Santé / Monde

Le Covid-19 sera un révélateur, des États et des personnes

Temps de lecture : 4 min

Dans les semaines à venir, nous verrons bien qui œuvre pour le bien commun et qui suit ses propres intérêts.

L'Europe a dédcidé de fermer l'espace Schengen pendant trente jours pour limiter la propagation du SARS-CoV-2. | Claus Fisker / Ritzau Scanpix / AFP
L'Europe a dédcidé de fermer l'espace Schengen pendant trente jours pour limiter la propagation du SARS-CoV-2. | Claus Fisker / Ritzau Scanpix / AFP

Il en va des calamités naturelles comme des catastrophes sanitaires. Si les séismes peuvent être dévastateurs, ils révèlent aussi de précieuses informations sur les couches géologiques profondes de la Terre. De même, alors que les pandémies causent d'immenses souffrances, elles sont éminemment instructives. Elles enrichissent nos connaissances en matière de biologie, d'épidémiologie et de médecine, mais révèlent, qui plus est, nos caractères intrinsèques d'individus et de sociétés. En tant que personnes, sommes-nous davantage porté·es vers l'altruisme ou l'individualisme? Un pays ouvert sur le monde est-il préférable à une nation qui ferme ses frontières? Faisons-nous confiance à nos responsables politiques et nos experts? Et devons-nous baser nos comportements sur nos émotions ou sur les faits?

Unilatéralisme vs multilatéralisme

Ceux qui prônent l'intégration entre pays sont en conflit avec les tenants du nationalisme et du protectionnisme. «Nous rejetons le “globalisme” et épousons la doctrine du patriotisme», a déclaré, en 2018, le président Trump devant les Nations unies. Il a également clairement fait part de son mépris du multilatéralisme, c'est-à-dire de toute initiative fondée sur l'entente entre de nombreux pays.

C'est pourtant le multilatéralisme qui a abouti la création d'organisations telles que celle des Nations unies ou la Banque mondiale. Il engendre aussi des accords dont les parties –les pays– s'engagent conjointement à combattre des problèmes qu'aucune nation ne peut résoudre efficacement seule, quelle que soit sa taille, sa richesse ou sa puissance.

Trump n'est bien sûr pas le seul détracteur de la mondialisation.

Comme le changement climatique, l'immigration ou le terrorisme. Ces accords multilatéraux ne sont pas du goût du président Trump.

«Les États-Unis choisiront toujours l'indépendance et la coopération plutôt que la gouvernance mondiale, le contrôle et la domination», a déclaré le président américain. Trump n'est bien sûr pas le seul détracteur de la mondialisation. D'innombrables dirigeant·es politiques, ainsi que des intellectuel·les de premier plan, adoptent la même position sur ce sujet.

Mondialisation biologique

C'est dans ce contexte que le fameux Covid-19 a fait son apparition en bouleversant tant d'habitudes. Si la mondialisation repose sur la circulation internationale des produits, des idées, des personnes et des technologies, alors ce virus est un exemple éloquent de la mondialisation de la connectivité biologique. Il confirme aussi à quel point considérer la mondialisation comme un phénomène purement commercial, financier ou médiatique est un manque total de vision.

Force est de constater que certaines «exportations biologiques» circulent plus vite, plus loin, et ont des effets plus immédiats et importants que d'autres échanges qui caractérisent la mondialisation. Mais la réaction au coronavirus montre aussi à quel point la tentation de l'isolationnisme reste forte.

Mondialisme contre isolationnisme

De plus en plus d'États veulent boucler leurs frontières et isoler les villes et les régions les plus touchées, bloquant de ce fait la libre circulation des populations. Nous assistons ainsi, en temps réel, à un affrontement entre mondialisme et isolationnisme. Mais, alors même que certains gouvernements ont décidé la fermeture de leurs frontières nationales, ils découvrent aussi combien ils ont besoin du soutien d'autres pays et de l'aide d'entités multilatérales telles que l'Organisation mondiale de la santé ou de la Banque mondiale.

Le coronavirus rend le rôle prépondérant qu'ils méritent aux scientifiques et aux analystes, et les replace à juste titre sous les projecteurs. Car le début du XXIe siècle s'est accompagné d'une perte de crédibilité des experts au profit des escrocs et autres démagogues. Ce phénomène récent a été marqué par un épisode emblématique en 2016: Michael Gove, alors secrétaire d'État à la Justice du Royaume-Uni, a déclaré sans ambages: «Dans ce pays, les gens en ont assez des experts», en réaction à une étude dans laquelle d'éminents spécialistes critiquaient le Brexit –un projet qu'il avait soutenu.

Trump, expert de «ce machin»?

Autre politicien qui tient les experts en piètre estime: Donald Trump. Il avait qualifié le changement climatique de «canular chinois», s'était dit plus savant sur la guerre que ses généraux et a récemment affirmé comprendre «ce machin» (le coronavirus) mieux que les scientifiques. «J'ai peut-être un don. J'aurais peut-être dû faire [médecine] au lieu de me présenter à la présidentielle.»

Eh bien, non! Il s'avère que pour gérer «ce machin», ce sont les scientifiques qui doivent être –et qui, fort heureusement, sont– au premier plan. En outre, beaucoup parmi ces experts sont des fonctionnaires, une autre catégorie de professionnel·les souvent méprisé·es par les dirigeant·es populistes qui ont gagné du terrain en alimentant les frustrations et les angoisses des populations que ces responsables politiques sont censé·es représenter.

Sommes-nous prêt·es à aider les autres, y compris les étrangèr·es, et ce, au détriment de nos propres intérêts?

Les populistes ne coexistent pas harmonieusement avec les experts et les faits qui vont à l'encontre de leurs revendications et leurs intérêts publics. Ces personnes exècrent les institutions publiques employant des experts et produisant des données irréfutables. Seulement voilà, la crise du coronavirus prouve que ces administrations, dont les budgets et les marges de manœuvre sont souvent rognées par des dirigeant·es qui les méprisent, sont notre principale ligne de défense contre des phénomènes sans précédent.

Cet inquiétant Covid-19 redonne de fait leur rôle central aux experts et aux organisations multilatérales en même temps qu'il relance le vieil antagonisme opposant l'altruisme à l'individualisme. Où nous retrouvons-nous? Sommes-nous prêt·es à aider les autres, y compris les étrangèr·es, et ce, au détriment de nos propres intérêts? Ou agirons-nous sans tenir compte des effets de nos actions sur le bien-être d'autrui?

Dans les semaines et les mois à venir, nous découvrirons quelles personnes et quels pays pensent collectif et quels autres ne pensent qu'à eux. Cela sautera aux yeux, tant il est vrai que le coronavirus montre que nous sommes tous voisins. Même avec ceux qui vivent à l'autre bout du monde.

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