Société

La crise du coronavirus à l'origine d'une urgence alimentaire pour les SDF

Temps de lecture : 5 min

Distributions alimentaires bouleversées, manque de places pour se loger... Les personnes sans domicile sont frappées de plein fouet, menacées par la maladie mais aussi par le confinement.

L'association Aurore distribue de la nourriture et des vêtements pour les sans-abri à Paris, le 31 mars 2020. | Joël Saget / AFP
L'association Aurore distribue de la nourriture et des vêtements pour les sans-abri à Paris, le 31 mars 2020. | Joël Saget / AFP

«Le logement est devenu la protection première contre le coronavirus. Le domicile a rarement autant été une question de vie ou de mort.» Leilani Farha, rapporteure spéciale des Nations unies sur le droit à un logement convenable, a tiré la sonnette d'alarme mercredi 18 mars alors que la pandémie de coronavirus continuait à progresser dans le monde. «J'exhorte les États à prendre des mesures extraordinaires pour garantir le droit au logement pour tous et se protéger contre la pandémie», a poursuivi l'experte.

En France, la population est confinée depuis le mardi 17 mars, midi. Quid des SDF, des sans-abri à la rue ou des migrant·es entassé·es dans des squats ou des bidonvilles?

Outre la menace du Covid-19 sur leur organisme souvent affaibli par la grande précarité, les personnes sans domicile sont mises en grande difficulté par les mesures de confinement. «Leur survie est menacée par la maladie, qui impose de mettre de la distance entre les personnes et de confiner les malades, alors qu'elles vivent dans la promiscuité [dans les foyers par exemple, ndlr], commente Alain Christnacht, président du Samusocial de Paris. Leur survie est également menacée par la raréfaction de leurs ressources. En cause: l'absence de passants dans les rues, l'affaiblissement du soutien des associations dont les bénévoles sont moins mobilisables, ce qui compromet par exemple les distributions alimentaires.»

Pour certaines personnes en situation de grande exclusion, faire la manche n'est en effet plus possible dans des rues vides ou presque. Par ailleurs, de nombreuses associations s'appuient sur des bénévoles, souvent à la retraite, pour maintenir le lien avec ces populations et procéder notamment à la distribution alimentaire. Le fonctionnement de ces organisations est aujourd'hui bouleversé, privées de bénévoles désormais confiné·es.

Des chambres d'hôtel réquisitionnées

Le gouvernement a d'abord répondu à l'urgence du logement. Dans un communiqué publié mercredi 18 mars, le ministère de la Cohésion des territoires et des relations avec les collectivités territoriales s'est engagé à maintenir la trêve hivernale jusqu'au 31 mai, à créer des structures dites de «desserrement» pour y accueillir les sans-abri contaminé·es –et dont l'état de santé ne nécessite pas d'hospitalisation– et à réquisitionner des chambres d'hôtel pour y installer des personnes sans domicile et leur permettre de se protéger du virus. «Ces mesures sont bonnes. Les associations les souhaitaient», réagit Alain Christnacht du Samusocial.

«La consigne est claire, il faut mettre les SDF à l'abri», a répété Julien Denormandie à l'antenne d'Europe 1 le 21 mars. Le ministre chargé de la Ville et du logement a donné des précisions quant aux mesures prises par le gouvernement alors que «quelques dizaines» de sans-domicile ont contracté le virus. Le ministre a promis une enveloppe de 50 millions d'euros, la réquisition de 2.000 chambres d'hôtel. Une semaine plus tard, le ministère du Logement a annoncé en mobiliser 5.000 supplémentaires.

Concernant les centres de «desserrement», «trois centres ont déjà ouvert, à Paris, dans le nord de la France et à Toulouse. C'est plus de 250 places que nous sommes en train d'ouvrir, on pourra monter jusqu'à 2.900 places si cela est nécessaire».

Les SDF, «un impensé» en début de confinement

«Il y a eu un moment de flottement au sein du gouvernement. Le confinement s'est transformé par exemple en refoulement pour les populations soit à la rue, soit dans les bidonvilles, soit dans les squats, commente Yannick Le Bihan, directeur des opérations France à Médecins du monde. On a également pu observer des cas de personnes à la rue, verbalisées parce que pas confinées chez elles. Par définition, [les SDF] n'ont pas de chez-eux. Clairement, il y a eu un impensé sur le sujet mais on assiste à un début de réveil, qu'on va observer de très près.» Ainsi, plus de 700 migrant·es du bidonville d'Aubervilliers ont été mis·es à l'abri dans des gymnases et des hôtels le 24 mars.

Concernant la polémique autour des SDF verbalisés à Lyon (depuis démentie par le préfet), mais aussi à Paris ou encore Bayonne, le ministère de l'Intérieur a affirmé à Slate.fr que «les policiers et gendarmes ne verbalisent pas les SDF, même s'ils se trouvent sans attestation».

Faire face à l'urgence alimentaire

Si la mise à l'abri des plus fragiles semble être une priorité pour le gouvernement, Yannick Le Bihan prévient: «Le problème majeur auquel on va aussi devoir faire face, c'est la question de l'alimentation.» Pour y répondre, le Samusocial a lancé aux entreprises et aux particuliers un appel aux dons de tickets restaurant.

Emmaüs Solidarité et la Fondation Abbé Pierre ont également lancé un appel aux dons «pour financer des tickets-service. Destinés aux populations fragiles, ces chèques d'accompagnement personnalisés permettent de faciliter les achats de première nécessité, notamment la nourriture. En produire des dizaines de milliers aujourd'hui permettra aux personnes sans abri de s'acheter de quoi manger dans les magasins qui restent ouverts». Ces tickets seront distribués par les salarié·es et les bénévoles «aux personnes dans le besoin, sur l'ensemble du territoire».

Maintenir le lien, coûte que coûte

Le maintien de l'activité des associations auprès des plus démuni·es demeure une nécessité mise à mal par la maladie et le confinement. Personnels confinés, en quarantaine, à la maison pour garder les enfants... face à cette crise inédite, chacun·e se réorganise aussi rapidement que possible. Afin de protéger ses équipes et leur permettre de poursuivre leur travail auprès des plus fragiles, le Samusocial demande des équipements pour ses salarié·es.

«Nous demandons qu'ils soient prioritaires, après les soignants, pour les équipements de protection, dont le manque reste criant.» Son président Alain Christnacht réclame également «une équipe mobile de soignants issus de la réserve sanitaire et de secouristes, pour combler les vides», alors que «les structures d'hébergement et de desserrement sont affaiblies par les maladies d'une partie des personnels».

Au 17 mars, près de 19.000 volontaires avaient rejoint la réserve sanitaire, désormais forte de 40.000 personnes. Selon le Samusocial, l'ARS étudierait la possibilité d'y recourir pour renforcer les équipes des associations. Ces dernières se trouvent face à un défi inédit sur le territoire français: gérer une crise qui frappe l'ensemble du pays et durera plusieurs semaines au moins.

«Il faut également prendre en compte la capacité des autorités à se réorganiser. On leur laisse quelques jours pour s'adapter», soulevait Yannick Le Bihan, de Médecins du monde, au début du confinement, ajoutant qu'il souhaitait «des réponses concrètes» dès la deuxième semaine. Des réponses sur l'urgence alimentaire mais aussi sur un accès à la santé universel et sans condition pour l'ensemble des personnes vivant sur le territoire français, et ce quelle que soit leur situation administrative.

«C'est un enjeu de santé publique, souligne-t-il. Pour nous, la priorité est de conserver un lien particulier avec les populations les plus fragiles afin qu'elles puissent bénéficier des mêmes dispositifs d'accès au soins. Nous demandons la levée des obstacles administratifs pour l'ensemble de ces personnes comme, en particulier, le délais de carence pour les migrants.» Contacté, le ministère des Solidarités et de la santé n'a pas répondu à nos sollicitations concernant ce délai de carence et la distribution alimentaire.

Mardi 31 mars, le ministre du Logement a annoncé la mise en place d'un dispositif de chèques-services de 15 millions d'euros, pour 60.000 personnes sans domicile fixe, leur permettant d'acheter de la nourriture ou des produits de santé ou d'hygiène.

Faire un don à la Fondation Abbé Pierre

Envoyer des tickets restaurant au Samusocial:

URGENCE ALIMENTAIRE - Samusocial de Paris

59 rue Ledru-Rollin

94200 Ivry-sur-Seine

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