Jean-Marie Colombani: quelle réponse de Sarkozy après les régionales?
Le mauvais résultat de son camp aux régionales pourrait pousser le président à retourner aux fondamentaux, aux dépens de l'ouverture.
- -
Les Français désignent ce dimanche 21 mars leurs conseillers régionaux et cela pour quatre ans à l'occasion du deuxième tour des élections régionales. Il s'agit du dernier grand rendez-vous électoral avant l'élection présidentielle de 2012.
Arrivée en tête au premier tour, la gauche va tenter de confirmer son succès et de remporter les 22 régions de métropole. Depuis 2004, elle en gère 20, seules l'Alsace et la Corse étant dirigées par la droite. Dimanche dernier, plus d'un électeur sur deux a boudé les urnes: le taux d'abstention a atteint 53,6%, un record pour ce type de scrutin.
Tous les regards vont se tourner vers Nicolas Sarkozy: saura-t-il répondre au message envoyé par les Français et qui a pris, au premier tour des régionales, l'allure d'un vote sanction. Pour prendre la mesure de celui-ci, il suffit de regarder les enjeux du second tour. La gauche a le choix entre la victoire et le triomphe; la droite entre la défaite et le désastre. Tous les espoirs du parti du président se concentrent donc sur une résistance victorieuse en Alsace et un basculement en sa faveur à La Réunion et en Guyane.
La première difficulté que doit surmonter le président de la République est évidemment la réponse sur le fond. Bien sûr, il peut toujours y avoir un changement de gouvernement. Celui-ci peut difficilement aller jusqu'au remplacement du premier ministre: il serait incompréhensible que celui qui se met constamment en avant, Nicolas Sarkozy, en fasse payer le prix à François Fillon, lequel a, comme on dit, «mouillé la chemise» pendant la campagne. Ce remaniement, s'il intervient, vaudra surtout par son dosage politique et notamment à son éventuelle «droitisation» aux dépens de l'ouverture.
Curieux procès que celui fait à l'ouverture, venue des rangs de la droite. Car, si les Français ont eu à reprocher quelque chose à Nicolas Sarkozy, ce n'est ni la présence de Bernard Kouchner, toujours très populaire, ni celle de Martin Hirsch, le seul à avoir apporté une réponse à la montée de la pauvreté à travers le RSA; mais bien à cause des remous suscités par le projet de nomination de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad; ou, plus sûrement encore, les polémiques qui ont entouré la nomination d'Henri Proglio à la tête d'EDF. Mais il s'agit là d'un phénomène très classique: à chaque fois qu'une majorité est en difficulté, surgissent dans ses rangs des adeptes de la radicalisation, du retour aux fondamentaux, comme on dit.
Insécurité
C'est sans doute ce qu'a voulu faire Nicolas Sarkozy en faisant resurgir le thème de l'insécurité et en proposant une énième loi pénale, celle-ci pour instaurer une peine incompressible de 30 ans lorsqu'il s'agit de crime contre les forces de l'ordre. Or, depuis 2002, chaque année une réforme de la loi pénale a été ajoutée. Sans que, comme le dit fort justement François Fillon, le pouvoir puisse se prévaloir d'une victoire ou d'un triomphe sur ce front de l'insécurité.
On touche donc là la vraie difficulté du président de la République. Quelles réformes doit-il continuer de promouvoir? Et surtout, comment corriger l'idée que les résultats ne sont pas là. La culture du résultat: c'est pourtant ce que Nicolas Sarkozy avait mis en avant pendant sa campagne présidentielle et qui est largement, autant que les réformes, sa marque de fabrique. Or celle-ci est manifestement battue en brèche par la réalité.
Difficile aussi de réagir pour quelqu'un qui affirmait jusqu'alors que les élections régionales étaient le scrutin qu'il ne pouvait pas perdre. Rappelons-nous son schéma de départ pour organiser le quinquennat: trois ans de réformes, un an d'évaluation de celles-ci et un an de campagne. Trois ans de réformes, nous y sommes arrivés et Nicolas Sarkozy, qui considérait qu'en 2004 la droite avait pratiquement tout perdu (il ne lui restait que l'Alsace et la Corse) pensait que le scrutin de 2010 ne pouvait pas être perdu.
Calculs
On le sait, c'est aussi son postulat électoral qui est remis en cause. Le premier tour doit être victorieux pour enclencher une dynamique suffisante en vue du second tour; ce qui suppose tout bêtement d'arriver en tête au premier tour. Et les réserves de voix sont à rechercher du côté d'un partage des voix écologistes avec la gauche et de la mobilisation des abstentionnistes du premier tour. De ce point de vue, le scrutin régional montre ce qu'il ne faut pas faire: être devancé au premier tour et ne rien faire qui soit de nature à mobiliser au second.
Car il restera de cette campagne de deuxième tour une impression étrange. Suscitée par un discours uniformisé autour de l'idée que les Français n'avaient délivré aucun message national et qu'ils avaient manifesté par l'abstention la nécessité d'accélérer la réforme territoriale! Comprenne qui pourra. Mais, encore une fois, tout va dépendre désormais de la façon dont Nicolas Sarkozy calibrera sa réponse à ce message qui n'a pas existé mais qui est pourtant bien réel, qui est celui d'un fort mécontentement. Dans ces conditions, la gauche devrait être euphorique. Et elle a en effet deux bonnes raisons de se réjouir. Auxquelles il faut pourtant ajouter deux bonnes raisons pour elle de rester prudente.
Réjouissance à gauche
Au chapitre des réjouissances, il y a bien sûr la victoire. Il n'est jamais acquis que des exécutifs sortants soient reconduits. Ils le doivent à leur bilan certes, mais aussi et surtout au fort vent national qui soufflait en faveur de la gauche. Parce que la préoccupation dominante des Français aujourd'hui, c'est le chômage, les difficultés pour des catégories moyennes hantées par l'idée de verser dans la pauvreté; c'est la précarité. Bref, ce sont les effets de la crise. Sait-on que, aujourd'hui, une bonne part des contrats de travail qui sont signés sont des CDD d'une semaine?
La gauche peut aussi se satisfaire d'avoir entre les deux tours redonné crédit à une alliance de gouvernement. Après l'Union de la gauche, puis la Gauche plurielle, voici que s'organise une nouvelle coalition: PS, Verts et Front de gauche. Alliance que Martine Aubry a voulu marquer de son propre sceau, en la baptisant Gauche solidaire. Et en nous apprenant, au passage, (Lionel Jospin sera sans doute ravi) qu'elle n'aimait pas l'expression de Gauche plurielle, dont elle a été pourtant de 1997 à 2000 le numéro 2... En tous cas, on a eu droit à la répétition de ce qui pourrait être un scénario victorieux en 2012, à travers la mise sur pied de cette coalition.
Mais au chapitre de la modération dans l'appréciation que l'on porter sur les enseignements de ce scrutin, il faut rappeler que le PS nous a beaucoup habitués à des victoires locales, qu'elles soient municipales, cantonales ou régionales. Le PS est fort sur le terrain, fort dans les départements et les régions. Mais on le sait faible sur le plan national, faute d'avoir restauré son crédit. Seuls 40% des Français aujourd'hui pensent que le PS au pouvoir ferait mieux que la droite.
2012
S'ajoute enfin le chantier qui va s'ouvrir pour les socialistes, comme pour ses alliés, celui des primaires pour désigner le candidat à l'élection présidentielle. Ces primaires incluront-elles les autres formations de gauche, ou seulement le PS? Première difficulté. Au sein du PS, Martine Aubry a désormais un avantage, celui de la situation politique nouvelle issue du scrutin régional, d'autant que pour Ségolène Royal, qui réfléchit à sa stratégie de retour, la question est de savoir comment reconquérir une opinion qui, au plan national, s'est détournée. Est-ce possible de partir d'un bon score en Poitou Charente quand tout l'appareil se met en place autour de Martine Aubry? Et pour Dominique Strauss-Kahn, les choses paraissent encore plus difficiles. Puisque, nous a expliqué Laurent Fabius, il y a un accord à trois -Fabius, Aubry, Strauss-Kahn- on voit mal que DSK puisse être candidat aux primaires contre Martine Aubry...
Quant aux écologistes, ils ont le choix entre la voie Duflot, celle d'une présence à travers une candidature au premier tour de l'élection présidentielle, et la tactique Cohn Bendit qui consiste à négocier le prix du ralliement dès le premier tour au candidat socialiste. Quel prix? De quelles concessions les socialistes devront-ils payer le ralliement des écologistes?
Il faut souhaiter que l'on n'en arrive pas à l'aberration à laquelle a consenti Michel Vauzelle en PACA, qui a renoncé à la part de financement de sa région au projet ITER (équipement de recherche de pointe, obtenu de haute lutte en lieu et place notamment du Japon ou des Etats-Unis...).
Tout cela sera également fonction de savoir si Nicolas Sarkozy est lui-même le candidat de la droite ou bien, ce qui correspondrait assez peu à son tempérament, s'il jette l'éponge.
Jean-Marie Colombani
Photo: Flickr/licence CC by/Richard Drdull
Mis à jour le 21/03/2010 à 12h58










































S'il y aura bien à droite demain, une défaite ou un désastre, il ne pourrait être question de triomphe à gauche.
Certes la gauche va gagner ce scrutin, mais avec le fort taux d'abstention du premier tour qui pourrait encore s'aggraver au second, il me paraît bien présomptueux de parler de triomphe.
Il est vrai, qu'habituellement dès le lendemain des élections, politiques et analystes "oublient" les abstentionnistes. Je pense que cette fois, cette ruse ne leur serait pas pardonnée.
Faut-il rappeler ici que presque 24 millions d'électeurs ne se sont pas rendus aux urnes et qu'il sera difficile de les passer, une fois de plus, par pertes et profits.
Entre 2004 et 2010 si la droite perd 3 millions de voix, la gauche n'en gagne pas, alors que le corps électoral s'est augmenté de 2,6 millions de citoyens. Où voyez-vous un triomphe ?
D'autre part, - il s'agissait bien d'élections régionales, n'est-ce pas ? - or vous soulignez à juste titre que certains projets comme celui d'Iter en Paca seront abandonnés pour complaire aux écologistes. Pour ma part j'ai été sidérée par la légèreté avec laquelle le président de ma région a condamné l'autoroute A45 censé désenclaver Saint-Etienne, alors que jusqu'à hier tout le monde la jugeait indispensable.
J'ai peur que cette élection n'amène surtout beaucoup de déconvenues, c'est sans doute ce sentiment que les abstentionnistes ont voulu exprimer et exprimeront peut-être encore demain.
M. SARKOZY va continuer à réformer et en premier le mode de scrutin pour la territoriale, comme le dit un très bon article de Ivan Couronne dans votre site.Comme le citoyen Lambda ne va rien comprendre, si la réforme fait trop de bruit , elle sera votée en Août, lorsque tout le monde sera à la plage !
Mais à force de réfléchir à tout ce qui peut "rapporter" à l'UMP, aux réformes (menées au pas de charge) qui agaçent les français, et à ne pas s'intéresser à l'essentiel qui préoccupe le peuple, M. SARKOZY n'étant pas un fin stratège, gare au grain de sable ....
Qu'est-ce que va bien pouvoir faire Sarkozy d'ici à 2012 pour remobiliser la droite sans se renier totalement est sans doute la question que se posent actuellement les stratèges et les économistes de l'UMP. Et force est de reconnaître que la réponse n'est pas facile à trouver au regard du bilan.
Sur la posture, continuer à proposer une nouvelle loi à chaque fait divers et continuer à courir partout pour donner le sentiment que le Président agit ? En l'absence de résultats concrets, cette posture risque de se retourner contre lui et d'avoir un effet désastreux en termes de communication. Le Président ressemble de plus en plus au canard dont on a coupé la tête et qui continue à courir en tout sens. Il pourrait prendre du recul et laisser son premier ministre s'exposer." Laisser du temps au temps" pour reprendre l'expression fameuse d'un autre Président. Mais ce serait un reniement pour l'homme qui voulait aller chercher la croissance avec les dents, et qui c'est fait élire en faisant de l'action une profession de foi.
Continuer la "réforme"? Pour l'instant les résultats sont catastrophiques. La question aujourd'hui ce serait plutôt comment revenir discrètement en arrière.
Réhabiliter la valeur travail avec des slogans simples tels que"Travailler plus pour gagner plus" sonne comme une provocation au moment où le chômage explose. C'est en étant impuissant face à l'explosion du chômage que Sarkozy aura réhabilité la valeur travail...
La loi Tepa est devenu un fardeau pour la majorité. L'état finance des heures supplémentaires qui viennent nourrir le chômage. Le paquet fiscal offert aux plus riches va devenir indéfendable à un moment où il faudra augmenter les impôts pour réduire le déficit abyssal créé par la crise et les mesures fiscales.
La réforme des retraites ressemble de plus en plus à une incantation. Quelle crédibilité attacher à une réforme qui prétend reculer l'age de la retraite, à un moment où le problème principal des salariés de plus de 50 ans c'est de garder un travail jusqu'à 60 ans? On est dans l'incantation, ou l'escroquerie. Il s'agirait alors simplement de réduire le montant des retraites au motif que les salariés n'auront pas eu la possibilité de travailler un nombre suffisant de trimestres.
L'idée simple, piquée à Reagan que l'Etat n'est pas la solution mais le problème, avec ses cohortes de fonctionnaires dont les salaires crèvent les déficits et dont le zèle entravent les créateurs de richesses explose en plein vol en raison du principe stupide du non remplacement d'un fonctionnaire sur 2 qui part à la retraite. Le plus visible aujourd'hui c'est l'hopital qui est au plus mal et la police qui est au bord de la crise de nerfs, mais ça commence à coincer dans de nombreux autres secteurs.
http://www.cfdt.fr/rewrite/article/20506/salle-de-presse/desengagement-des-services-veterinaires:danger-pour-la-securite-sanitaire.htm?idRubrique=6788
Après le passage de la tempête Xynthia, difficile de ne pas considérer que parfois il est souhaitable que l'Etat entrave l'initiative individuelle.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2010/03/02/01011-20100302FILWWW00459-duflotsarkozy-a-mis-en-cause-la-loi-littoral.php
Les vieux thèmes sont de sortie pour les régionales, l'insécurité et la hausse des impôts qui seraient des taches indélébiles attachées à la gauche. Mais ça marche de moins en moins. Le bilan sur l'insécurité de Sarkozy est déplorable et se voit de plus en plus malgré ou à cause du temps consacré par les policiers à maquiller les statistiques. Et je ne vois pas comment d'ici à 2012, Sarkozy pourra éviter d'augmenter les impôt. Ce dont se souviendront alors les électeurs c'est qu'il aura commencé par baisser ceux de ces potes de Neuilly.
La seule solution ne serait-elle pas pour l'UMP de commencer à mettre sur orbite son successeur pour 2012 ?
Impressionnant je suis d'accord avec toutes vos remarques sans exception, c'est la meilleure analyse que j'ai lu ou entendu ces temps-ci tous media confondus...
J'ajouterais qu'au sortir de ses élections il faudra un peu de temps pour que s'effacent dans ma mémoire les contradictions flagrantes: Sarkozy contre Fillon/Bertrand (enjeu régional contre national) et Lagarde contre Réalité du 21ème siècle (je suis un riche qui habite en France donc j'investis en France, gahgah, arheuuu...) Madame Lagarde nous ne sommes plus à l'époque ou pour faire des placements le marquis envoyait un domestique de confiance par la diligence ou la malle poste , nanti de force assignats...