Monde

Réchauffement: le subir, l'atténuer ou s'y adapter

Moisés Naím, mis à jour le 28.03.2010 à 15 h 53

Quel est, selon vous, le prix qui vous touche le plus? Celui de vos courses alimentaires? De l'essence? Le taux d'intérêt de votre crédit immobilier? Le cours d'un euro? Tous ont leur importance. Le prix des matières premières, de l'énergie, les taux d'intérêt ou le taux de change déterminent notre qualité de vie et reflètent la répartition du pouvoir entre les nations, la présence ou l'absence des nouvelles technologies, le progrès de certains pays et le déclin d'autres.

Le prix des attitudes non écologiques

Mais il y a un prix dont on parle peu alors qu'il est crucial pour l'avenir de l'humanité: c'est celui des émissions de gaz qui réchauffent la Terre. Si on en parle peu, c'est parce qu'il est si faible que personne ne le ressent... pour l'instant. Il est dangereusement facile de faire abstraction du prix de la pollution terrestre - ou atmosphérique. C'est vrai que nous ne payons pas grand-chose quand la planète se réchauffe à chaque fois que nous allumons la lumière, nous nous déplaçons en voiture, consommons de la viande ou coupons un arbre. Si on nous imposait de débourser plus d'argent, nous le ferions moins. En tout cas, nous rechercherions sans doute des moyens moins coûteux et plus efficaces de répondre à nos besoins.

A l'heure actuelle, les conséquences du réchauffement planétaire sont visibles. En revanche, le prix énorme qu'elles supposeront à terme, nous le repoussons d'un coup de pied vers le futur. Ce comportement est suicidaire.

La communauté scientifique est formelle: le réchauffement est lié à l'activité humaine. Il s'accompagne de changements climatiques irréversibles. Et les tendances actuelles, si elles se poursuivent, mèneront à la catastrophe. Il y a bien des climato-sceptiques, mais ils représentent une minorité dont la crédibilité scientifique fait cruellement défaut et dont la visibilité médiatique disproportionnée a pour but ultime de servir des intérêts économiques et politiques. Dans une de mes chroniques récentes, je décris les débats indécents auxquels ces gens se livrent.

Certains effets sont irréversibles, d'autres peuvent être atténués

L'humanité n'a guère plus de trois façons de gérer le changement climatique: le subir, l'atténuer et s'y adapter. Parmi les effets des dérèglements du climat, beaucoup sont inévitables dans la mesure où ils sont liés à des activités qui ont déjà eu lieu. Pour certains des changements prévus, les moyens d'adaptation sont très limités. Le Bangladesh, en sus d'être le pays le plus densément peuplé et l'un des pays les plus pauvres au monde, est aussi un des plus vulnérables aux impacts du changement climatique; il subira des effets dévastateurs. D'autres pays commencent déjà à s'adapter et investissent dans des infrastructures, modifient leurs politiques agricoles, les normes de construction de leur plan de développement urbain, touristique et industriel. Dans certains cas, ils réajustent aussi leurs projets militaires.

L'essentiel est de limiter la crise qui approche. Bien que les dégâts soient en grande partie déjà faits et irréparables, on peut assurément limiter les dommages que nous continuons de provoquer quotidiennement. Il faut modifier la calamiteuse trajectoire sur laquelle nous nous sommes engagés; inciter les pays, les entreprises et les citoyens à émettre moins de gaz lesquels, en s'accumulant dans l'atmosphère, créent l'effet de serre. Presque toujours, parler de mesures incitatives revient à parler d'argent. De prix. En l'occurrence, il s'agit de faire payer plus cher les comportements générateurs de réchauffement.

Les solutions d'atténuation des effets du réchauffement

L'une des solutions pour atténuer les dégâts causés par les gaz polluants est que les pays s'accordent sur des quotas d'émissions globales de gaz à effet de serre et que l'on développe un marché où les entreprises qui dépassent leur seuil pourront échanger des «crédits» environnementaux avec celles dont les émissions sont inférieures. Ce serait une manière de récompenser les agents économiques au comportement écologique honorable. C'est le fameux système du Cap and Trade [plafonnement et échange].

Une autre solution consiste à soumettre le carbone, l'énergie ou le combustible à un impôt. Troisième option: créer un prix implicite qui résulte de la combinaison des motivations et pénalités dont se servent les gouvernements pour pousser les entreprises et les individus à adopter des comportements «durables». Hélas, ce sont des décisions impopulaires et politiquement explosives qui impliquent, en outre, que des gouvernements aux intérêts conflictuels se mettent d'accord. L'échec des négociations de la Conférence de Copenhague sur le climat ne fait que signaler la difficulté du dossier climatique.

Mais il existe d'autres signaux plus forts que l'échec de Copenhague; c'est la nature qui nous les envoie. Si nous ne nous décidons pas à supporter dès aujourd'hui le prix de la préservation de notre planète, la nature nous le fera payer. A ce moment-là, ce prix sera prohibitif.

Moisés Naím

LIRE EGALEMENT SUR LE MEME SUJETClimat: arrêtez de parler, taxez!La taxe carbone victime de la démagogie fiscale et Le problème de la science du climat.

Image de Une:  Déforestation au Sulawesi   Yusuf Ahmad / Reuters

 


Moisés Naím
Moisés Naím (203 articles)
Editorialiste
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte