Sports

En période de confinement, l'industrie du sport fait un bond dans le passé

Temps de lecture : 5 min

Pour combler l'absence de compétitions sportives, les chaînes de sport et les clubs diffusent des images d'archives pour conserver audience et fans.

L'équipe de France de football célèbre sa victoire en Coupe du monde, le 15 juillet 2018 à Moscou. | Franck Fife / AFP
L'équipe de France de football célèbre sa victoire en Coupe du monde, le 15 juillet 2018 à Moscou. | Franck Fife / AFP

Avec le confinement en vigueur depuis le 17 mars en France pour ralentir la propagation de l'épidémie de Covid-19, le monde du sport a vu s'effacer son présent. Toutes les compétitions sont actuellement à l'arrêt et aucune date de reprise n'a encore été décidée, malgré le discours d'Emmanuel Macron du 13 avril sur une possible sortie du confinement le 11 mai qui ouvre une porte encore incertaine à une reprise de certaines compétitions sportives à partir de la mi-juillet.

Pour l'industrie du sport qui tourne 365 jours par an, l'arrêt de toutes les compétitions depuis la mi-mars est une catastrophe économique. Les clubs ne peuvent plus compter sur les recettes de billetteries et certaines chaînes télé comme Canal+ ou beIN Sports ont suspendu leurs paiements à la Ligue de football professionnelle pour les diffusions de matchs. Pour les fans, qui voient souvent leur vie rythmée par les événements sportifs –Tour de France en juillet, Ligue des champions de football en milieu de semaine, etc.– la période de confinement a également quelque chose de morne.

Sans contenu à diffuser depuis la mi-mars, les chaînes de sport ont donc décidé de faire un saut dans le passé pour ne pas perdre leur audience. Depuis quelques semaines, beIN Sports, la chaîne L'Équipe ou encore Eurosport proposent de vivre dans des conditions de direct des étapes des derniers Tours de France ou des matchs marquants des équipes de France.

Dans le rayon vélo, il a par exemple été possible de suivre les coups de pédale de Thomas Voeckler sur le Tour de France 2011 ou les éditions des années 1990 de la classique Paris-Roubaix. Cela n'a pas manqué de faire réagir certaines équipes du peloton qui ont rendu hommage à leurs anciens vainqueurs sur les réseaux sociaux.

«Rassembler les gens autour de la mémoire collective»

Pour les chaînes de sport, rediffuser des événements sportifs est à la fois une solution pour remplir leur grille en l'absence de compétitions, mais aussi pour continuer à attirer une audience en mal de sport avec le confinement. «Nous avons décidé de passer des rediffusions dès que le confinement a été décrété. L'idée est de rassembler les gens autour de la mémoire collective. Les chaînes généralistes vont diffuser des grands classiques du cinéma, alors pour les chaînes de sport cela sera plutôt les matchs de légende. On s'aperçoit aussi que l'usage de la télévision n'a jamais été aussi fort que pendant cette période de confinement», explique Jérôme Saporito, le directeur de la chaîne L'Équipe. Le succès est au rendez-vous.

La rediffusion du match France-Argentine, le huitième de finale de la Coupe du monde 2018, a ainsi rassemblé 560.000 téléspectateurs et téléspectatrices. C'est tout simplement la deuxième meilleure audience en 2020 en prime-time pour la chaîne. Qu'est-ce qui plaît tant aux fans de sport, qui connaissent pourtant le dénouement de tel ou tel match, dans ces rediffusions?

«Je pense que là où j'ai le plus plaisir, c'est de revoir un match de l'époque de mon enfance. C'est comme replonger dans ma jeunesse où je suivais le foot avec une passion extrême. Je me souviens par exemple davantage des matchs de l'équipe de France lors de la Coupe du monde 1998 que ceux de la Coupe du monde 2014», témoigne Adrien, 27 ans, fan de football et supporter de l'OGC Nice. «Pendant le confinement, il y a aussi chaque soir sur la chaîne YouTube de l'OGC Nice des rediffusions de matchs. C'est un plaisir de revoir les grands matchs du début des années 2000 quand Nice avait accédé à la Ligue 1. Ce sont des souvenirs d'enfant. J'étais émerveillé à l'époque», poursuit-il.

Pour Guillaume, coincé dans son studio parisien pendant le confinement, ces rediffusions sont un sparadrap pour lutter contre l'ennui. «La période est particulière. Le temps s'est arrêté. Tu te crées un autre rythme où le dimanche ressemble au mardi. Revoir des vieux matchs, ça permet de passer le temps», dit-il, lui qui suit d'habitude de près la Ligue 1 de football.

«Il faut savoir se réinventer sur les réseaux sociaux»

Comme pour les compétitions actuelles, il existe un marché des droits télé pour les rediffusions. Évidemment, acquérir les droits d'une épreuve des années 1980 coûte beaucoup moins cher que d'acheter ceux d'un événement à venir, comme la prochaine saison de Ligue 1. Pour rassembler le plus large public possible, les chaînes sportives en clair comme L'Équipe visent donc des «moments de mémoire collective», qui peuvent parler à différentes générations.

«Si je regarde France-RFA 1982 avec mon fils, je vais pouvoir lui raconter pourquoi ce match a été si important pour toute une génération, pourquoi le ballon ou les maillots ressemblaient à ça à l'époque… Et devant un match de la Coupe du monde 2018, on va à l'inverse se remémorer ensemble nos bons souvenirs vécus ensemble», juge Jérôme Saporito.

Le retour de matchs vieux de dix, vingt, trente ou quarante ans à l'écran est aussi l'occasion d'entendre les voix du passé. «Ce que j'aime, c'est revoir des images avec les commentaires de l'époque. Un résumé d'un match de la Coupe du monde 2014 avec une musique en fond sur YouTube, ça ne m'intéresse pas», confie Guillaume, supporter du FC Nantes côté terrain.

Des clubs ou des fédérations sportives suivent la même logique pour garder un lien avec leurs fans. Clovis Museux est le community manager de la Fédération française de rugby. «Dans une période comme ça où le sport en direct à la télé n'existe plus, il faut savoir se réinventer sur les réseaux sociaux et donc se servir des contenus déjà existants pour proposer à notre public des choses qu'il est susceptible d'aimer! C'est pour ça que depuis trois semaines maintenant, nous avons lancé le programme #UnJourUnEssai dans lequel nous proposons de revoir chaque jour à 18h30 un essai remarquable», décrit-il. Il regarde lui-même des rediffusions d'anciens matchs des équipes de France de rugby.

Cet essai de Sébastien Chabal en 2007 contre la Namibie est par exemple l'occasion de se rappeler que cet ancien international français qui jouissait d'une cote de popularité énorme parmi le public était salué par de grands «ouhhh» qui montaient des tribunes à chacun de ses exploits ballon en main.

Des images d'archives à l'écran au moins jusqu'en juillet

Si elles proposent à l'écran des matchs joués par l'équipe de France, comme beIN Sports qui du 17 au 22 mars a rediffusé l'ensemble du parcours des Bleus lors de la Coupe du monde 2018, les chaînes payantes offrent aussi quelques chose de différent avec des rediffusions plus pointues qui s'adressent à leurs abonné·es. Diffuseur de nombreuses courses du calendrier cycliste, Eurosport a par exemple choisi de remettre à l'écran de vieilles éditions de Paris-Roubaix ou même des épreuves des Jeux olympiques 2000 de Sydney.

La litanie d'images sorties des archives devrait se poursuivre au même rythme dans les prochaines semaines. «On va continuer à diffuser des matchs de football, mais aussi des émissions sur l'histoire du sport. On avait d'ailleurs diffusé au début du confinement les grands moments sportifs de légendes du sport français, comme Teddy Riner, c'est quelque chose qu'on va refaire», annonce Jérôme Saporito, le patron de la chaîne L'Équipe.

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