Santé / Société

La semaine imaginaire du coronavirus

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité (ou presque) qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Affiche à l'entrée du musée d'Orsay, à Paris, le 14 mars | Philippe Lopez / AFP
Affiche à l'entrée du musée d'Orsay, à Paris, le 14 mars | Philippe Lopez / AFP

Lundi 16 mars

En me réveillant ce matin, je repensais à ma mère qui me disait souvent quand j'étais petit, que je n'arriverai à rien dans la vie, et qu'en travaillant si mal à l'école, ce serait un miracle si je parvenais à faire tout de même un métier un peu ingrat, genre grippe intestinale. Elle misait tout sur mon frère, c'est lui qui avait tout pour réussir. Même son prénom semblait avoir été choisi pour accomplir de grandes choses: SRAS.

Désolée maman, mais désormais tout le monde connaît mon nom. Et il ne m'a pas fallu plus de quelques semaines pour arriver à un tel résultat, là où mon frère a galéré des mois.

De la boulangère qui vous dépose un croissant sur son comptoir comme si c'était une mine antipersonnel, au président de la République, tout le monde, sans exception connaît mon nom Coronavirus pour les intimes, Covid-19 pour les autres.

D'ailleurs en parlant du président, il est prévu qu'il prenne la parole ce soir à 20 heures. Et quelque chose me dit qu'il va parler de moi. N'en déplaise à celles et ceux qui, hier encore, faisaient du jokari dans les parcs de Paris.

Mardi 17 mars

J'avais raison ma petite maman: le président Macron n'a parlé que de moi. Il a même dit qu'on était en guerre contre moi. Il l'a même dit six fois. Je me demande, le jour où quelqu'un en fera un film, qui jouera mon rôle. Je suis un peu triste que Stallone ne soit plus très frais, il aurait été parfait.

De toute façon, on a le temps pour le casting, Cannes est pour le moment annulé, peut-être reporté. D'ailleurs, en parlant d'annulation, moi qui ai toujours été plus qu'une brêle en sport, je suis assez fier d'avoir fait reporter Roland Garros cette année.

Si je tiens bon, je réussirai probablement aussi à annuler les Jeux olympiques. C'est mon prof de sport que ça amuserait.

De toute façon, cinéma ou sport, dans les deux cas, le président a dit qu'il ne fallait pas sortir, rapport à la guerre, tout ça tout ça. C'est drôle car de ma fenêtre, je vois encore pas mal de gens dans la rue, promenant des chiens imaginaires, un lot de 58 rouleaux de PQ sous le bras. Le ridicule ne tue pas, mais ces faux rebelles oublient que moi si, et de plus en plus chaque jour.

Mercredi 18 mars

Maman, vraiment, si tu voyais ça, tu serais fière. En moins d'une semaine, j'ai accompli pas mal de choses qu'on pourrait facilement ranger dans la catégorie des miracles.

À Venise tout d'abord, les eaux de la lagune sont redevenues si claires, qu'on y voit désormais des milliers de poissons reprenant leurs droits. Grâce à moi aussi, tout le monde sait désormais à quoi ressemble un animal qui n'avait pourtant pas tout misé sur son apparence: le pangolin. Lui et moi, je suis sûr qu'on a beaucoup en commun, en plus d'une souche virale.

D'ailleurs, autre miracle, la Chine interdit la consommation d'animaux sauvages. Comme disent les anglais, «too little, too late».

Et puis surtout, le miracle dont je suis le plus fier pour l'instant, c'est que j'ai réussi à faire croire au président Macron, qu'il était de gauche. Il ne me connaît que depuis quelques semaines, et déjà il allonge de deux mois la trêve hivernale. Si je continue sur ma lancée, qui sait, il redonnera peut-être à l'hôpital public tout le pognon dont il a grand besoin.

D'ailleurs, il est presque 20 heures, il est temps d'aller applaudir à ma fenêtre.

Jeudi 19 mars

Bon, ce matin, je suis un peu chiffon. Alors que je pensais que ma célébrité était installée et que rien ne pourrait la mettre à mal, voilà que le président Trump s'en est mêlé. Ce couillon, en pleine conférence de presse, prenant des libertés sur son discours initial, m'a appelé «the chinese virus», autrement dit, le virus chinois. Je ne suis pas complètement étonné qu'un mec qui continue à serrer la pince à tout le monde, mette un peu de temps à prononcer un mot à cinq syllabes, mais tout de même.

À croire qu'il n'a pas vu les derniers chiffres: depuis aujourd'hui, j'ai officiellement tué plus de gens en Italie qu'en Chine. Et les Italiens sont beaucoup moins nombreux rendant mon bilan encore plus notable.

Il fut un temps où ces deux cultures se battaient pour savoir qui avait inventé les pâtes, désormais, l'heure n'est plus aux querelles sur les farfales. Sauf en France, où l'on continue de les acheter quintal par quintal.

Vendredi 20 mars

L'information risque de passer aussi inaperçue qu'une promotion pour un Paris-New York à moins de 500 euros, mais aujourd'hui: c'est le printemps.

Et dès le réveil, ça m'a mis en joie.

Je connais l'humain, et en particulier le citadin, cette créature étrange qui se prend six mois de l'année pour un ficus et ne résiste pas au moindre rayon de soleil. Je sens que ce week-end encore, les Jean Moulin de l'apéro vont risquer une amende, qui pourtant grimpe chaque jour, pour aller jouer aux boules et à celui qui postillonnera le plus loin.

Après une semaine mollement confiné dans la paume de leur main, j'ai hâte d'aller prendre l'air, de me coller aux chips des uns et des autres, de prendre le frais sur un goulot de bouteille de bière sur lequel par mégarde, un voisin ou une voisine de pique-nique viendra poser sa bouche. Je sens que je vais me faire plein de nouveaux amis avec ces beaux jours. Et grâce à l'esprit français, imperturbable, car en Italie ou en Espagne, où pourtant l'apéro est bien tentant, dès 15h45, personne ne se risque à une partie de mölkky en sirotant des Spritz.

Vive la France.

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