'est une nouvelle maladie qui, selon nous, peut être causée par le coronavirus, a-t-il déclaré le 28 avril à la radio LBC, sans nullement cacher son inquiétude. Nous ne sommes pas sûrs à 100% parce que certaines des personnes qui l'ont contractée n'ont pas été testées positives [au coronavirus]. Nous faisons donc actuellement beaucoup de recherche. Mais c'est quelque chose qui nous préoccupe.»

Les autorités sanitaires britanniques se sont pour l'heure bornées à évoquer «un petit nombre de cas». «Il s'agit d'une maladie très rare, mais je pense qu'il est tout à fait plausible que cela soit dû à ce virus, du moins dans certains cas», déclare le 27 avril Chris Whitty, le chef des services sanitaires, lors de la conférence de presse quotidienne du gouvernement britannique sur le coronavirus. Le même jour, la société britannique de soins intensifs pédiatriques (PICS) relaie une alerte du service public de santé anglais, NHS England, concernant une petite augmentation du nombre de cas d'enfants gravement malades, certains atteints du Covid-19.

De cinq à douze enfants hospitalisés

Le même phénomène est observé depuis peu en France, notamment dans certains services parisiens de réanimation. Il vient d'être officiellement rendu public. Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, se dit d'ores et déjà «préoccupé».

Une alerte a d'abord été adressée aux autorités sanitaires par les cinq services de réanimation pédiatrique d'Île-de-France, lundi 27 avril, précise Le Monde. Les sociétés savantes, dont la Société française de pédiatrie, la Société francophone de rhumatologie et de médecine interne pédiatrique et le Groupe francophone de réanimation et urgences pédiatriques (GFRUP) ont également adressé mercredi 29 avril une alerte aux professionnel·les de santé. Une quinzaine ou une vingtaine de cas, touchant des enfants âgé·es de 2 à 15 ans, auraient déjà été recensés en France.

«Plus d'une dizaine de patients de 5 à 12 ans sont hospitalisés à l'hôpital Necker, sans aucune comorbidité. On ne peut pas parler d'afflux, mais on a un nombre important de patients qui présentent les mêmes symptômes», explique au Monde le Pr Mehdi Oualha, pédiatre réanimateur à Necker.

«Nous n'avons absolument pas d'explication médicale à ce stade.»
Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé

De même, quatre enfants de moins de 10 ans sont ou ont été hospitalisés dans les services de réanimation à Robert-Debré, trois à Trousseau, cinq ou six à Bicêtre. Quelques cas auraient été signalés ailleurs en France. Les médecins britanniques et français commencent d'ores et déjà à partager leurs observations avec leurs homologues italiens, qui ont observé des syndromes similaires à Bergame. Des cas sont en outre déjà rapportés en Espagne et en Suisse.

«Les enfants présentent des symptômes de fièvre, des symptômes digestifs et une inflammation vasculaire assez générale qui peut provoquer une défaillance cardiaque, a expliqué Olivier Véran sur France Info le 29 avril. À ma connaissance aucun enfant heureusement n'est mort de ces complications qui sont des maladies assez rares qui peuvent s'accompagner d'une inflammation du cœur.» Le ministre a ajouté que certains de ces enfants «en France comme en Angleterre, mais pas tous, se sont révélés porteurs du coronavirus». «Je prends ça très très au sérieux, a-t-il souligné. Nous n'avons absolument pas d'explication médicale à ce stade. Est-ce qu'il s'agit d'une réaction inflammatoire qui vient déclencher une maladie préexistante chez des enfants atteints par ce virus ou d'une autre maladie infectieuse? Il y a beaucoup de questions.»

Symptôme des inquiétudes françaises, Olivier Véran a décidé de mobiliser la communauté soignante et scientifique nationale et internationale. Objectif: disposer du maximum de données possible pour voir s'il y a lieu de faire un lien entre le SARS-CoV-2 et cette entité pathologique; une entité que personne semble-t-il n'avait jusqu'ici observée depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Établir un lien avec le SARS-CoV-2

Interrogé sur la réouverture prévue des écoles à partir du 11 mai, à la lumière de ces nouveaux éléments médicaux, Olivier Véran a rappelé que le Covid-19 touchait peu les enfants et que les cas graves concernaient ceux qui souffraient le plus souvent de maladies sous-jacentes. Or, précisément, tel n'est pas le cas des enfants aujourd'hui affectés par ce syndrome.

Le premier rapprochement effectué par les spécialistes concerne la maladie de Kawasaki, entité elle-même mystérieuse à plusieurs égards, caractérisée par un tableau inflammatoire et de nombreux symptômes, notamment cardiaques. Il s'agit d'une maladie très rare, touchant les très jeunes enfants et plus fréquente au Japon que dans le reste du monde (1cas/12.000 au Royaume-Uni, 1/6.000 aux États-Unis, et 1/1.000 au Japon).

Cette maladie associe à une fièvre constante des signes touchant la peau et les muqueuses (conjonctivite, pharyngite, langue framboisée, éruption cutanée, desquamation des extrémités) et des ganglions cervicaux. Plusieurs théories infectieuses ont été avancées mais sa cause première demeure inconnue, et il n'existe pas de test diagnostic spécifique à disposition.

Pour tenter de comprendre au mieux et au plus vite, un registre national des cas connus est en train d'être constitué.

Identifiée au plus vite, la maladie évolue le plus souvent favorablement en deux à trois semaines (la mortalité est comprise entre 0,5% à 2,8%) mais certain·es jeunes patient·es peuvent souffrir ultérieurement de complications cardiaques ou immunitaires.

La question centrale, pour l'heure est de savoir si ces cas sont liés à l'infection par le coronavirus SARS-CoV-2. La plupart des enfants touchés ont été testés positifs, mais pas tous –une donnée qui doit intégrer la fiabilité relative des tests utilisés. Pour la plupart des spécialistes interrogé·es, il existe bel et bien une corrélation entre cette infection virale et ce nouveau tableau clinique; pour autant rien ne permet d'affirmer qu'il existe une causalité, une relation directe de cause à effet.

Est-ce la manifestation directe du caractère pathogène du virus ou l'une des conséquences des perturbations qu'il induit au sein du système immunitaire de l'organisme qu'il a infecté? Pour tenter de comprendre, au mieux et au plus vite, un registre national des cas connus est en train d'être constitué. On devrait ainsi établir de manière solide l'existence et la nature d'un lien avec le nouveau coronavirus.

La perspective du retour à l'école

En toute hypothèse, ce ne serait pas la première découverte d'une manifestation initialement inattendue de ce cette infection virale. On découvre en effet progressivement depuis trois mois que le SARS-CoV-2 peut, outre l'appareil pulmonaire, toucher différents organes, comme le système nerveux central, le foie, le cœur, les yeux ou le système digestif.

Le hasard veut, aujourd'hui, que cette nouvelle alerte concerne directement des enfants que l'on croyait pleinement protégés –et ce au moment même où, en France, le Premier ministre Édouard Philippe vient de présenter la stratégie gouvernementale de déconfinement; une stratégie marquée, si les parents en décident ainsi, par un retour massif d'enfants dans les espaces scolaires.

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