Santé / Sciences

«Il pense que les fantasmes doivent rester des fantasmes»

Temps de lecture : 6 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Flora, qui souhaite multiplier les expérimentations sexuelles, à la différence de son conjoint, qui n'en ressent ni l'envie ni le besoin.

«Nous nous empêtrons dans un immobilisme qui ne me convient pas.» | Flóra Soós via Flickr 
«Nous nous empêtrons dans un immobilisme qui ne me convient pas.» | Flóra Soós via Flickr 

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 37 ans, je suis en couple depuis plus de quinze ans, j'ai deux enfants.

Tout commence il y a un peu plus de trois ans, lorsque j'ai rencontré D. à l'anniversaire d'une amie. Un coup de foudre aussi soudain que réciproque. Je cède à ce flirt, quelques instants. Rien que du flirt, mais je me sens alors envahie par un tsunami d'émotions; cette relation se poursuit ensuite de façon virtuelle, et seulement virtuelle, car cet homme décline mes avances de rencontre. Au bout de deux ans de ce flirt virtuel, souhaitant l'oublier, je m'inscris sur un site de rencontres, curieuse de voir quel genre d'hommes s'y trouvent, quel genre de relations peut émerger, si je saurai séduire...

C'est le début d'un tourbillon infernal. Je plais, je rencontre des hommes, beaucoup. Je me plais à vivre tout un tas de relations différentes, car c'est cela qui m'intéresse: explorer des relations différentes, et m'enrichir de cet univers érotique où je me découvre moi-même.

Au bout de quelques mois, mon conjoint découvre l'une de mes liaisons. Une seule. C'est très difficile pour lui, mais je lui explique mon besoin de découvrir d'autres corps, et d'explorer une nouvelle forme de sexualité. Je lui explique que cela ne remet pas en cause mes sentiments pour lui, parce que je sépare très bien le sexe des sentiments. Il me demande d'arrêter, mais je continue en cachette, car je n'ai pas fini ce chemin de découvertes, et je sens que c'est une pulsion extrêmement puissante qu'il faut que je suive. Il le découvre à nouveau, c'est la catastrophe. Je consulte alors un psy, pensant ne pas être normale, mais je ne trouve pas la totalité des réponses.

Je décide alors de parler à mon conjoint de mon désir de vivre mes désirs à l'extérieur de notre couple, avec son consentement. Nous réfléchissons, nous lisons beaucoup au sujet du couple libre, et il accepte que nous essayions. Je me sens alors plus amoureuse de lui que jamais, tant cette ouverture d'esprit me touche. Mais trois mois plus tard, alors qu'il ne fait pas de rencontres, il souhaite arrêter. Ce n'est pas un séducteur, et faire l'amour avec moi lui suffit, me dit-il.

Je veux alors essayer de lui faire découvrir certaines de mes découvertes et je l'emmène dans un club échangiste, je lui fais part de mon désir de soumission, de mon désir de pluralité notamment. Rien n'y fait, il ne veut plus entendre parler de club, et il pense que les fantasmes doivent rester des fantasmes.

Je suis alors en colère contre lui, et je trouve qu'il est injuste de me priver de ce plaisir, qui pour moi est bien plus qu'un plaisir, car j'ai le sentiment que c'est ma nature profonde.

Mais je me plie à sa demande, après tout il a essayé, alors je me dois aussi de stopper ces relations. Les semaines passent et je ne le désire plus, mais je consens toutefois aux relations sexuelles pour qu'il reprenne confiance, pour le rassurer sur mes sentiments, et je lui en veux encore de ne pas accepter cette particularité que je me suis découverte. Je me sens vide à côté de lui, comme anesthésiée, et je suis au bord d'un état semi dépressif.

Nous en reparlons. Je lui dis que mon désir pour lui est fluctuant, je lui dis que je lui en veux; nous consultons un psy ensemble, une fois.

À la suite de ce rendez-vous, je reprends mes aventures cachées, en diminuant drastiquement le nombre de mes partenaires ainsi que la fréquence de ces moments volés. Je poursuis l'ascension de mon échelle érotique, je continue de découvrir le plaisir féminin, la pluralité, la domination/soumission, le bdsm, les clubs échangistes, les créations photographiques et épistolaires. Je me sens mieux, je revis, je me sens à présent pleine de maturité dans cette double vie que je contrôle beaucoup mieux, et petit à petit je retrouve un peu de désir pour mon homme.

Mais le temps passe, et je ne peux m'empêcher de penser souvent qu'il est bien dommage que nous n'ayons pu faire de cet adultère un levier pour notre couple. Nous sommes redevenus comme avant, avec la même façon de faire l'amour, et nous nous empêtrons dans un immobilisme qui ne me convient pas. Je lui ai tout de même parlé de shibari dernièrement, et il a accepté que nous prenions des cours. Il apprécie, mais là encore, nos imaginaires sont diamétralement opposés.

Je n'ose plus aborder le sujet de mes envies, car chacune de mes tentatives s'est soldée par un échec. C'est devenu maintenant tabou entre nous. Nous n'en parlons plus, nous faisons comme si rien ne s'était passé. Nous faisons en sorte d'être heureux, et je crois que nous le sommes, bienveillants l'un envers l'autre, et notre quotidien est agréable.

Mais j'ai toujours cette gêne permanente... car du coup, je lui cache qui je suis vraiment…

Malgré le fait que j'arrive à trouver un certain équilibre entre ma vie rassurante de mère et d'épouse et ma vie parallèle, je me demande comment cela va évoluer, et si je suis condamnée à ne jamais évoluer dans mon couple, et au-delà, condamnée à être à ses côtés celle que je ne suis qu'à moitié.

Flora

Chère Flora,

Imaginez que vous soyez passionnée de reconstitutions historiques. Tous les week-ends, vous vous costumez et vous allez rencontrer des gens qui partagent votre amour pour l'histoire. C'est une passion qui vous prend beaucoup de temps, qui vous enrichit et qui vous rend heureuse. Sauf que celui qui partage votre vie n'a aucune envie d'aller enfiler des chausses et une robe de bure à chaque fin de semaine ou même de faire semblant d'être au Moyen Âge. Il l'a fait une poignée de fois pour vous faire plaisir mais au bout d'un moment il n'a pas caché que pour lui ça n'avait aucun sens. Et vous avez fini par aller faire vos reconstitutions toute seule.

C'est ce que font des dizaines de couples en réalité. Monsieur ou Madame est fan de tuning, de triathlon, de trains électriques, de randonnée en moto, de reconstitutions, de jeux de rôles, de jeux de société… et si cette passion est forte, elle perdure sans toutefois être partagée.

Je pense que votre approche de la sexualité et de ses multiples possibilités est un peu comme une passion qui n'appartiendrait qu'à vous. Bien sûr que vous avez envie de la partager avec l'homme que vous aimez mais si ce n'est pas possible alors vous devez l'accepter. Vous avez la chance d'être heureuse dans deux aspects de votre vie. Il se trouve que ces deux faces sont inconciliables. Cela arrive parfois.

Vous ne cachez rien puisque vous laissez la porte ouverte à votre partenaire pour découvrir votre univers. C'est lui qui fait le choix de ne pas s'aventurer outre mesure dans vos passions. Et vous devez respecter ce choix. L'un et l'autre avez essayé et il semble que cela ne fonctionne pas. C'est à vous deux de retrouver de la sérénité dans votre couple et d'organiser au mieux vos temps à deux et vos plages de liberté.

Vous devez mesurer la force de vos sentiments et la comparer à votre désir de liberté sexuelle partagée avec un partenaire de vie. Certain·es y arrivent, pourquoi pas vous? Seulement, cela impliquerait des bouleversements qu'il faut prendre en compte. Ce sont des questions importantes: pouvez-vous être totalement heureuse en couple avec votre compagnon et un épanouissement sexuel que vous trouveriez à part? Avez-vous à tout prix besoin de partager votre univers avec votre partenaire de vie? Il n'y a pas de mauvaise réponse à ces interrogations. Il s'agit juste d'un choix capital et dont vous seule détenez la clé.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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