Santé

«Elle n'est pas certaine de pouvoir rester fidèle»

Temps de lecture : 5 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Nicolas, contraint de vivre une relation à distance pour des raisons professionnelles, et dont la compagne n'a pas envie d'être exclusive.

«J'ai pris sur moi de me combattre, d'aller au-delà de mon instinct de fuite.» | Giuseppe Milo via Flickr
«J'ai pris sur moi de me combattre, d'aller au-delà de mon instinct de fuite.» | Giuseppe Milo via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 41 ans et trois enfants d'une précédente union, qui s'est terminée par la découverte de l'infidélité et du mensonge de mon ex-compagne (après plus de dix ans de vie commune).

J'ai donc refait ma vie, fait quelques expériences (pas assez?), parfois douloureuses. Puis j'ai connu Nelly via un site de rencontres.

À ce moment-là, j'étais en recherche d'une relation vraie, saine. Je voulais reconstruire une cellule familiale, retrouver un espace dans lequel je me sentais bien, en paix, et en ayant conscience des erreurs passées. Les années ont passé, notre couple s'est construit –avec des hauts et des bas au début, le temps d'apprendre à se connaître et de cicatriser d'anciennes blessures.

J'ai dès le début été très clair, et ma compagne aussi: de mon coté, la fidélité et l'honnêteté sont indispensables pour construire et maintenir mon amour. Pour elle, la fidélité est une illusion et n'est pas tenable, mais elle l'a acceptée.

Il n'y avait pas de pression: si nous n'avions pas été d'accord, nous aurions cessé notre relation, tout simplement. Je l'aime profondément, avec ses défauts et ses qualités. J'ai accepté non sans difficulté qu'elle ne veuille pas d'enfants en plus de sa fille née d'une précédente relation: cela m'a torturé, j'ai même pensé à la quitter pour cela, mais maintenant, l'idée fait son chemin, doucement.

La vie fait que je dois partir loin, pour raisons professionnelles. Nous serons séparés des mois, voire plus, au rythme des visites en fonction de nos emplois du temps. Récemment, elle m'a avoué qu'elle n'est pas certaine de pouvoir rester fidèle.

Bien sûr, je n'ai pas vu tout de suite le tableau dans son ensemble, mais elle respectait notre accord, l'honnêteté. Et cela m'a travaillé, fait un mal de chien, j'ai été tiraillé par une forte envie de la quitter. Je sais que je pourrais retrouver quelqu'un facilement, je n'en ai aucun doute, mais perdre cette personne avec qui je me sens si bien, que ce soit en tant qu'amante, amie ou confidente, me submerge de tristesse.

Et puis, après avoir partiellement digéré cet aveu, j'ai pris sur moi de me combattre, d'aller au-delà de mon instinct de fuite –un accord à demi-mot, en somme.

Finalement, à force de questions et d'échanges sur les conditions d'une éventuelle infidélité, j'apprends que l'amant éventuel serait une personne qui fait partie de ses collègues, que je côtoie régulièrement et avec qui j'ai de bonnes relations. Cette personne n'est pas un ennemi, il n'est ni mauvais ni parfait, et c'est de mon point de vue une personne triste, qui souffre.

Elle me dit que si cela devait se concrétiser, notre couple en serait inchangé, qu'elle m'aime toujours, qu'elle ne veut pas perdre cette vie, notre vie.

J'aurais donc, de temps en temps, l'amant de ma compagne qui me regarderait en face, tout en sachant qu'il croit que je ne sais rien … et je devrais l'accepter, mentir.

Je n'ai aucun doute que la fidélité n'est pas simple, qu'elle peut être mise en pause, et je ne nie pas que mon amante puisse avoir un coup de cœur pour un autre, malgré le fait qu'elle soit, me dit-elle, comblée et heureuse avec moi. Mais j'aurais préféré que cet homme ne soit pas une personne que je côtoie souvent.

Ce potentiel amant éprouve quant à lui des sentiments pour une autre personne de notre groupe. Je vous laisse imaginer la situation… Je deviens spectateur d'un mauvais film, et le fait de me lever pour quitter la salle et me diriger vers une autre séance est une idée qui revient de temps à autre dans ma tête.

Nicolas.

Cher Nicolas,

Votre histoire a en effet tout du film d'auteur français, et j'en suis désolée pour vous. Construire une histoire est quelque chose qui se fait à deux. Les deux parties apportent chacune leur propre expérience, leurs sentiments, leurs qualités et leurs défauts aussi, et évoluent au fil du temps. L'histoire n'est pas gravée dans le marbre à son commencement. Elle peut très bien débuter… et puis mal tourner. Et cela peut être la faute de l'un des deux protagonistes ou des deux.

Je vais me permettre une métaphore un peu hasardeuse, mais admettons que je décide de préparer un gâteau au chocolat avec mon partenaire. Au début, tout se passe bien, on gagne en confiance au fur et à mesure et on commence à proposer d'améliorer la recette selon nos goûts. Lui ajoute des pépites de chocolat, moi de la noix de coco. Jusque-là tout va bien.

Et puis, il se dit que du wasabi, ça ne serait pas mal. Peut-être que dans ses goûts, le wasabi marcherait super bien avec notre gâteau au chocolat, mais moi, je suis horrifiée. On commence à en discuter. Il essaie de me convaincre mais je n'en démords pas: c'est non pour le wasabi. Parce que nous allons rester sur nos positions, qui sont toutes les deux valides, je décide tout simplement de quitter cette activité. Tant pis pour le gâteau au chocolat.

C'est un peu l'histoire dans laquelle vous vous retrouvez. Vous en parlez vous-même: vous avez conscience que vous pouvez vous retirer du jeu à n'importe quel moment. Je veux vous rappeler que c'est à vous de définir vos limites et de veiller à ce qu'on ne les dépasse pas. Au moment où la négociation n'est plus possible, on arrête juste de partager ensemble.

C'est triste, mais c'est surtout primordial de respecter ses limites personnelles autant que les limites de sa ou son partenaire. Le consentement marche dans les deux sens, toujours. Si vous trouvez que cette histoire d'amant-collègue est trop difficile à supporter pour vous, vous devez vous soustraire de l'équation. C'est aussi simple que ça.

De son côté, votre compagne a fait un choix. Ce choix est à voir comme une proposition; ce n'est jamais une injonction. Vous n'avez pas à accepter ce qui dépasse vos limites. Si vous décidez de passer outre, pour le bien d'une relation qui est déjà en train de changer, vous ne risquez que d'assurer votre malheur.

Pour moi, cette idée que chaque nouvel élément de la vie est d'abord à négocier est le terreau des relations les plus équilibrées. Parce que les accords à mots couverts, les omissions, les concessions finissent par s'amonceler et qu'on y perd peu à peu sa confiance en soi et son identité. Discuter les choses, argumenter son opinion, définir ses limites, c'est aussi offrir à l'autre le meilleur de ce qu'on est.

N'ayez pas peur de claquer la porte si le film vous ennuie. Cela vaut toujours mieux que d'être le personnage triste d'un drame que l'on a pas choisi.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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