Monde

La dangereuse incohérence de Trump sur le coronavirus

Temps de lecture : 5 min

Le président américain a minimisé l'épidémie jusqu'à début mars et commence maintenant à critiquer les mesures de confinement recommandées par les autorités sanitaires.

Point presse sur le coronavirus à la Maison-Blanche, le 14 mars 2020. | Tasos Katopodis / Getty Images North America / AFP
Point presse sur le coronavirus à la Maison-Blanche, le 14 mars 2020. | Tasos Katopodis / Getty Images North America / AFP

Ces trois dernières semaines, alors que le nombre de cas de Covid-19 a explosé aux États-Unis, le discours de Donald Trump sur l'épidémie a été particulièrement chaotique, incohérent et contradictoire.

Après avoir passé le mois de février à qualifier le coronavirus de «supercherie», le président américain a commencé à prendre l'épidémie au sérieux vers le 11 mars. Mais neuf jours après avoir déclaré l'état d'urgence nationale, Trump en a déjà assez d'écouter les conseils des épidémiologistes de son administration.

Le 22 mars, il critiquait sur Twitter les mesures de distanciation sociale mises en place dans de nombreux États du pays: «Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le mal. À la fin de la période de quinze jours, nous prendrons une décision sur la direction que nous voulons choisir!»

Dans une longue conférence de presse à Washington le lundi 23 mars, le président a continué à remettre en question les mesures de confinement pourtant recommandées par les experts de son équipe: «Si on écoutait les docteurs, ils mettraient le monde entier en confinement.»

Sacrifices nécessaires

Alors que plus de 500 personnes sont mortes du Covid-19 aux États-Unis, Trump et plusieurs personnalités conservatrices commencent déjà à suggérer que les décès de milliers de personnes âgées sont peut être préférables à une longue dépression économique.

Par exemple, le vice-gouverneur du Texas, Dan Patrick, déclarait le 23 mars sur Fox News qu'en tant que personne âgée, il était prêt à se sacrifier pour que l'Amérique puisse continuer à fonctionner comme avant: «Retournons au travail, recommençons à vivre, soyons intelligents. Ceux qui ont plus de 70 ans, nous prendrons soin de nous-mêmes, mais ne sacrifiez pas le pays.»

Au-delà de la critique des mesures de distanciation sociale, Trump continue aussi de vanter les mérites de la chloroquine pour soigner le Covid-19, contre l'avis d'Anthony Fauci, l'épidémiologiste qui coordonne l'action du gouvernement contre le virus.

Après avoir entendu le président louer les effets prometteurs de ce médicament, un homme vivant en Arizona a ingéré du phosphate de chloroquine et est mort le 23 mars.

Réponse insuffisante

De manière générale, la réponse de la Maison-Blanche à l'épidémie de Covid-19 a été tardive, insuffisante et désorganisée.

Selon un article du New York Times, des ressources habituellement utilisées en cas d'urgence nationale n'ont pas été mobilisées, notamment les capacités du Pentagone. Pendant l'épidémie d'Ebola, des milliers de militaires avaient par exemple construit des hôpitaux au Liberia. Ce genre de ressources commence tout juste à être utilisée.

Le 23 mars, Trump a assuré que des navires-hôpitaux de la marine arriveraient dans une semaine à New York, mais il s'avère qu'ils ne seront en fait pas prêts avant plusieurs semaines. Le président a également dit à plusieurs gouverneurs et maires du pays que c'était à eux de se débrouiller pour se procurer les masques et les respirateurs artificiels qui leur manquaient.

Pendant les semaines précédant l'explosion des cas, l'administration Trump a minimisé la menace du virus et tardé à mettre en place une campagne de dépistage efficace.

Le 28 février, un jour avant l'annonce du premier décès lié au Covid-19 aux États-Unis, Donald Trump a qualifié le coronavirus de «supercherie».

«Les Démocrates ont politisé le coronavirus, a-t-il lancé devant une foule de supporters en Caroline du Sud. Un des mes conseillers m'a dit: “Mr. President, ils ont essayé de vous avoir avec la Russie, Russie, Russie.” Ça n'a pas trop marché. Ils n'ont pas réussi. Ils ont essayé la supercherie de l'impeachment. Ils ont tout essayé. Ça, c'est leur nouvelle supercherie.»

Au moment où Donald Trump parlait, plus de 1.500 personnes étaient mortes du Covid-19 en Chine et le nord de l'Italie commençait à prendre des mesures de confinement.

La veille de son discours, il avait également annoncé lors d'une réception à la Maison-Blanche que le virus allait disparaître: «Un jour, c'est comme un miracle, ça va disparaître.»

Réalité alternative

Le 7 mars, lorsqu'un reporter a demandé au président américain s'il s'inquiétait de la progression du coronavirus, celui-ci a rétorqué: «Non, je ne suis pas inquiet du tout. Pas du tout. On a fait du super boulot.»

La «réalité alternative» que Trump a tenté d'imposer jusqu'au début du mois de mars a vite été rattrapée par la progression de l'épidémie dans le pays, avec des hôpitaux qui commencent à être surchargés et une menace de pénurie de respirateurs.

Mais après avoir décrété l'état d'urgence nationale, le président a commencé à tenter de réécrire l'histoire. Il a assuré que non, il n'avait jamais sous-estimé la menace du virus: «C'est une pandémie. J'ai compris que c'était une pandémie longtemps avant qu'elle soit qualifiée de pandémie.»

Retournements de veste

Dès que la Maison-Blanche a commencé à réagir de façon un peu plus sérieuse, de nombreuses personnalités conservatrices ont imité Trump et changé de ton, parfois du jour au lendemain, se rendant compte que leurs mensonges n'étaient plus tenables.

C'est le cas de Devin Nunes, un représentant républicain de Californie (où il y a eu 100 décès liés au virus), qui déclarait sur Fox News le 15 mars: «Si vous êtes en bonne santé, vous et votre famille, c'est le moment de sortir, d'aller au restaurant du coin, vous aurez facilement une table.»

Au même moment, plusieurs villes, dont New York et Los Angeles, annonçaient la fermeture des bars et des restaurants (sauf pour les plats à emporter).

Très critiqué pour ses propos, Nunes est revenu le lendemain sur Fox et a tenté de se rattraper: «Ce que je disais, c'est que de nombreux restaurants sont vides. Vous pouvez aller au drive, vous pouvez vous faire livrer. C'est parfait.»

Sur la même chaîne, plusieurs journalistes et invités se sont contredits à plusieurs journées d'intervalle. Le correspondant médical de Fox News, le Dr. Marc Siegel, a dit le 6 mars qu'il ne fallait pas trop s'inquiéter, car «au pire, c'est comme la grippe». Le 17 mars, le même Dr. Siegel évoquait une pandémie grave contre laquelle «nous ne sommes pas immunisés».

Quant à la présentatrice Trish Regan, qui affirmait le 8 mars que l'épidémie était «encore une tentative de destituer le président», elle appelait le 13 mars à une campagne de dépistage de masse. Elle a depuis été suspendue par la chaîne.

Le Washington Post a fait une compilation édifiante de tous ces retournements de veste:

Électorat républicain à la traîne

Ces revirements sont arrivés tardivement, et la désinformation a déjà eu des effets négatifs.

Plusieurs sondages récents montrent que l'électorat démocrate a en général pris plus de précautions que celui républicain pour se protéger du virus. Selon une étude d'opinion de l'institut Kaiser réalisée les 11 et 12 mars, 80% des Démocrates avaient pris des mesures de distanciation sociale, contre 53% des Républicain·es.

Des chiffres peu étonnants quand on voit par exemple que le 14 mars, le gouverneur républicain de l'Oklahoma tweetait une photo de sa famille au restaurant, encourageant la population à sortir. Il a depuis effacé le tweet et décrété l'état d'urgence dans son État.

Newsletters

La récession est-elle si grave?

La récession est-elle si grave?

Alors que les perspectives économiques n'ont jamais paru aussi sombres, une part des économistes restent optimistes.

La jeunesse thaïlandaise brave la loi et ose critiquer son roi

La jeunesse thaïlandaise brave la loi et ose critiquer son roi

Des manifestations étudiantes remettant en question la monarchie agitent le pays d'Asie du Sud-Est depuis plusieurs semaines.

«Pourquoi doit-on deviner qui veut nous tuer à chaque fois?»

«Pourquoi doit-on deviner qui veut nous tuer à chaque fois?»

Le jour où le port de Beyrouth a été soufflé, raconté par les habitants de la capitale du Liban. Témoignage d'Anthony Semaan, 34 ans, libanais, quartier de Gemmayzeh.

Newsletters