Culture

«Run», la série qui nous permet de nous évader

Temps de lecture : 7 min

Coproduite par Phoebe Waller-Bridge, la série de la Britannique Vicky Jones retrace une folle escapade amoureuse, bien moins simple qu'il n'y paraît à première vue.

Domhnall Gleeson et Merritt Wever, irrésistibles dans Run. | Capture d'écran via YouTube
Domhnall Gleeson et Merritt Wever, irrésistibles dans Run. | Capture d'écran via YouTube

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

Ces dernières semaines… Non, on plaisante, on ne va pas vous parler de ces dernières semaines. On ne ne sait pas vous, mais nous, on a atteint nos limites. On vous promet donc une newsletter 100% corona-free (c'est d'ailleurs la dernière fois que ce mot va être prononcé).

Heureusement, les séries sont là pour nous changer les idées. Et si l'avenir d'Hollywood est incertain sur le long terme, les semaines qui viennent nous promettent de très belles sorties.

Normal People, l'adaptation très attendue du best-seller de Sally Rooney, sortira le 29 avril sur Hulu, tandis que Snowpiercer arrivera à la mi-mai sur la chaîne américaine TNT.

Il y a aussi l'excellente Mrs. America, avec Cate Blanchett, Rose Byrne et Uzo Aduba, qui démarre dès le 16 avril sur Canal+ et dont on vous parlera plus longuement dans la prochaine newsletter, sans oublier les sorties de Betty (OCS), Hollywood (Netflix), Insecure (OCS) et Run, la nouvelle comédie de HBO à la une de Peak TV aujourd'hui.

Santé mentale, confiance en soi, représentation de la diversité, découverte de la sexualité... Pourquoi les séries nous touchent-elles autant? Quelle est celle qui vous a fait voir l'existence autrement? Cette semaine, dans Peak TV, c'est vous qui nous parlez de séries, celles après lesquelles rien ne sera plus jamais comme avant.

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Le gros plan: «Run» (OCS)

Qui n'a pas rêvé, ces dernières semaines, de s'enfuir loin de son appartement étriqué et de tout plaquer en quête d'une vie plus exaltante (ne vous fatiguez pas, on connaît déjà la réponse)? Eh bien c'est exactement le fantasme que tentent de réaliser les deux protagonistes de Run, créée par Vicky Jones et coproduite par sa meilleure amie, une certaine Phoebe Waller-Bridge.

Dès les premières secondes, Run épate par sa maîtrise et sa concision: en moins de deux minutes, les enjeux sont posés. Seule dans sa voiture, Ruby reçoit un bref coup de fil de son mari, et l'exaspération à peine masquée (et hilarante) de la jeune femme nous dit tout ce qu'il faut savoir. Ruby est au bord de l'étouffement. Puis, elle reçoit un SMS: «run» («cours»).

C'est ainsi que démarre une série au rythme effréné, alors que Ruby laisse sa vie en plan pour retrouver son ex-petit ami à bord d'un train au départ de New York. Comme postulat de départ, on peut difficilement faire plus romantique, et l'alchimie entre Merritt Wever et Domhnall Gleeson est électrique. Run installe immédiatement entre eux une tension sexuelle à couper le souffle, à l'aide de nombreux plans serrés, focalisés sur leurs regards complices.

Mais chaque nouvelle réplique vient complexifier le lien entre Ruby et Billy: leur intimité a beau être palpable, on comprend vite qu'ils ne sont pas entièrement honnêtes l'un envers l'autre. En rajoutant sans cesse de nouveaux obstacles à cette escapade amoureuse, Vicky Jones prend un malin plaisir à détricoter le fantasme de la table rase et à nous montrer que la réalité est beaucoup plus bordélique.

On retrouve chez la Britannique la même écriture incisive que dans Fleabag, qui arrive à projeter des montagnes d'exposition à l'aide de quelques gestes ou répliques furtives. Avec un élan narratif grisant, la série avance à une vitesse affolante, sans jamais regarder en arrière –tout en prenant le temps, paradoxalement, de faire monter la tension sexuelle entre ses deux protagonistes.

C'est à la fois sa force et sa faiblesse: Run fait le pari risqué de jongler entre le thriller, la comédie et la romance, et entre deux changements de ton, le scénario frôle parfois les limites de l'improbabilité. Heureusement, le charisme et l'alchimie inégalables de ses deux stars finissent toujours par nous remettre dans le droit chemin.

On regarde aussi

Insecure (OCS) – Au bout de quatre saisons, l'excellente comédie d'Issa Rae a parfois du mal à se renouveler, mais elle est toujours aussi bonne pour dépeindre le spleen relationnel de ses personnages et créer des scènes de sexe méga bouillantes.

Killing Eve (Canal+) – La série ne parvient toujours pas à retrouver les sommets d'écriture de sa première saison, mais on continue de regarder pour son exceptionnel duo d'actrices principales.

Parlement (France TV) – Un petit Veep français sur l'enfer bureaucratique du Parlement européen. C'est très bien écrit et Xavier Lacaille est parfait dans le rôle principal.

Le crush: Domhnall Gleeson (Billy dans «Run»)

Ça fait longtemps qu'on en pince pour lui, mais son personnage dans Run, à la fois insolent et vulnérable, nous fait complètement craquer.

Peak de chaleur: quand il se présente à Ruby en faisant semblant de ne pas la connaître.

Service après-vente

On répond à toutes vos questions pour vous aider dans cette quarantaine.

«Je suis une étudiante américaine scolarisée en France et je cherche des séries uniques et intéressantes pour améliorer mon français. J'ai accès à Amazon Prime et Netflix France.» – Emily

On vous conseille tout d'abord deux excellents programmes en accès libre sur France Télévisions: Skam France, série à la Skins sur des lycéen·nes, avec des personnages attachants et des dialogues très naturels, et Parlement, la nouvelle comédie politique que l'on évoquait plus haut (en plus, ça cause aussi anglais de temps en temps, ce qui vous permettra de faire des breaks).

Sur Netflix, la meilleure série française est sans doute la comédie Dix pour cent, dans laquelle vous croiserez tout le gratin du cinéma français. Mytho, Transferts et Mortel (dont on vous parlait dans un article précédent) valent également le détour.

Sur Amazon, à part Fiertés, les choix sont un peu maigres, mais si vous voulez apprendre la langue de Molière avec LE feuilleton qui rassemble des millions de Français·es devant leur télé tous les soirs depuis quinze ans, les quatre premières saisons de Plus belle la vie y sont disponibles (l'intégralité de la série est aussi sur France Télévisions).

De son côté, OCS propose des productions originales intéressantes, à l'image de Missions, Nu ou Les Grands. Mais il faut l'avouer, la grande majorité des très bonnes séries françaises se trouvent sur Canal+: c'est là que vous trouverez l'excellent thriller d'espionnage Le Bureau des légendes, mais aussi Engrenages, Un village français, Les Sauvages ou encore Les Revenants.

«Je suis abonnée à Amazon Prime, mais je ne sais pas quelles séries regarder. Vous me conseillez quoi?» – Chloé

Amazon a un gros catalogue de classiques télé à revisiter. Vous pouvez y trouver Buffy, et si vous nous lisez régulièrement, vous avez déjà subi notre campagne de propagande incessante sur la meilleure série de tous les temps.

Il y a aussi Une nounou d'enfer, qui ponctuait nos journées d'adolescentes sur M6 et qu'on se réjouit toujours de retrouver, Dawson, qui nous offre une bonne grosse dose de nostalgie, et Ally McBeal, un petit bijou télé qui vieillit plutôt bien.

Si ça n'est pas déjà fait, vous pouvez vous plonger dans The Office US, la comédie culte qui a lancé la mode des mockumentaires aux États-Unis, ou dans Community, la sitcom complètement barrée dont on vous parlait dans l'article précédent.

Parmi les productions plus récentes, on vous conseille The Girlfriend Experience, une série obsédante et très ambitieuse sur un réseau d'escorts, Justified, une sorte de western des temps modernes avec Timothy Olyphant dans le rôle principal, et The Terror, une brillante série horrifique qui hantera vos nuits confinées.

Il faut bien sûr également compter sur le diptyque The Good Wife/The Good Fight, dont on vous a souvent parlé ici, ainsi que sur la très belle dramédie familiale Transparent –l'une des premières créations originales de la plateforme et l'une de ses plus remarquables.

Dans la catégorie création originale, on n'oubliera pas non plus The Marvelous Mrs. Maisel, une capsule de nostalgie et de charme qui devrait vous faire oublier toute l'anxiété ambiante pour quelques heures.

Enfin, on ne peut pas conclure sans mentionner Fleabag, un chef-d'œuvre à la fois hilarant et bouleversant dont on vous rebat les oreilles depuis plusieurs années.

L'épisode culte: «Episode 6» («Fleabag», S2E6)

On reprend: si vous nous lisez régulièrement, vous connaissez tout notre amour pour Fleabag. Comédie hilarante, la création de Phoebe Waller-Bridge est également parvenue en seulement douze épisodes à dresser un portrait poignant d'une jeune femme en plein deuil.

Quand on fait la connaissance de Fleabag, elle masque son désarroi et sa solitude derrière une bonne couche de sarcasme et une obsession pour le sexe. Au fil des épisodes, cette carapace émotionnelle disparaît et l'héroïne finit la première saison vulnérable et à vif.

La deuxième saison s'intéresse à sa reconstruction, à travers sa relation avec sa sœur et une histoire d'amour avec un prêtre (le désormais célèbre «hot priest» joué par Andrew Scott). Mais il faut attendre le tout dernier épisode de la série pour vraiment prendre conscience du chemin parcouru par la jeune femme.

Elle qui suppliait presque des inconnus de la suivre chez elle mais refusait toute relation sincère au début de la série la finit en faisant une déclaration d'amour vulnérable et désintéressée. Car si Fleabag est avant tout une fable bouleversante sur le pardon et l'amour, alors le dernier épisode est son manifeste.

«L'amour n'est pas fait pour les faibles et être romantique demande beaucoup d'espoir», nous dit le prêtre dans son discours. Il faut du courage pour aimer, accepter ses propres faiblesses et s'ouvrir aux autres. C'est de ce courage dont Fleabag fait preuve à la fin. Quand elle nous quitte et part seule dans le dernier plan de la série, on a beau être ému·e, on sait que notre héroïne préférée peut poursuivre son chemin sans nous.

En vrac

Ces textes sont parus dans la newsletter bimensuelle (hebdomadaire pendant le confinement) Peak TV.

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