France

Jean-Marie Colombani: quelle réponse de Sarkozy après les régionales?

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 21.03.2010 à 12 h 58

Le mauvais résultat de son camp aux régionales pourrait pousser le président à retourner aux fondamentaux, aux dépens de l'ouverture.

Les Français désignent  ce dimanche 21 mars leurs conseillers régionaux et cela pour quatre ans à l'occasion du deuxième tour des élections régionales. Il s'agit du dernier grand rendez-vous électoral avant l'élection présidentielle de 2012.

Arrivée en tête au premier tour, la gauche va tenter de confirmer son succès et de remporter les 22 régions de métropole. Depuis 2004, elle en gère 20, seules l'Alsace et la Corse étant dirigées par la droite. Dimanche dernier, plus d'un électeur sur deux a boudé les urnes: le taux d'abstention a atteint 53,6%, un record pour ce type de scrutin.

 

Tous les regards vont se tourner vers Nicolas Sarkozy: saura-t-il répondre au message envoyé par les Français et qui a pris, au premier tour des régionales, l'allure d'un vote sanction. Pour prendre la mesure de celui-ci, il suffit de regarder les enjeux du second tour. La gauche a le choix entre la victoire et le triomphe; la droite entre la défaite et le désastre. Tous les espoirs du parti du président se concentrent donc sur une résistance victorieuse en Alsace et un basculement en sa faveur à La Réunion et en Guyane.

La première difficulté que doit surmonter le président de la République est évidemment la réponse sur le fond. Bien sûr, il peut toujours y avoir un changement de gouvernement. Celui-ci peut difficilement aller jusqu'au remplacement du premier ministre: il serait incompréhensible que celui qui se met constamment en avant, Nicolas Sarkozy, en fasse payer le prix à François Fillon, lequel a, comme on dit, «mouillé la chemise» pendant la campagne. Ce remaniement, s'il intervient, vaudra surtout par son dosage politique et notamment à son éventuelle «droitisation» aux dépens de l'ouverture.

Curieux procès que celui fait à l'ouverture, venue des rangs de la droite. Car, si les Français ont eu à reprocher quelque chose à Nicolas Sarkozy, ce n'est ni la présence de Bernard Kouchner, toujours très populaire, ni celle de Martin Hirsch, le seul à avoir apporté une réponse à la montée de la pauvreté à travers le RSA; mais bien à cause des remous suscités par le projet de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad; ou, plus sûrement encore, les polémiques qui ont entouré la nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF. Mais il s'agit là d'un phénomène très classique: à chaque fois qu'une majorité est en difficulté, surgissent dans ses rangs des adeptes de la radicalisation, du retour aux fondamentaux, comme on dit.

Insécurité

C'est sans doute ce qu'a voulu faire Nicolas Sarkozy en faisant resurgir le thème de l'insécurité et en proposant une énième loi pénale, celle-ci pour instaurer une peine incompressible de 30 ans lorsqu'il s'agit de crime contre les forces de l'ordre. Or, depuis 2002, chaque année une réforme de la loi pénale a été ajoutée. Sans que, comme le dit fort justement François Fillon, le pouvoir puisse se prévaloir d'une victoire ou d'un triomphe sur ce front de l'insécurité.

On touche donc là la vraie difficulté du président de la République. Quelles réformes doit-il continuer de promouvoir? Et surtout, comment corriger l'idée que les résultats ne sont pas là. La culture du résultat: c'est pourtant ce que Nicolas Sarkozy avait mis en avant pendant sa campagne présidentielle et qui est largement, autant que les réformes, sa marque de fabrique. Or celle-ci est manifestement battue en brèche par la réalité.

Difficile aussi de réagir pour quelqu'un qui affirmait jusqu'alors que les élections régionales étaient le scrutin qu'il ne pouvait pas perdre. Rappelons-nous son schéma de départ pour organiser le quinquennat: trois ans de réformes, un an d'évaluation de celles-ci et un an de campagne. Trois ans de réformes, nous y sommes arrivés et Nicolas Sarkozy, qui considérait qu'en 2004 la droite avait pratiquement tout perdu (il ne lui restait que l'Alsace et la Corse) pensait que le scrutin de 2010 ne pouvait pas être perdu.

Calculs

On le sait, c'est aussi son postulat électoral qui est remis en cause. Le premier tour doit être victorieux pour enclencher une dynamique suffisante en vue du second tour; ce qui suppose tout bêtement d'arriver en tête au premier tour. Et les réserves de voix sont à rechercher du côté d'un partage des voix écologistes avec la gauche et de la mobilisation des abstentionnistes du premier tour. De ce point de vue, le scrutin régional montre ce qu'il ne faut pas faire: être devancé au premier tour et ne rien faire qui soit de nature à mobiliser au second.

Car il restera de cette campagne de deuxième tour une impression étrange. Suscitée par un discours uniformisé autour de l'idée que les Français n'avaient délivré aucun message national et qu'ils avaient manifesté par l'abstention la nécessité d'accélérer la réforme territoriale! Comprenne qui pourra. Mais, encore une fois, tout va dépendre désormais de la façon dont Nicolas Sarkozy calibrera sa réponse à ce message qui n'a pas existé mais qui est pourtant bien réel, qui est celui d'un fort mécontentement. Dans ces conditions, la gauche devrait être euphorique. Et elle a en effet deux bonnes raisons de se réjouir. Auxquelles il faut pourtant ajouter deux bonnes raisons pour elle de rester prudente.

Réjouissance à gauche

Au chapitre des réjouissances, il y a bien sûr la victoire. Il n'est jamais acquis que des exécutifs sortants soient reconduits. Ils le doivent à leur bilan certes, mais aussi et surtout au fort vent national qui soufflait en faveur de la gauche. Parce que la préoccupation dominante des Français aujourd'hui, c'est le chômage, les difficultés pour des catégories moyennes hantées par l'idée de verser dans la pauvreté; c'est la précarité. Bref, ce sont les effets de la crise. Sait-on que, aujourd'hui, une bonne part des contrats de travail qui sont signés sont des CDD d'une semaine?

La gauche peut aussi se satisfaire d'avoir entre les deux tours redonné crédit à une alliance de gouvernement. Après l'Union de la gauche, puis la Gauche plurielle, voici que s'organise une nouvelle coalition: PS, Verts et Front de gauche. Alliance que Martine Aubry a voulu marquer de son propre sceau, en la baptisant Gauche solidaire. Et en nous apprenant, au passage, (Lionel Jospin sera sans doute ravi) qu'elle n'aimait pas l'expression de Gauche plurielle, dont elle a été pourtant de 1997 à 2000 le numéro 2... En tous cas, on a eu droit à la répétition de ce qui pourrait être un scénario victorieux en 2012, à travers la mise sur pied de cette coalition.

Mais au chapitre de la modération dans l'appréciation que l'on porter sur les enseignements de ce scrutin, il faut rappeler que le PS nous a beaucoup habitués à des victoires locales, qu'elles soient municipales, cantonales ou régionales. Le PS est fort sur le terrain, fort dans les départements et les régions. Mais on le sait faible sur le plan national, faute d'avoir restauré son crédit. Seuls 40% des Français aujourd'hui pensent que le PS au pouvoir ferait mieux que la droite.

2012

S'ajoute enfin le chantier qui va s'ouvrir pour les socialistes, comme pour ses alliés, celui des primaires pour désigner le candidat à l'élection présidentielle. Ces primaires incluront-elles les autres formations de gauche, ou seulement le PS? Première difficulté. Au sein du PS, Martine Aubry a désormais un avantage, celui de la situation politique nouvelle issue du scrutin régional, d'autant que pour Ségolène Royal, qui réfléchit à sa stratégie de retour, la question est de savoir comment reconquérir une opinion qui, au plan national, s'est détournée. Est-ce possible de partir d'un bon score en Poitou Charente quand tout l'appareil se met en place autour de Martine Aubry? Et pour Dominique Strauss-Kahn, les choses paraissent encore plus difficiles. Puisque, nous a expliqué Laurent Fabius, il y a un accord à trois -Fabius, Aubry, Strauss-Kahn- on voit mal que DSK puisse être candidat aux primaires contre Martine Aubry...

Quant aux écologistes, ils ont le choix entre la voie Duflot, celle d'une présence à travers une candidature au premier tour de l'élection présidentielle, et la tactique Cohn Bendit qui consiste à négocier le prix du ralliement dès le premier tour au candidat socialiste. Quel prix? De quelles concessions les socialistes devront-ils payer le ralliement des écologistes?

Il faut souhaiter que l'on n'en arrive pas à l'aberration à laquelle a consenti Michel Vauzelle en PACA, qui a renoncé à la part de financement de sa région au projet ITER (équipement de recherche de pointe, obtenu de haute lutte en lieu et place notamment du Japon ou des Etats-Unis...).

Tout cela sera également fonction de savoir si Nicolas Sarkozy est lui-même le candidat de la droite ou bien, ce qui correspondrait assez peu à son tempérament, s'il jette l'éponge.

Jean-Marie Colombani

Photo: Flickr/licence CC by/Richard Drdull

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