Société

Le train de l'histoire nous a rattrapés

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Nous ignorons encore si nous sommes victimes d'un simple accident de terrain ou si nous nous trouvons à la veille d'un immense chambardement.

Le virus nous a pris par surprise. | Edwin Hooper via Unsplash
Le virus nous a pris par surprise. | Edwin Hooper via Unsplash

Pour les gens de ma génération, ceux nés dans les années 1960 ou même après, la vie jusqu'à l'apparition de cette pandémie a ressemblé à un long faux plat disputé sous des auspices plus ou moins avenants. Je ne dis pas que ce fut nécessairement une période heureuse –le sida, le chômage de masse, la précarité, le terrorisme furent autant d'épreuves à surmonter– mais comparée aux époques précédentes, toutes pleines de bruit et de fureur, de guerres et de morts par millions, de déplacements de population et de génocides, la nôtre, à bien des égards, se déroula dans un relatif confort.

Collectivement, hormis les épisodes sanglants des dernières attaques terroristes, nous n'avons rien connu qui puisse nous mettre à genoux. Nos existences ne furent pas forcément prospères –nous avons tous connu des accidents de vie– mais dans l'ensemble, vivant dans un monde relativement stable bâti sur les cendres des deux guerres mondiales, nous avons eu cette chance incroyable de vivre en paix, à l'ombre des grandes tragédies qui endeuillèrent les siècles passés.

Oui dans une large mesure, nos vies ont été paisibles. Notre niveau de vie progressait, notre espérance de vie aussi, et même si tout n'était pas rose, nous pouvions envisager l'avenir avec confiance et détermination. Malgré les tentations populistes, les sociétés tenaient bon et si les problèmes ne manquaient pas, si les accès de colère se multipliaient, si les inégalités se développaient, notre socle démocratique partagé par le plus grand nombre permettait à chacun d'entre nous d'aller dans la vie sans rencontrer d'obstacles majeurs, du moins pas de nature à menacer nos équilibres vitaux.

Et voilà que le virus nous a pris par surprise et que d'un coup, l'histoire s'est réveillée.

Nul ne sait encore ce qui sortira de cette pandémie mais confusément nous sentions bien que nous avons changé d'ère, que ce qu'hier encore nous tenions pour acquis ne l'est plus forcément. Nous nous sentons traversés par le souffle de l'histoire, et ballottés comme jamais, nous n'arrivons plus à imaginer un avenir qui assurerait pour nous tous paix, calme et sécurité. Quelque chose a déraillé et le monde entier, de Paris à New York, de Bagdad à Bombay, s'est mis à bégayer.

Nous avons dévissé et nous ignorons encore si nous sommes victimes d'un simple accident de terrain ou si nous nous trouvons à la veille d'un immense chambardement qui mettra en péril notre façon d'être au monde. Nous vivons tous des situations compliquées, nous nourrissons tous des inquiétudes personnelles, des angoisses intimes, un infini sentiment de perplexité sans qu'il nous soit possible de déterminer avec exactitude la gravité de la situation.

Et cette incertitude à laquelle nous n'étions pas préparés nous plonge dans une sorte de sidération, un flottement généralisé qui colore nos vies d'un bien étrange aspect, une irréalité qui parfois prend les allures d'un cauchemar éveillé. Où serons-nous dans deux mois, dans six mois, l'année prochaine? Nul ne le sait.

Les désastres économiques qui s'annoncent, une fois la stupeur passée, plongeront-ils nos sociétés dans un chaos annonciateur de changements institutionnels radicaux, prélude à des temps assassins, ou bien entraîneront-ils un élan de solidarité, un vrai partage des richesses, capable de nous faire passer l'obstacle sans trébucher? La mort arrêtera-t-elle sa propagande ou continuera-t-elle à se répandre comme une force maléfique et invincible? Serons-nous assez forts collectivement pour affronter sans flancher cette pandémie ou bien nous jettera-t-elle plus bas que terre, dans le ravin des déconstructions mortifères?

À ces questions cruciales, personne n'a encore la réponse.

Nous avons juste le sentiment d'avoir été percutés par l'histoire et face à cet assaut imprévu, nous vacillons dans nos certitudes. Les morts chaque jour recensés nous endeuillent un peu plus; les chiffres du chômage semaine après semaine un peu plus éloquents nous affolent. Comme une dépression qui nous aspirerait vers le bas sans qu'il nous soit possible de nous raccrocher à un quelconque espoir si ce n'est celui d'un hypothétique et lointain vaccin.

Le train de l'histoire nous a rattrapés.

À nous de veiller qu'il ne déraille pas.

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