Société

Le journaliste Henri Tincq est mort

Temps de lecture : 2 min

Journaliste spécialiste des questions religieuses, il avait travaillé à La Croix, au Monde et à Slate. Il est mort du Covid-19 à l'âge de 74 ans.

Henri Tincq | Capture d'écran Libraire Mollat via YouTube
Henri Tincq | Capture d'écran Libraire Mollat via YouTube

Henri Tincq, collaborateur de Slate, est mort du Covid-19, à l'hôpital de Villeneuve-Saint-Georges, le 29 mars. Il était âgé de 74 ans. Spécialiste reconnu des «informations religieuses», il avait d'abord travaillé à La Croix avant de rejoindre Le Monde où il exerça de 1985 à 2008, avant de rejoindre Slate.

Titulaire d'une licence de philosophie et d'un diplôme de journalisme de l'École de Lille, auteur de nombreux ouvrages de référence, c'était un fin connaisseur du catholicisme comme des autres cultes. Il avait présidé, de 1994 à 1999, l'Association des journalistes de l'information religieuse. C'était, en résumé, comme le rappelle aujourd'hui La Croix, «une grande plume de l'information religieuse».

Voir de ses propres yeux, rapporter au mieux, partager toujours.

Mais pour avoir, avec quelques confrères, appris à le connaître, depuis Le Monde de la rue des Italiens jusqu'à la rue Sainte-Anne de Slate, nous savons aussi qu'Henri Tincq n'était pas que cet infatigable et incollable «rubricard religions» qu'il aimait montrer. Ce confrère était en vérité pleinement animé par la passion du journalisme intégral, la passion de la pédagogie, de la traduction, de la transmission. Voir de ses propres yeux, rapporter au mieux, partager toujours. Et ce qu'il s'agisse des vertus, indépassables à ses yeux, de son Racing Club de Lens natal, du football en général, de la vie et de l'œuvre de Jean-Marie Lustiger ou des impasses mortelles auxquelles conduisent, au nom de tel ou tel dieu, les nouvelles formes d'intégrismes et de radicalisations.

La vérité, aussi, est que «Monseigneur» (l'un de ses surnoms de la rue des Italiens où l'on se moquait volontiers du «sabre et du goupillon») pouvait être un adorable camarade de reportage doublé d'un caractère parfois ombrageux. Pour avoir, avec lui, interviewé plusieurs hauts responsables religieux sur les questions relatives à l'éthique médicale, nous gardons le souvenir d'une rigueur sans faille, de colères rentrées, d'une volonté acharnée de débattre pour coûte que coûte, l'emporter sur le terrain de la foi et des idées.

Mais nous gardons aussi le souvenir d'un immense appétit: chercher sans cesse à comprendre ce qu'il ne maîtrisait pas. S'informer sur les avancées continuelles de la médecine quand cette dernière s'approche dangereusement de la religion –qu'il s'agisse de la conception in vitro des êtres humains ou de leur disparition. Nous gardons ainsi le souvenir de dizaines d'heures passées à débattre des responsabilités du Vatican dans le maintien de ses interdits définitifs sur l'usage du préservatif, alors même que progressait l'épidémie de sida.

D'innombrables échanges, encore, sur les avis les plus pointus du Comité national consultatif d'éthique, sur les conséquences de la procréation médicalement assistée et de son extension annoncée «à toutes les femmes», ou sur celle du développement de la pratique marchande de la «gestation pour autrui». Sur les insufissances criantes des soins palliatifs ou sur l'affaire Vincent Lambert.

Il s'agissait alors pour lui de bien saisir tous les paramètres des nouvelles équations sociétales auxquelles sont confrontées les religions –la catholique au tout premier chef. Puis il lui fallut, plus récemment, parvenir à prendre la pleine mesure, les raisons et les conséquences du séisme que traverse cette Église confrontée aux scandales de pédophilie.

On peut, pour prendre la mesure de ce qui fut pour lui, une forme de chemin de croix, relire l'attaque de son dernier papier pour Slate: «On a beau dérouler, comme je le fais en journaliste depuis vingt ans, le tapis malodorant des agressions sexuelles dans l'Église, je me disais, en apprenant la nouvelle ce samedi 22 février: pas lui, pas ça! Pas Jean Vanier, sanctifié de son vivant, enterré il y a moins d'un an dans les odeurs d'encens, célébré en France comme au Canada, dont le père fut gouverneur général à Paris.»

Un papier où ce grand pudique osait ainsi, publiquement, se confier sur ce douloureux affrontement avec une réalité insupportable trop longtemps et trop bien cachée. Nous garderons en mémoire, aussi, cette confidence.

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