Santé / Société

Comment les associations d'aide aux sans-abri gèrent la crise du Covid-19

Temps de lecture : 5 min

Après la sidération et la confusion du début, place à l'organisation: le minimum vital doit être assuré en toute sécurité, le lien social devient un bonus.

Les associations multiplient exceptionnellement les maraudes pendant le confinement. | Rachida Zafati
Les associations multiplient exceptionnellement les maraudes pendant le confinement. | Rachida Zafati

L'appel du 18 mars marquera peut-être certains esprits dans le milieu associatif. Ce jour-là, les Restos du cœur diffusent sur tous les réseaux sociaux: «Nous avons besoin de bénévoles en renfort! Pour certaines de nos activités, nous sommes dans un schéma de fonctionnement d'aide humanitaire d'urgence.»

Ce n'est pas la seule. Autremonde, une association de quartier parisienne qui tisse du lien social avec des personnes en situation de précarité et des migrant·es, envoie un email à ses adhérent·es pour se mobiliser auprès des rares ONG actives en cette période de confinement: «Elles sont en sous-effectif et s'épuisent.» Retour sur ces semaines noires où des associations ont vu leur organisation chamboulée pour redevenir une aide humanitaire d'urgence auprès des personnes les plus démunies.

Bug social

«Il y a d'abord eu un moment de sidération pour tout le monde», confie Yannick Le Bihan, directeur des opérations France à Médecins du monde. «Le Covid-19 a complètement désorganisé notre système. Nous travaillons avec des bénévoles [2.000 pour une centaine de salarié·es, ndlr] d'un certain âge. Puisqu'ils sont directement concernés par le virus, nous ne pouvions plus les mettre en avant.» Même difficulté du côté des Restos du cœur dont les bénévoles ont habituellement entre 60 et 70 ans.

Autre problème lié à l'annonce du confinement: la fermeture nécessaire des centres d'accueil et des cantines recevant d'ordinaire des centaines de personnes par jour, trop propices à la propagation de l'épidémie. À la fondation de l'Armée du salut, l'un des deux centres d'accueil de jour à Paris est une ancienne station de métro, ne disposant que d'une entrée et sans aération. Il a donc fallu la fermer. «C'est un désastre parce qu'il accueillait un public très désocialisé, des hommes seuls sans abri», se désole Gilles Pineau, directeur des accueils de jour. L'association Autremonde a aussi dû cesser ses activités.

Pendant que la confusion règne, le besoin en face est inédit. «Ne pouvant plus faire la manche qui était souvent leur unique source de revenus et avec les distributions alimentaires perturbées, les sans-abri se sont retrouvés démunis. Pendant quelques jours, ils ont été les grands oubliés des autorités», décrit Yannick Le Bihan. «C'était la désolation à Paris, témoigne Raffaele Della Croce, président d'Autremonde. Il n'y avait personne dans les rues hormis des sans-abri qui avaient un besoin urgent de manger, d'avoir des duvets, de l'eau... Ceux qui comprenaient les enjeux du virus nous demandaient comment respecter les conditions d'hygiène. Il y avait besoin d'une intervention concrète et urgente.»

Générations Y et Z appelées en première ligne

C'est ainsi que des associations lancent un appel à l'aide sur les réseaux sociaux auprès des plus jeunes. «Nous avons reçu une centaine de réponses dès le premier jour. En quelques jours nous étions à 500, puis à 1.000», rapporte Guilhem Tabarly, responsable du bénévolat à Paris des Restos du cœur, impressionné par cette mobilisation immédiate.

À l'inverse, Autremonde regorge de jeunes bénévoles. Elle appelle alors ses 400 adhérent·es à rejoindre d'autres associations en sous-effectif comme les Enfants du canal ou encore la fondation de l'Armée du salut. Pour cette dernière, même si son second centre à Jaurès (XIXe arrrondissement de Paris) reste ouvert, il demeure menacé de fermeture. Le voisinage s'est plaint auprès de la mairie de l'attroupement de sans-abri autour du centre. L'association a donc fait appel à des bénévoles pour veiller à ce que les équipes soient vigilantes aux distances.

Deux bénévoles d'Autremonde distribuent des paniers repas fournis par la protection civile. | Rachida Zafati

Autre décision pour éviter les contacts: se limiter aux activités de première nécessité. «Nous nous sommes restreints à l'accueil café, l'impression d'attestations et l'accès à l'hygiène (douches et toilettes). Nous avons suspendu l'accompagnement social et même interdit la possibilité de recharger les téléphones», raconte le directeur.

Il en est de même pour les Restos du cœur, qui au départ n'avaient même pas de masques. «Il a été décidé que les personnes accueillies ne devaient plus rester sur le site. C'était la seule solution pour continuer à distribuer des repas, même si cela crée une distance entre bénévoles et personnes accueillies qui n'existe généralement pas sur nos distributions, admet Guilhem Tabarly. Nous nous sommes focalisés sur la nourriture sous la forme de paniers-repas. Fini les soupes et cafés qui contribuent en temps normal à créer du lien social.»

Seule l'association humanitaire La Chorba a maintenu un système de cantine classique à la Villette (XIXe arrondissement de Paris) pour distribuer des soupes chaudes à volonté. Le flux est régulé, les personnes ne sont plus les unes en face des autres et des bénévoles nettoient les tables au gel hydroalcoolique entre les passages.

Actions mobiles

L'association Médecins du monde multiplie de son côté les maraudes auprès des personnes dans les rues, les squats et les campements de migrant·es. «Avec l'arrêt de la mendicité et la perturbation des distributions alimentaires, ils ont arrêté de se déplacer», explique Yannick Le Bihan. L'objectif: s'assurer que ces populations reçoivent le minimum de soin nécessaire et faire le lien avec les hôpitaux en cas de suspicion de Covid-19 ou toute autre pathologie.

De nouveaux acteurs internationaux –Médecins sans frontières, Action contre la faim et Solidarité internationale– sont venus en renfort pour assurer l'aide alimentaire d'urgence et l'accès à l'eau. La fondation de l'Armée du salut est elle aussi sollicitée pour assurer la distribution alimentaire dans les bidonvilles comme à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) et dans des campements de Roms alors que cela ne fait pas partie de ses activités. «Là-bas, nous sommes revenus à une situation humanitaire comme en Afrique», atteste Gilles Pineau.

À Paris, Autremonde reprend aussi du service avec des maraudes tous les soirs. En avril, l'association distribue une soixantaine de plateaux-repas quotidiennement, fournis par la Protection civile.

Les choses semblent désormais se stabiliser. «La situation est sous contrôle, indique pour sa part Guilhem Tabarly. Nous avons des masques et des gants, ainsi que des bénévoles ou salariés dédiés au respect des distances dans les files d'attentes. Nous avons également plus de 1.000 nouveaux bénévoles qui s'ajoutent à nos bénévoles d'avant la crise pour poursuivre sans interruption notre activité alimentaire. Et le nombre de propositions continue d'augmenter!»

Yannick Le Bihan confirme l'amélioration mais se montre moins enthousiaste: «Ce n'est pas parfait et ça varie selon les autorités locales mais ça va mieux. En revanche, nous arrivons à bout dans la protection de nos équipes et nous ne sommes toujours pas en capacité de distribuer des masques.»

Quid du lien social aux temps du Covid?

Quand le confinement a été prolongé, les associations ont réfléchi à la manière de maintenir un lien social avec ces populations vulnérables. «Sinon, il sera difficile de le retrouver avant longtemps», prévient Gilles Pineau. Les centres d'accueil, de soins et d'orientation de Médecins du monde ont partiellement rouvert et se transforment en accueil téléphonique afin d'assurer un suivi et une prévention à distance aux habitué·es. «Nos médecins plus âgés restent ainsi actifs sans être en danger», précise Yannick Le Bihan.

La fondation de l'Armée du salut propose depuis peu du soutien scolaire et des loisirs dans les centres d'hébergement où des bénéficiaires se sentent isolé·es et angoissé·es. Autremonde réfléchit quant à elle à recréer du lien social via le téléphone: chaque membre a la responsabilité d'appeler une personne pour prendre de ses nouvelles si elle est hospitalisée, malade ou tout simplement déprimée dans les foyers. De quoi remettre un peu de douceur en ces temps de crise.

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